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Brèves

 

 

 

13 janvier: Cabu


Jean Cabut aurait eu aujourd'hui 13 janvier, 77 ans... L'âge limite pour lire Tintin. Son assassinat a donné lieu, c'était prévisible, à un festival d'impostures, dont la présence à la manifestation "républicaine" du 11 janvier à Paris, d'authentiques fascistes obscurantistes dans les délégations des chefs d'Etat de et de gouvernements. Gageons qu'il en eût ri.


07 janvier: Charlie Hebdo


Des fanatiques islamistes sociopathes, pardon pour le pléonasme, massacrent la rédaction de Charlie Hebdo. Il n'est pas évident que les conditions de sécurité autour de C.H. aient été à la hauteur des menaces connues qui pesaient contre cet hebdomadaire, ni que les forces de sécurité en France disposent des effectifs, des équipements et des moyens à hauteur suffisante. Pour l'heure la classe "politique", surfant sur une émotion  populaire réelle, joue, avec des couacs, l'Union nationale. Sans une réorientation des priorités et des choix budgétaires (cf. le communiqué de la FSU 13), il est douteux que cela soit, à soi seul, la bonne réponse.


20 décembre: Goldman Sachs

 

La banque américaine dont le management devrait être en prison si une quelconque justice existait, a fait une année formidable en intervenant à elle seule dans  35 % des fusions acquisitions; rappelons que cette opération juridico-financière ne crée aucun emploi, a même plutôt tendance à en supprimer et n'enrichit qu'une poignée d'actionnaires et un management intéressé. C'est cela la finance. Lisez Le capital fictif de Cédric Durand  aux éditions Les prairies ordinaires.

6 novembre: Abdelwahab Meddeb.

Intellectuel tunisien, porteur des Lumières et démocrate: "Son œuvre s'inscrira dans la longue lignée de ceux qui ont voulu placer la Tunisie dans le sillage des Lumières modernes, sans renier le lien qui la rattache à la civilisation de l'islam. Son dernier acte d'écriture aura été le geste d'un retour sur soi : Le Portrait du poète en soufi (Belin, 192 pages, 19  euros) paru quelques jours avant sa mort. Tous ceux qui l'ont connu garderont le souvenir d'une belle présence généreuse dans l'amitié et exigeante pour la pensée."

Fethi Benslama

 

Psychanalyste, professeur

à l'université Paris-diderot

22 octobre: Christophe de Margerie meurt, accident d'avion...

 Socialisme: Dénomination de diverses doctrines économiques, sociales et politiques condamnant la propriété privée des moyens de production et d'échange (Petit Larousse). 

Au moment où, alors que la nationalisation des autoroutes pourrait être envisagée d'après l'étude d'un cabinet aussi sérieux que n'importe quelle agence de notation, malgré le coût des indemnisations, pour assurer des ressources régulières à l'Etat, le gouvernement préfèrerait tuer une autre poule aux oeufs d'or en privatisant la FDJ!
Sabotage délibéré de l'intérêt général ou incompétence absolue?
Bref comme le propose Valls il faut enlever le mot socialiste d'une telle politique et d'un tel parti... Il y aura bien quelqu'un pour garder la vieille maison et un référentiel "passéiste" comme dit l'homme, qui voulait déjà débaptiser le PS avait d'être seulement ministre, mais encore cohérent!

En fait il n'y a pas plus passéiste que le droit de propriété et la direction d'une entreprise, comme les larmes de crocodile lors de l'accident de C.de M. , seul dans le Falcon avec 3 membres d'équipage, ont tenté de le faire oublier au populo !!

 14 octobre: des millionnaires toujours plus nombreux


Mi 2014 il y aurait donc, d'après le Crédit Suisse, 35 millions de millionnaires en dollars sur la planète soit 1 terrien sur 200 avec un patrimoine moyen par adulte de 56 000 $. Les moyennes ont ceci d'excellent: elles gomment les écarts et alors que ceux ci se creusent, les "classes moyennes" inférieures peuvent croire à leur survie!


08 septembre: Martine Aubry, le retour?


"On n'a pas besoin d'aider les banques (…) qui ne sont pas dans la concurrence internationale - ni - les entreprises qui préfèrent verser l'argent que leur a donné l'Etat pour donner des dividendes plus importants (…) au lieu d'investir dans l'avenir, l'emploi et la formation ".

 

02 septembre: la rentrée et les vérités premières!

Le retard scolaire à l’entrée en 6e : plus fréquent dans les territoires les plus défavorisés ( Insee)

 

25 août: Démission du gouvernement


Après les discours de la St Barthélémy de Frangy, Valls présente la démission de son gouvernement à la St Louis Roi ! Y voir une quelconque dimension symbolique reviendrait à confondre un ambitieux sans doctrine avérée à un homme d'Etat,  ou  un réformateur avec un liquidateur. Grâce au ciel, il a plu sur l'île de Sein.

 

31 juillet: Louis de Funès aurait 100 ans

 

Naître le jour de l'assassinat de Jaurès n'a pas marqué sa carrière et c'est tant mieux.

Il est vrai que le 31 juillet, c'est aussi la fête d'Ignace de Loyola. Les jésuites ont la réputation d'être cultivés, nos politiciens beaucoup moins mais ils ont généralement à coeur d'utiliser les méthodes souterraines que la voix populaire a souvent attribuées à la Compagnie.


 17 juillet: Debray et l'Occident

 

"(...) La France républicaine ayant renoncé à son système de valeurs et à son autonomie diplomatique, elle a réintégré les commandements de l'OTAN, décision anecdotique mais symbolique du président gallo-ricain Sarkozy, entérinée par son sosie Hollande. Et nous voilà de retour dans " la famille occidentale ". La double mort historique de Jaurès et de De Gaulle a donné à cette abdication le sens d'un retour à la normale".  Régis Debray, Le Monde daté du 18 juillet 2014.

 

 

25 juin: Anniversaires


Michaël Jackson, il y a 5 ans. Michel Foucault 30 ans après. En voilà deux qui auraient certainement eu des choses à se dire.

 

23 juin: Avignon...

 

 

24 mai: Demain l'Europe sociale...


Demain, vote pour le renouvellement du Parlement de l'UE. Un certain nombre de crétins ou de faux-culs (cumul possible...) s'étonnent du peu d'enthousiasme des électeurs.

Il est écrit dans le traité de Lisbonne que " l'Union reconnaît et promeut le rôle des partenaires sociaux à son niveau, en prenant en compte la diversité des systèmes nationaux. Elle facilite le dialogue entre eux dans le respect de leur autonomie ". Y a plus qu'à...

Ce n'est pas le vote (moins de 50 députés (39 ?)  en séance sur la proposition de loi du FdG, obligé de voter contre son propre texte vidé en partie de substance par des amendements de la majorité...) ni la négociation TAFTA qui peuvent redonner confiance aux électeurs.


8 mai: Chatons


Condamnés à de la prison ferme (pour avoir maltraité) ou avec sursis (le chaton est mort), la justice française fonctionne toujours aussi bizarement: délocaliser une entreprise au nom du droit de propriété et du profit n'est pas punissable par la loi, même quand ce droit de propriété s'exerce nonobstant l'intérêt général, les aides reçues, les dégrèvements fiscaux etc... avec des dommages collatérauxet des conséquences sociales indéniables.

La sanctuarisation du droit au travail et du droit du travail ne préoccupe ni les parlementaires, ni les chats fourrés...Quant au Conseil Constitutionnel...

 

16 avril


Une semaine après, la mort de Jacques Servier à 92 ans le jeudi 10 avril, est annoncée. Comme prévu le procès du Mediator se fera sans lui! La vitesse de la justice est assez variable en France.


22 mars ou l'espoir!


C'est toujours un anniversaire... On ne sait plus de quoi. A en croire le Nouvel Obs., vendu par son fondateur, les satellites espions US ou Chinois (mais oui, déjà!) pourraient repérer l'épave engloutie du Boeing 777, mais ce serait avouer un peu plus du manque de respect qu'ils professent à l'égard du reste de la planète. Alors on dépense du pétrole pour les bateaux et les avions de reconnaissance. En plus, ils se moquent du réchauffement climatique et du gaspillage d'énergie!

Cela n'empêche pas les media de parler d'espoir à l'idée de découvrir enfin où etc... Quel espoir? 


16 janvier


La vie privée de Hollande:

Ce qu'on doit retenir de la conférence de presse du 14 janvier, ce n'est pas que FH est social-démocrate ( qu'est-ce qu'un social-démocrate sans doctrine explicite ou qui serait celle de l'idéologie dominante ? ) car on sait, au plus tard depuis l'utilisation de l'expression "le socialisme de l'offre", que le mot socialiste avec lui n'a aucun sens. Ce qui a sauté aux yeux de tous ceux qui ne sont pas des courtisans, c'est un exemple parfait de goujaterie égoïste dépourvue de toute grandeur d'âme.


2 janvier 2014


Présent dans le voyage en Arabie avec le PR, Antoine Frérot, pdg de Véolia ( dont par ailleurs les syndicats, CFDT comprise, réclament la démission vu la stratégie de démantèlement qu'ils lui reprochent), expliquant l'absence de signature de méga-contrats : "l'économie, ça ne fonctionne pas à la nano-seconde, c'est un processus continu..." Sans doute, mais l'ennui, c'est que la "finance", elle, fonctionne ainsi, comme le prouve précisément la stratégie qu'il conduit!

 

9 décembre

 

Anniversaire de la loi de 1905 séparant les églises et l'Etat, après une mobilsation de la droite pas très différente dans sa forme  de celles que nous avons connues lors du vote de la loi sur l'ivg, le pacs ou le mariage pour tous. La droite n'a jamais vraiment admis le principe de laïcité et continue de confondre sacrement et contrat, science et foi... LA droite? Une bonne partie est sans religion mais continue d'y voir un opium du peuple, très utile pour  distraire de son affairisme ou de sa corruption.

Le 9 décembre 1777 le bon roi Louis XVI rétablissait les monts de piété, supprimés pendant le gouvernement de Mazarin pour complaire aux usuriers; cela, du moins, nous avait valu "l'Avare"!


22 novembre 1963


Aldous Huxley meurt à Los Angeles. La suite a prouvé que c'était malgré tout un optimiste. Nul n'a trouvé de lien entre sa mort et celle de JFK que son assassinat a fait rentrer dans la mythologie politique.


Valls et Léonarda 19.10


Il paraît que le ministre aurait menacé de démissionner si la jeune collégienne revenait en France. Un homme d'Etat l'eût pris au mot.

L'expulsion est une manie qui se soigne; rappelons que ce gouvernement s'est déshonoré d'entrée en livrant Aurore Martin à l'Espagne ( dont elle est ressortie) alors que ce dont elle est accusée dans ce pays étranger n'est pas incriminable dans le pays dont elle est citoyenne. Inconscience et incohérence des Français abusés de toutes parts... 

 

Edith Piaf et Jean Cocteau 10.10


Morts à quelques heures . Du talent, une vie remplie... Un demi-siècle passé...


32 ème anniversaire 09.10


Extrait d'un article de Nicolas Truong dans Le Monde d'aujourd'hui ouvrant les pages consacrées par ce quotidien à l'abolition : "Il n'empêche, au moment où le national-populisme se déclare favorable à son rétablissement, la parution de cette déposition faite à elle-même de Monique Mabelly est édifiante. Alors que la 11e Journée mondiale contre la peine de mort a lieu le 10 octobre, ce texte est un rappel utile. Car " qu'est-ce donc que l'exécution capitale, sinon le plus prémédité des meurtres auquel aucun forfait criminel, si calculé soit-il, ne peut être comparé ? ", écrivait Albert Camus."

 

Merkel 23. 09


Ok, ce n'est même pas son nom, ce qui prouve que les électeurs allemands ne sont pas si réacs dans toutes les cases du jeu social. La presse française est, comme d'habitude, d'une stupidité confondante en parlant de "triomphe"!

La Bundeskanzlerin n'a pas la majorité avec les seules CDU/CSU. autrement dit si elle a fait un triomphe, que dire de Hollande qui en 2012 n'avait pas mathématiquement besoin d'alliés pour gouverner. Il est vrai qu'à voir comment votent certains élus du PS, on peut tout de même s'interroger sur la solidité du parti!


Retraites 10.09 


Le Monde qui n'aime les syndicats que lorsqu'ils sont "réformistes", mais comme de fait ils le sont tous, cela signifie pour cet organe de presse, prêts  "à négocier le poids des chaînes"et à suivre l'idéologie dominante, écrit dans la Check-list de son site LeMonde.fr (11.09): "Retraites: mobilisation plutôt réussie". On saluera cette quasi objectivité... et cette lueur d'optimisme sur les capacités du mouvement social à peser dans un débat que certains, au nom de TINA (There is ...), voudraient unilatéral.

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Retraites  30.08

Dans l’Etrange défaite, à laquelle je faisais à l’instant allusion ( C'est L.Mauduit dans Mediapart qui parle), Marc Bloch a ces mots terribles : « Il est bon, il est sain que, dans un pays libre, les philosophies sociales contraires s’affrontent. Il est, dans l’état présent de nos sociétés, inévitable que les diverses classes aient des intérêts opposés et prennent conscience de leurs antagonismes. Le malheur de la patrie commence quand la légitimité de ces heurts n’est pas comprise ».

C’est un peu le malheur de nos socialistes d’aujourd’hui, qui gouvernent la France comme des notaires tristes…

Multiculturalisme 18.08

« Or le multiculturalisme est une fausse réponse au problème, d'une part parce qu'il est une sorte de racisme désavoué, qui respecte l'identité de l'autre mais l'enferme dans son particularisme. C'est une sorte de néocolonialisme qui, à l'inverse du colonialisme classique, "respecte" les communautés, mais du point de vue de sa posture d'universalité. D'autre part, la tolérance multiculturelle est un leurre qui dépolitise le débat public, renvoyant les questions sociales aux questions raciales, les questions économiques aux considérations ethniques. »
Slavo Zizek, Des idées-force pour éviter les impasses de la globalisation, Le Monde, 02/09/11.

Bichat 04.08


Un hôpital sans clim depuis plusieurs jours. La pièce manquante doit venir d'Allemagne. Il paraît que la France a une politique industrielle, que serait-ce sinon! Pendant ce temps les prédateurs du Medef donnent des conseils sous forme d'injonction au gouvernement sur les retraites; que ces misérables fassent d'abord leur travail d'industriels producteurs et qu'ils se taisent ou qu'on les fasse taire; un bon contrôle fiscal devrait suffire.


Islamofascisme 20.06


Le mot est tabou car il est utilisé par la droite identitaire, mais comment mieux traduire la politique répressive d'Erdogan? La Turquie est le pays membre du Conseil de l'Europe où les journalistes emprisonnés sont les plus nombreux, le seul où l'on arrête sans aucune base légale des avocats... La lutte anti- terroriste utilisée contre les libertés fondamentales, dont la laïcité.

 Quels sont les crétins qui dans l'UE veulent encore négocier l'entrée d'un tel régime, car c'est un régime qu'on accepte et qu'on laisse durer et non un peuple libre et souverain.


Ponts 10.05


Les serviteurs habituels du veau d'or évaluent à 2 mds d'€ le manque à gagner pour l'économie lié aux ponts de mai. Cela fait tout de même 40 fois moins que la fraude fiscale!


Renault pleure ? 25.04


 Renault  a perdu des ventes en Europe mais l'action Renault est en hausse de 2,12% à 50,54 euros (soit une capitalisation boursière de 15 milliards d'€ environ). L'action  a gagné plus de 20% depuis le début de l'année, après une montée de plus de 50% en 2012. Cela justifierait-il le chantage à l'emploi que le patron surpayé de la firme exerce à l'égard des salariés du groupe?


 

Le CE privatise la grève...13.04


 Le Conseil d'Etat  a décidé vendredi 12 avril d'autoriser EDF à limiter l'exercice du droit de grève dans ses centrales nucléaires. EDF l'avait fait en 2009 pour éviter l'interruption de l'approvisionnement du pays en électricité, au nom de sa mission de service public. Cette coquecigrue juridique, même si les conseillers ne sont que par abus assimilés à des magistrats, méconnaît le principe de base qui est l'exercice du droit de grève dans le cadre des lois qui le réglementent. On laisse donc l'employeur se substituer à l'autorité instituée. A quoi sert le CE si on privatise ainsi les fonctions de l'Etat?

 

 

Hugo Chavez 05.03


Le président vénézuelien est mort. Les classes populaires ont bénéficié de meilleurs accès à l'instruction et à la santé. Il est certain que les media français vont dire plus de mal que de bien de lui...

 

Stéphane Hessel 27.02


Né en 1917, mort dans la nuit du 26 au 27 février, cet homme à la vie bien remplie meurt couvert d'éloges, même par ceux qui le trouvaient "dérangeant". "Pus loin, plus vite" avait-il dit à François Hollande dans une motion signée avec Pierre Larrouturou pour le dernier congrès du PS. Plus loin, plus vite, mais pas pour complaire aux canailles de Wall street, de la City, du CAC 40, de la Commission de Bruxelles et du Medef réunis , collection de nains avides et arrogants. S'indigner et résister...


D'un 11 février à l'autre 11.02


Bernadette et l'Immaculée conception, la signature des accords du Latran, l'annonce de sa renonciation par Benoît XVI... des 11.02. Normal , c'est la fête de N.-D. de Lourdes... et cette année, la veille de Mardi-gras.


Question 02.02.2013


« Je suis frappé de voir que les intellectuels de gauche d’aujourd’hui cherchent à priver le peuple opprimé non seulement des joies de la connaissance mais aussi des outils de son émancipation en lui annonçant que « le projet des Lumières » est mort et que nous devons abandonner nos illusions de la science et de la rationalité – un message bien trop fait pour réjouir le cœur des puissants, trop heureux de monopoliser ces instruments pour leur seul usage. » 
Noam Chomsky, Science et rationalité.

http://loeildebrutus.over-blog.com/

 

Franco-russe  06.01.2013


C'est bon pour Depardieu...Qui se souvient des entremets du même nom?

 

Oscar Niemeyer 06.12


L'architecte brésilien qui aura le plus marqué son pays est mort  à 104 ans. Par delà son oeuvre et sans doute ceci n'est-il pas étranger à cela, on retiendra ses engagements pour la démocratie. La France a la chance d'avoir accueilli son travail.

 

Euromillions 15.11


Une grosse cagnotte de loto et une vie change. Mais la presse affiche sans commentaire que cette somme représente 19 années de salaire pour Zlatan ,"génie" du foot-ball... et 126 siècles de SMIC!

Et il y a des gens beaucoup plus riches encore que ce nouveau millionnaire chanceux ou ce footeux qui rapporte sans doute beaucoup à quelques parasites sociaux, rouages du système...


Valls et Aurore Martin 05.11


Manuel Valls prétend ne pas avoir à "s'excuser" au sujet de la livraison d'une citoyenne française à un état étranger pour un délit inexistant en France. Cet... n'a pas tort: la trahison des gouvernants français à l'égard de leurs électeurs est plus ancienne que sa nomination  dans un gouvernement dit de gauche; la France n'était nullement tenue d'accepter de livrer ses ressortissants...

 

Islamisme 21.09 (Le Monde)


Là encore, quand on lui fait observer que l'animosité envers l'islam cache parfois mal un racisme pur et simple, Rushdie se cabre : " Je n'ai aucune tolérance à l'égard de la xénophobie et du racisme, que j'ai toujours combattus. Ceux qui s'attaquent aux minorités, aux musulmans ou aux homosexuels, par exemple, doivent être condamnés par la loi. L'islamophobie, c'est autre chose, c'est un mot qui a été inventé récemment pour protéger une communauté, comme si l'islam était une race. Mais l'islam n'est pas une race, c'est une religion, un choix. Et dans une société ouverte, nous devons pouvoir converser librement au sujet des idées. "

 

Neil Armstrong 25.08


Le premier homme sur la lune (20 juillet 1969) est mort. Il est des moyens moins honorables d'atteindre à la notoriété.

Depuis lors les canailles qui dirigent les banques et s'en sont mis plein les poches, ont siphonné le pognon disponible pour ce genre d'aventure et imposé à des politiciens plus ou moins nanifiés des politiques contre leurs peuples!

 

SMIC 09.07

 

Le 1er juillet, le montant du Smic horaire a été revalorisé à 9,40 € (9,22 depuis le 1er janvier), soit un montant mensuel brut de 1 425,70 € sur la base de 151,67 heures, ou de 1 425,67€ sur la base de 35 heures × 52 / 12.

Cette augmentation de la valeur du Smic a pour conséquence d’ « immerger » certains coefficients conventionnels sous le salaire minimum légal.

Arcelor-Mittal 28.06


Magnifique photo de la  tour Arcelor Mittal Orbit construite pour les J.O de Londres... Le patron du groupe métallurgiste a financé 19,6 des 22,7 millions de £ du coût de ce monument de 1400 t et de 115 m de hauteur. Le genre d'info qui doit réjouir les ouvriers de Gandrange... Panem et circenses. Vous avez dit XXI ème siècle?

 


Programme commun 27.06


40 ans aujourd'hui. Certains ont gagné, d'autres ont perdu. Le peuple? Les 93 % de salariés? Les partisans d'un Europe démocratique? Les concepts de liberté, d'égalité et de fraternité? La dignité du citoyen? Bref les "valeurs" dont parlent les politiciens pour éviter de qualifier leur politique? Tous ceux là ont  perdu. Il y a des explications... et il y a des coupables, toujours là, leurs frères, leurs héritiers...


INSEE 20.06


71 % du patrimoine en France dans les mains de 20 % des ménages. Et si on regarde de plus près dans ces 20%, on constatera que l'agglomération de déciles sert surtout à dissimuler de plus grands écarts!



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Texte Libre

Les auteurs

 

Sylvain Bartet (29.01.76) et Jean-Paul Beauquier (02.02.46)  sont tous deux agrégés d’histoire (dans l’académie d’Aix-Marseille), militants syndicaux (FSU), militants politiques (PS) ; ils ont une génération d’écart. Leur travail d’écriture à deux vise à montrer que sur des sujets politiques sérieux, la référence aux origines des concepts de République et de démocratie et l’esprit critique doivent armer les citoyens contre les risques et la prévalence d’une démagogie de l’instant. Bref que l’espoir est possible en politique...

 

Articles Récents

1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 16:05

Après la commémoration de la loi de 1905, après un débat sur la mention d’un « héritage chrétien » dans le projet de constitution européenne et face au sentiment de la montée du fondamentalisme musulman et du « choc des civilisations », il faut s’interroger sur ce qui aujourd’hui, dans la notion de laïcité, fait sens dans le débat public. C’est-à-dire savoir si la laïcité fait sens pour tous les habitants de ce pays ; et savoir si dans le cas contraire, nous n’avons pas, dans un combat plus global, à nous interroger sur ce qu’est devenue la notion de citoyenneté.  

 

Car la grandeur d’un principe ne suffit pas seule à mobiliser l’électorat et à imprégner la démarche citoyenne. En même temps, c’est l’assimilation des principes universels par la majorité (puisque c’est par elle que se fait l’exercice du gouvernement démocratique) qui les pérennise dans la Cité. Réintroduire au cœur du débat politique un principe aussi général et universel que la laïcité constituerait donc un modèle d’action politique, fondé sur la réhabilitation, la rénovation et la renaissance de la citoyenneté.  

 

 

 

Le  principe constitutif et identitaire d’une nation  républicaine.  

 

 

 

Ce n’est pas un moindre paradoxe qu’à propos d’une polémique récente déclenchée par l’initiative aberrante de parlementaires hors des gonds sur le colonialisme, le ministre de l’intérieur a cru pouvoir s’interroger sur le moment où il serait honteux de se dire Français. Alors même que la politique qu’il préconise ou qu’il accompagne est un déni permanent des fondements historiques de notre nation, notamment du fonctionnement et de l’idéal de l’Etat laïque, tout en prenant, avec le contrôle de ses institutions, l’apparence du respect de la République.  

 

Le débat de 2003-2004 provoqué par la loi sur les signes religieux, voulue cette fois par Jacques Chirac, est révélateur. Révélateur d’abord de la nuisance, pour les fondements de la République, de la droite et du Président… de la République, qui ont détourné et instrumentalisé la laïcité. En effet, Jacques Chirac et sa majorité se sont alors servis de la polémique sur le port du voile islamique à l’école pour redorer facilement leur image républicaine. Le fondement de la loi en question était contre le voile et pas contre les signes religieux et l’influence religieuse dans les écoles publiques. D’où le petit jeu sur les termes « ostentatoires » puis « ostensibles » pour définir ces signes. D’où l’absence d’action sur les enjeux plus généraux de la laïcité à l’école. Le message sous-entendu devait flatter l’électorat traditionnel de la droite et de ses extrêmes, entre catholicisme, passéisme et xénophobie, tout en lui donnant une bonne conscience laïque. Il fallait jouer sur la peur de l’islamisme et réprimer les signes extérieurs de la religion musulmane, mais préserver le christianisme.  

 

 

 

Cependant, le bien fondé de la démarche législative a rassemblé aussi dans toute la gauche, tout en la divisant. Et le débat n’a pas montré et mobilisé seulement le sentiment islamophobe. C’est l’ouverture du débat et son débordement hors des thèmes fallacieux de la droite qui l’en ont sorti, au moins en partie. Tous les partis, des associations, les enseignants et leurs syndicats et globalement l’opinion, se sont impliqués fortement sur la question du voile, puis des signes religieux en général, à l’école. Ainsi, la manœuvre de la droite a fonctionné en donnant d’elle, à peu de frais, l’illusion de la laïcité et en divisant la gauche et les républicains véritables. Mais elle n’a pas fonctionné entièrement. Et surtout, elle a illustré la permanence de la force mobilisatrice de la laïcité dans l’opinion, qu’elle soit bien ou mal utilisée par ailleurs.  

 

La laïcité constitue un facteur d’identité pour la nation, pour le modèle républicain si décrié aujourd’hui, pour la gauche. Identitaire pour la France républicaine, sa portée est en même temps universelle. C’est ce qu’exprimait Jaurès  en ces termes, dans un discours à la chambre des députés, le 21 janvier 1909 : « ... sur quels principes, depuis la Révolution surtout, reposent les sociétés politiques modernes, sur quels principes repose particulièrement la France, dont ce fut le péril, on l’a dit souvent, mais dont c’est la grandeur d’avoir par son esprit logique et intrépide poussé jusqu’aux conséquences extrêmes l’idée même de la Révolution? L’idée, le principe de vie qui est dans les sociétés modernes, qui se manifeste dans toutes leurs institutions, c’est l’acte de foi dans l’efficacité morale et sociale de la raison, dans la valeur de la personne humaine raisonnable et éducable ; c’est ce principe qui se confond avec la laïcité elle-même, c’est ce principe qui se manifeste, qui se traduit dans toutes les institutions du monde moderne. C’est le principe qui commande la souveraineté politique elle-même ».[1]  

 

Ainsi la laïcité œuvre pour que les individus se pensent et pensent la Cité indépendamment des croyances obligatoires qui s’imposeraient à tous, comme des appartenances ou des identités qu’ils ne choisissent pas (la communauté, la famille, l’origine, « l’ethnie »…). Cela passe par une démarche commune, qui ne renvoie pas les citoyens à des identités réduites et forcément dissemblables, et qui est l’exercice de la Raison autonome : exercice de la Raison au sein de la sphère publique, dans laquelle les dogmes et les cléricalismes sont exclus.  

 

La laïcité est une fin en soi, qui doit conduire l’action politique. Il reste d’une part, à ce que, pour son succès, cette action s’étende à l’ensemble du corps social, pensant et agissant pour son émancipation par la laïcité. Il reste d’autre part, comme pour tout principe politique, à mettre ici la laïcité en prise directe avec des enjeux du présent. C’est d’autant plus nécessaire que le principe de laïcité reste menacé dans notre pays, et pas seulement perverti comme lors des débats sur le voile. Ce qui explique sans doute l’incroyable discrétion des pouvoirs publics, en 2005, pour commémorer la loi, fondatrice, de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Or, la laïcité reste le cœur de la réponse républicaine à l’enjeu majeur qu’est l’assimilation des populations d’origine immigrée, face au choix du communautarisme.  

 

 

 

Des menaces et des enjeux pour la laïcité : depuis les attaques contre les institutions… 

 

 

 

Nous sommes confrontés à des offensives anti-laïques à tous les niveaux et dans tous les domaines. Pour l’essentiel, la laïcité s’est imposée en France contre les autorités de l’Eglise catholique. Ce qui ne veut pas dire qu’au niveau européen, la papauté, avec la complicité d’une partie des droites, ait renoncé à vouloir investir les institutions et le champ politique. Ainsi le projet de constitution européenne, dans son préambule et dans son article 51, prévoit un dialogue régulier de l’UE avec les Eglises et donc institutionnalise leur rôle dans la définition du fonctionnement économique, social et culturel de l’Union. Et tous ceux qui ont défendu ce traité constitutionnel et d’abord ceux qui l’ont signé pour la France , ont montré le peu de cas qu’ils faisaient de la laïcité, réduite à un objet de tractation politique et diplomatique. Les mêmes, par ailleurs, ont cru prouver leur bonne foi en expliquant que, grâce à la France , la reconnaissance d’un « héritage chrétien » avait été retirée. Ils ont seulement prouvé encore leur ignorance de l’idée laïque. Ce sont des héritages « religieux » qui ont été mentionnés à la place : que l’on reconnaisse un ou des héritages d’une ou de plusieurs religions, la laïcité est également bafouée.  

 

 

 

Beaucoup d’offensives s’exercent dans le domaine de l’école, terrain fondamental des conquêtes et des acquis laïques : dérapage dans la formation des formateurs dans le cadre de l’enseignement du fait religieux qui se traduit par une intervention des Eglises dans les contenus d’enseignement ; rétablissement de services religieux catholiques dans certains établissements du second degré ; tentatives de développement du poids et de la place de l’enseignement privé sous contrat ; velléités de remise en cause à nouveau de la loi Falloux ; maintien et renforcement du dualisme scolaire par un financement qui va au-delà de l’esprit et de la lettre de cette même loi. 

 

A ces attaques qui relèvent classiquement du cléricalisme, s’ajoutent celles qui viennent du néolibéralisme, avec les tentatives de transformation de l’Ecole en marchandise. Le développement de certaines missions de l’Ecole est soumis au bon vouloir d’investisseurs privés pour pallier les insuffisances des financements publics. A travers l’introduction directe d’équipements ou d’outils prétendument pédagogiques (comme les masters de l’économie du CIC), des organisations patronales interviennent dans des contenus d’enseignement en particulier, ou dans les contenus de formation lors des stages en entreprise.  

 

Enfin, à ces offensives contre la laïcité, s’ajoutent le maintien de situations intolérables à son égard :  le statut particulier de l’Alsace-Moselle ; la loi sur le port de signes religieux à l’école qui exonère les établissements privés sous contrat de l’obligation de la faire appliquer, alors que leur financement public n’est justifiable que par leur mission de service public ; l’ambiguïté du gouvernement dans les négociations sur l’AGCS[2] quant à la revendication commune d’exclusion de l’Education du champ d’application de cet accord .  

 

Remédier simplement à ces situations serait le mérite de la gauche. Encore faudrait-il qu’elle souscrive toujours entièrement à l’idéal laïque et ensuite qu’elle le considère comme un enjeu de la lutte politique et électorale. Alors que la droite sait tirer partie de l’affaiblissement de la vigilance laïque de la gauche.  

 

 

 

… jusqu’au communautarisme, ennemi de la  laïcité et de  la République sociale.  

 

 

 

La laïcité devrait constituer le moteur intellectuel et culturel de la lutte conte le communautarisme. Avant d’être une pratique, plus ou moins avancée, de populations immigrées ou d’origine immigrée, en mal d’intégration et de protection sociales, le communautarisme est d’abord un projet politique. Jamais revendiqué, il correspond à des pratiques politiques : pratiques locales, liées au clientélisme dans les collectivités territoriales. Mais il correspond maintenant, en outre, à une politique gouvernementale menée par Nicolas Sarkozy et donc à un potentiel programme présidentiel.  

 

Sarkozy et la majorité de droite l’ont prouvé par l’organisation du Conseil français du culte musulman. La création du CFCM a fait de l’islam une religion reconnue par l’Etat, organisée avec son aide et introduite dans le champ politique, à l’encontre du principe élémentaire de « non reconnaissance » des cultes (inscrit dans la loi de 1905), qui ne consiste pas à ne pas reconnaître leur liberté mais à refuser de leur donner un statut officiel. Confié à des notabilités musulmanes, l’idée est que le CFCM permettra le contrôle et la représentation de la communauté des musulmans de France et plus largement en fait, des populations et des générations de Français issus de l’immigration. Car il y a un enchaînement idéologique qui structure la politique de Sarkozy et de la droite néoconservatrice : le désordre et l’insécurité viennent d’abord des jeunes issus de l’immigration maghrébine et africaine ; l’identité de ces jeunes est restée fondamentalement religieuse et leur difficulté d’intégration est avant tout d’origine ethno-culturelle ; une institution et une morale religieuses sûres permettront le contrôle moral et social des ces populations. Pour cette droite, libérale sur le plan économique et social, la communauté, sur des bases religieuses, doit se substituer à l’Etat pour garantir l’ordre et offrir un cadre d’équilibre de la société.  

 

Cette vision de la société est une illusion. Elle repose sur l’idée d’une culture « naturalisée », qui s’imposerait aux individus du fait de leurs origines et qui structurerait alors les identités collectives. Or, les jeunes issus de l’immigration ne peuvent être assimilés à des musulmans. D’une part, quand ils le sont, d’autant plus qu’ils sont jeunes, ils pratiquent assez peu leur religion (comme l’ensemble de la population française). D’autre part, les difficultés à leur intégration ne sont pas culturelles. Leurs attentes, comme l’a montré la récente crise des « banlieues », sont avant tout sociales et politiques. Elles touchent à l’amélioration de leurs conditions de vie, à la reconnaissance réelle de leur citoyenneté et à la fin des discriminations : discriminations au logement, au travail et dans la vie quotidienne.  

 

Les « jeunes des banlieues » (comme on le dit fort mal) et les populations immigrées ou issues de l’immigration, veulent juste vivre mieux et profiter des droits que proclame la République. Comme tout le monde. Ce qui nous rappelle la double exigence que doit porter le républicanisme : le refus du communautarisme doit s’appuyer sur la laïcité et l’articuler avec le volontarisme d’une politique sociale et de relance économique. Ce sont la République et l’égalité effective des droits et non les communautés qui doivent offrir protection et bien-être. Car plus le programme libéral continuera de s’appliquer, faisant reculer l’idée d’égalité et avec elle l’Etat social et interventionniste, plus les replis communautaires seront tentants pour ceux qui en sont les premières victimes.  

 

 

 

Contre le libéral-communautarisme et contre les cléricalismes, il faut aller jusqu’au bout de la logique émancipatrice laïque. Car, d’une part, la réorganisation de la société à travers les communautés, les identités ethno-culturelles et les religions s’opposent à la délimitation républicaine de la sphère publique. Cette sphère doit rester strictement distincte des références aux origines et aux identités privées. D’autre part, mis ensemble, le dogme libéral du marché, le communautarisme et le cléricalisme contribuent à créer une conscience collective qui dissimule les rapports sociaux réels d’exploitation ou de domination. Ils retirent aux citoyens la possibilité de changer le monde dans lequel ils vivent. Ils les empêchent de se rassembler autour d’un projet émancipateur. C’est en ce sens que la laïcité est libératrice et en même temps mobilisatrice, qu’elle est à la fois la fin et le moyen de changer ces rapports sociaux. C’est ce qu’avait compris Jacques Chirac à propos du débat sur le voile, mais en détournant la laïcité de ses fondements et de ses fins authentiques. C’est ce qu’a compris Nicolas Sarkozy, qui cherche à la détruire puisqu’elle s’oppose à son projet de société, mais sans le dire, puisqu’il sait à quel point cela heurterait la majorité de l’électorat.  

 

La laïcité est une arme politique contre le néoconservatisme, le communautarisme et le libéralisme, qui est déjà inscrite dans nos institutions, nos références communes et dans l’esprit de la majorité de nos concitoyens. La gauche aurait tort de ne pas s’en servir.  

 

 

 

Du principe à la mobilisation de la société et de l’opinion : de l’école laïque…  

 

 

 

Visant à l’émancipation concrète et à l’accomplissement de l’homme et du citoyen, la laïcité est en ce sens humanisme. Et c’est pourquoi, par exemple, elle est aussi identitaire pour tous ceux qui veulent faire œuvre éducative. On ne parle plus en France depuis quelques décennies d’instruction publique mais d’éducation nationale. Il ne s’agit pas seulement dans les missions de l’Ecole de transmettre des connaissances, des savoirs construits par la raison humaine dans une démarche scientifique, mais véritablement d’éduquer : l’institution scolaire est une des principales instances de socialisation et c’est cela qui explique en grande partie l’importance des enjeux autour des politiques scolaires et l’âpreté des combats autour de la question de la laïcité. Former l’homme, le travailleur, le citoyen est en effet un enjeu politique majeur. C’est ce qu’ont montré des débats et des mobilisations historiques pour l’école publique, à travers des luttes apparaissant nettement comme politiques et sociales à la fois, puisque portées, en grande partie, par le syndicalisme.  

 

Le syndicalisme enseignant depuis ses origines a pris une part déterminante dans la définition de la laïcité, dans sa défense, dans les combats - y compris les plus récents - qui ont mobilisé véritablement les masses de notre peuple : la plus importante pétition jamais signée en France fut celle de 1961 : 10 800 000 signatures contre le dualisme scolaire et la reconnaissance à l’enseignement privé d’une mission de service public ! Les plus importantes manifestations du 20ème siècle furent celles de 1983-84 et de 1993-94, chaque fois sur la question de la laïcité, du service public d’éducation, de l’engagement de la nation pour l’éducation. Celles de 2003, combattant notamment la décentralisation libérale, avaient aussi un contenu, implicite au moins, laïque : défendre un service public national de l’éducation, indépendant des dérives clientélistes ou « privatisantes » des pouvoirs locaux. Ces batailles n’ont pas toutes été gagnées, pas toutes perdues non plus, mais chaque fois elles ont renvoyé l’opinion publique à s’interroger sur nos institutions et notre histoire, non pas dans un lamento mais dans le credo que l'histoire n'est pas finie. Et cela malgré, disons le, un refus généralisé des grands médias à contribuer positivement au débat de fond.  

 

 

 

Redisons le avec force et sans crainte de ne pas être dans la vulgate consensualiste et relativiste, la laïcité et le service public d’éducation - qui dans notre pays (et malgré, à ce propos, de singuliers oublis de nos ministres dans les négociations européennes) a valeur constitutionnelle - sont des institutions et des piliers de la République. S’en prendre à eux c’est saper une identité historiquement fondée et donc d’une certaine manière remettre en cause le principe même de la souveraineté nationale qui procède du peuple citoyen.  

 

Consubstantielle à la République , la laïcité est le cadre de la transmission des savoirs et des savoir-faire, le cadre de la liberté de pensée et de conscience, le cadre de l’apprentissage de la citoyenneté, le cadre de la démocratisation de l’école et de la société et c’est pourquoi elle est et doit être un combat permanent. Oui, la laïcité est aujourd’hui, encore, la modernité même et le fondement de la démocratie véritable. Et qu’en dit le parti socialiste ? Que dira son candidat sur un sujet qui touchant aux fondements de la société française est aujourd’hui systématiquement combattu ... ou mal défendu, comme l’atonie des réactions de notre classe politique bien pensante l’a montré face à la manipulation dont a fait l’objet la publication de caricatures d’un prophète dans un journal danois ? Le peuple français quant à lui, au cours de son histoire républicaine, a massivement montré son attachement et son engagement en faveur de la laïcité et de l’ensemble des causes républicaines.  

 

 

 

… aux origines de la République : un peuple républicain.  

 

 

 

Et l’on peut en venir à la question de la République en général, en remontant à son événement fondateur, la Révolution française, et aux acteurs qui l’ont, « physiquement », créé, les sans-culottes et les foules révolutionnaires. Comme l’a magistralement montré l’historien George Rudé (La foule révolutionnaire, 1976), c’est leur intégration à la lutte politique qui a abouti à l’établissement de la République, dépassant de très loin le programme initial des révolutionnaires modérés, de la bourgeoisie ou de la noblesse éclairées, partisans d’une monarchie constitutionnelle et parlementaire, libérale sur le plan social et économique. C’est par une double revendication que la République l’a emporté pendant la Révolution : la revendication de la liberté et de la souveraineté populaire et celle du droit à l’existence, aboutissant à l’exigence de mesures sociales.  

 

Les sans-culottes ont alors choisi consciemment d’appuyer les Jacobins, la frange républicaine, la plus à gauche, des élites politiques (nobles ou bourgeoises). Mais leur appui n’a pas été passif : les foules ont récupéré les mots d’ordre de leur direction politique jacobine, mais en y intégrant leurs revendications de classe, touchant essentiellement à l’époque à l’approvisionnement en pain et au-delà, au contrôle des prix. Les foules populaires construisaient, en s’alliant avec des éléments sélectionnés de leur représentation bourgeoise et en les poussant à améliorer leurs conditions de vie, le propre ressort de leur implication politique. C’est-à-dire qu’en les simplifiant et en les corrigeant, elles avaient repris les références des élites éclairées : philosophie des Lumières, liberté, égalité en droits, représentation et souveraineté populaires. Car elles avaient senti leur valeur et avaient compris que leur conquête améliorerait réellement leur vie. Ce faisant, elles ne les avaient pas reprises telles quelles : en les confrontant avec leur condition sociale, c’est-à-dire leur vécu de la réalité (la cherté des produits et la faim dans leur cas), elles les avaient radicalisées. En se les appropriant, elles les ont donc menées, idéologiquement, jusqu’au bout de leur potentiel progressiste. Et elles les ont portées concrètement, dans le débat et les luttes politiques.  

 

 

 

La Révolution républicaine hier, la défense de l’école laïque aujourd’hui, nous montrent comment une double conscience entraîne les individus et les groupes sociaux dans l’action politique : celle de la valeur d’une idée et celle de son apport au bien commun, c’est-à-dire au bien-être de chacun et de tous. La logique du bien-être, qui anime les individus, est matérielle : vivre dans la sécurité, la protection et le confort. Elle est aussi idéelle : vivre libre. Elle est enfin les deux à la fois : vivre bien avec les autres et aussi bien que les autres, dans l’égalité. Elle permet d’une part, d’articuler le principe et l’action politiques. Liée à l’égalité d’autre part, qui donne le bien-être (matérielle et idéelle) à tous, elle aboutit à la définition et à la défense de l’intérêt général.  

 

Ainsi la conscience, purement politique, de la grandeur d’un principe permet son assimilation par un processus individuel. Puis la conscience, à la fois politique et sociale, de son apport au bien-être et à l’intérêt général, conduit à son utilisation politique concrète dans un mouvement collectif. C’est la dynamique assimilation-utilisation qui constitue l’appropriation collective d’une idée. C’est seulement là qu’une implication et une action massives, qui promeuvent un principe universel, sont possibles : les individus inscrivent l’universel dans leur pratique citoyenne immédiate, le temps éternel des principes dans le temps de leur actualité. Le succès de cette dynamique dépend également de la capacité des forces organisées, partis et syndicats, à lui donner une direction et un débouché.

 

 



[1] Discours reproduit par exemple dans un ouvrage récent : Jean Jaurès, Pour la laïque et autres textes, Editions le Bord de l’eau, 2006, p 67.

[2] Accord général sur le commerce des services. Négocié au sein de l’OMC (organisation mondiale du commerce), il a pour objet la libéralisation des services (entre autres l'eau, l'éducation, la santé, le tourisme, l'énergie, le transport…) à l’échelle mondiale.

 

 

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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 16:01

La loi Gouzes, présentée au nom de l’ensemble du groupe socialiste et apparentés, adoptée en juin 2003, apporte une grande nouveauté à la dévolution du nom patronymique. Elle permet aux parents de choisir le nom de famille transmis à leurs enfants : soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit leurs deux noms accolés.  

 

Les arguments en faveur de cette loi paraissent tous marqués d’un souci consumériste et dépourvus des principes qui fondent une décision morale, au sens kantien du terme ; il est quelquefois utile de se souvenir de quelques bases de nos droits fondamentaux et la « loi morale » est « l’énoncé du principe d’action universel et obligatoire, auquel l’être raisonnable doit conformer ses actes pour réaliser son autonomie » (d’après la traduction du dictionnaire de philosophie d’André Lalande). Il est peut être étonnant de rappeler ici la pensée du vénérable philosophe prussien qui ne changea le cours de sa promenade qu’à l’annonce de la victoire de Valmy, mais tout législateur républicain devrait songer à son héritage culturel.  

 

Il n’y a pas d’ambiguïté sur la fonction d’une règle d’attribution d’un nom de famille : selon Agnès Fine (spécialiste du nom dans les sociétés occidentales) « le système actuel […] est étroitement associé à la nécessité d’identifier clairement les personnes […] pour administrer les populations… »[1]. Rien ne devrait avoir changé en principe de ce point de vue : il ne s’agit pas de donner un droit à un individu, mais d’être en mesure de le repérer, de le retrouver, de l’administrer… La filiation patrilinéaire est d’une grande simplicité. On pourrait concevoir une filiation matrilinéaire absolue, elle devrait subir la même critique que la filiation patrilinéaire, mais s’il s’agit bien d’administrer un corps social, l’égalité des sexes ainsi entendue, n’est pas un principe pertinent. Une autre faiblesse de la loi Gouzes est évidemment l’interruption potentielle (à chaque génération) de la lisibilité de la chaîne des générations et la difficulté pour l’individu de dresser de mémoire sa propre généalogie au-delà de trois (ou quatre) générations.  

 

 

 

La tentation de réduire la famille «  à un espace de liens affectifs et éducatifs entre parents et enfants dans lequel la mère a toute sa place »[2] est très réducteur, contribue à l’isolement des individus, favorise l’imposture du « né de ses œuvres » et dénie à l’enfant le droit de choisir lui-même, y compris un nom différent de celui de ses frères et sœurs, ce que ne permet pas la loi et on se demande au nom de quoi, soudain, on revient à un semblant de rigueur pour refuser à l’enfant d’avoir son mot à dire !  

 

Il semble donc nécessaire d’approfondir la réflexion politique générale que peut faire naître l’examen attentif d’un texte qui n’a pas bouleversé les habitudes des couples, mais qui s’inscrit dans une tendance du législateur contemporain à confondre l’essentiel et l’accessoire ou à négliger les fondements de sa légitimité propre.  

 

 

 

Dévolution du nom de famille et identité  

 

 

 

Le fondement progressiste de la loi, d’après l’exposé des motifs des ses rapporteurs, serait « d'inclure les femmes dans la détermination du nom patronymique », ce qui, en affirmant le principe du double nom, « traduirait l'égalité des père et mère ». Enjeu de l’égalité des sexes, le choix du nom deviendrait ainsi un droit que les  femmes auraient conquis. Il pourrait aussi  être perçu comme une nouvelle liberté pour les couples, partagée à égalité par les pères et les mères.  

 

Pourtant c’est d’abord le nom et pas son choix, qui est un droit, de l’Enfant. En effet, le nom est un élément de l’identité et donc de la reconnaissance d’une citoyenneté et de l’appartenance à un corps social. Il faut identifier les personnes pour les administrer. Or c’est l’administration publique, pour ne pas la réduire à son rôle de contrôle social, qui permet l’utilisation et l’application réelle des droits : droits politiques (inscription sur les listes électorales, garantie de la liberté d’association…) et droits sociaux (gestion par la sécurité sociale, versements de prestations sociales, accès aux services publics…). L’égalité des sexes dans la détermination du nom n’a rien d’un critère pertinent pour une bonne administration. C’est parce que, par l’administration, il conditionne d’autres droits, que le nom importe. Sa forme et sa dévolution sont politiquement neutres, puisqu’elles ne changent rien ensuite aux droits des citoyens. D’ailleurs, avant la loi Gouzes, il n’y avait pas d’inégalité dans ce domaine : les hommes n’avaient pas le pouvoir de choisir le nom des enfants, ils transmettaient le leur sans le vouloir, par pure convention.  

 

 

 

On pourrait objecter que cette convention favorisait, symboliquement, les hommes ; et que l’égalité dans la détermination du nom symboliserait au contraire le recul de la domination masculine et l’émancipation des femmes, c’est-à-dire la lutte contre le patriarcat. Mais la loi n’a en rien attaqué le patriarcat, puisqu’elle s’est attaquée à une procédure qui ne donnait aucun pouvoir aux hommes sur la vie des femmes ou de leurs enfants. D’ailleurs les pères et les mères ont toujours pu décider ensemble des prénoms de leurs enfants et cela n’a jamais servi à remettre en cause la domination masculine, ni illustré la liberté des femmes. Simplement, cette décision restait cantonnée à la sphère privée, à la vie intime des couples.  

 

La démarche politique et législative en question mène à confondre la contestation d’une convention établie avec celle de l’ordre établi. On peut regretter les circonstances historiques qui ont privilégié la filiation masculine dans la dévolution du nom. Mais ce n’est plus qu’une commodité qu’a remis en cause la loi, puisque la seule chose qui compte est le droit à l’identité. C’est comme si l’on redéfinissait le français à partir de tous les dialectes régionaux, sous prétexte qu’au Moyen Age, c’est l’un d’entre eux (celui de l’Ile-de-France) qui s’est imposé pour devenir la langue nationale. Ce qui compte pour le présent est d’avoir un objet commun de communication. Comme ce qui comptait  pour la dévolution du nom était d’avoir une procédure efficace pour identifier et administrer les citoyens.  

 

On ne voit donc pas ce qu’une telle loi change aux rapports de domination entre sexes et en quoi elle ferait avancer la réalisation de l’égalité des droits. On pourrait dire que cette réforme serait au mieux futile ou inutile. Mais la loi et le droit contiennent et diffusent forcément, même inconsciemment, un message politique. Et la loi Gouzes est à ce titre néfaste.  

 

 

 

Un « sujet de société »  

 

 

 

Le vote de cette loi est un symptôme de la dépolitisation du débat démocratique et de l’illusion politique des « sujets de société ». Non qu’il faille délaisser ces sujets : dans ce domaine aussi la gauche a la responsabilité du progrès. Et c’est à tort que les rapporteurs de la loi sur la dévolution du nom, dans leur exposé des motifs, se sont situés dans la lignée de la loi sur la parité.  

 

Car en faisant la parité, la gauche plurielle s’est bien attaquée à l’inégalité des sexes et au patriarcat. L’évolution des pratiques politiques, des mœurs et des mentalités ne permettait pas de réaliser l’égalité de droit entre les sexes. L’égalité de fait passait donc par une mesure volontariste, pour que le pouvoir ne soit plus implicitement réservé aux hommes et que les femmes puissent jouir réellement de leur droit à l’éligibilité. Le PACS, réalisé par cette même gauche plurielle, a lui aussi fait reculer l’ordre établi. Il a permis la reconnaissance, avec les garanties que cela procure, d’autres modes de vie commune que celui du mariage hétérosexuel. Au-delà, le contrat du PACS a ouvert une nouvelle forme de solidarité entre les contractants. Il a permis en outre de résoudre des problèmes sociaux concrets, quand des hommes ou des femmes homosexuels, séparés de leurs conjoints par la mort, se retrouvaient spoliés et privés du patrimoine commun par leur « belle » famille. Répondant à des questions « de société », le PACS et la parité ont fait formellement et réellement reculer des discriminations et un ordre établi inégalitaire (entre hommes et femmes, entre hétérosexuels et homosexuels).[3]  

 

 

 

Il reste que les questions de société portent le risque de se substituer à toute ambition globale de transformation sociale et d’approfondissement de la démocratie. Ni le PACS, ni la parité, ni aucune mesure « sociétale », aussi nécessaire qu’elle soit, ne résoudront la misère du monde ou ne remettront en cause les structures de la société capitaliste. Car ces structures sont toujours des rapports d’exploitation ou de domination entre des classes ou des catégories sociales.  

 

S’éterniser sur les débats de société revient vite à noyer l’espace public dans des questions touchant en fin de compte à des identités et des choix ou des comportements privés. Les nouvelles formes de revendications qui sont portées ainsi, sur le sexe, la famille, l’origine, l’humanitaire, la paix ou l’environnement sont certes légitimes. Mais elles n’aboutissent pas à proposer une réorganisation complète et générale de la société. La parité par exemple, n’a pas  donné aux femmes le droit d’être élues, déjà acquis. Elle permet à chaque femme de savoir si elle peut et veut ou non faire de la politique. Or il est assez facile (quand on a un esprit progressiste !) de mettre fin à des discriminations empêchant des individus de mener leur vie privée comme ils le souhaitent. Et il est évidemment indispensable d’agir pour que tous les citoyens puissent choisir leur vie et profiter de leurs droits, y compris au sein de la sphère privée et familiale.  

 

Mais il est beaucoup plus difficile de réussir des politiques économiques et sociales qui réduisent les inégalités, diminuent le pouvoir des classes dominantes et améliorent la condition de classes sociales entières. Donner la priorité aux questions de société mène vite à abandonner la recherche d’une alternative générale de gauche : alternative politique par la réalisation toujours plus poussée de la démocratie, alternative économique et sociale de dépassement du capitalisme. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé lors de l’expérience gouvernementale de la gauche plurielle, une fois passées les plus importantes mesures économiques des débuts (action contre le chômage avec les « emplois jeunes », RTT).  

 

 

 

Les débats sociétaux n’ont de sens que s’ils s’insèrent dans la construction d’une volonté générale et d’un intérêt général progressistes et s’ils ont une portée universelle. Les questions de société ne peuvent se substituer à la question sociale. Elles valent d’autant plus qu’elles sont incluses dans un projet démocratique global, qui vise à détruire toutes les formes de domination et d’exploitation. Il y a bien une hiérarchie, de valeur et non de nécessité, à établir entre les questions politiques et les questions de société. Par exemple, l’égalité juridique entre hommes et femmes ne porte pas forcément la question démocratique : on peut imaginer un régime censitaire où les femmes comme les hommes seraient également privés ou bénéficiaires du droit de vote selon leur niveau de fortune. Alors qu’une démocratie idéale contient l’égalité des sexes : le principe d’universalité du suffrage mène à son extension aux deux sexes.  

 

 

 

Privatisation du champ politique et sortie du Politique  

 

 

 

Si on revient à la loi Gouzes, on voit comment un sujet de société pose le problème de la privatisation du champ politique et donc de la sortie du Politique. Entendons bien sûr le Politique comme un enjeu collectif et un espace de débats ou de conflits passant par des institutions représentatives (partis, syndicats, organes de pouvoir, associations…), qui mettent en mouvement les individus en tant que citoyens.  

 

A travers une loi comme celle-là, on pourrait voir les effets des « life politics » (politiques des modes de vie), théorisées par le sociologue Anthony Giddens, promoteur de la troisième voie blairiste.[4] L’action politique devrait se déployer vers les « styles de vie», concernant notamment la famille et les rapports hommes-femmes, parents-enfants. Le Politique devrait intervenir davantage sur « les sujets de société »,  et non plus sur les « choix de société » et les grands enjeux collectifs.  

 

Selon Giddens, le monde est entré dans un nouvel ordre social, post-traditionnel : les traditions sont rejugées et remises en cause par le libre arbitre et l’autonomie des personnes. On ne pourrait qu’être d’accord si Giddens ne rangeait pas dans les victimes de cette « dé-traditionnalisation », le débat politique droite-gauche et les institutions qui politisent la société (gouvernements, parlements, partis, syndicats…). D’après lui, les structures politiques et partisanes, censées proposer des projets de société distincts (« emancipatory politics »), sont donc dévaluées. Et les questions politiques majeures se détournent vers les choix de modes de vie et d’identité. Bien entendu, c’est à la mondialisation que Giddens fait appel pour expliquer ces évolutions. D’une part, la dérégulation économique, présentée comme inéluctable, rendrait caduques les politiques interventionnistes et le socialisme en général. D’autre part, le  développement des moyens de communication favoriserait une uniformisation des goûts et des cultures, porteuse de cette dé-traditionnalisation emportant avec elle les institutions du Politique.  

 

 

 

Mais c’est en réalité cette analyse de la dépolitisation qui la produit. L’effondrement du communisme, les limites des politiques sociales-démocrates face aux crises économiques et sociales, les contraintes du capitalisme mondialisé ont en effet brouillé les perspectives politiques, compliqué les alternatives et ainsi découragé l’implication citoyenne. Mais c’est ensuite la pratique de la « troisième voie » qui pousse à la dépolitisation et à la conservation de l’organisation globale de la société, en faisant le choix et la pédagogie du renoncement à l’alternative, en ne proposant plus que du marketing politique et des « life politics ». C’est ainsi que Tony Blair et Gerhard Schröder déclaraient en 1999, vouloir « une société qui célèbre les chefs d’entreprises qui ont du succès, comme celle-ci célèbre ses artistes et ses footballeurs ».[5] Difficile de lancer un mot d’ordre plus libéral. Difficile de démobiliser plus l’esprit et les forces progressistes. Difficile de faire moins de politique… Giddens reconnaît d’ailleurs la nécessité d’un « conservatisme philosophique », pour que recule la volonté de maîtriser l’économie et le cours de l’histoire.  

 

Et c’est bien à un centrisme ou un conservatisme éclairé que mènent les politiques des modes de vie, qui correspondent à ce que nous appelons les questions de société. Sur ces débats, le terme d’ailleurs « de société » est lui-même peu acceptable, puisque ces questions sont ce qu’il y a de moins social et de moins collectif dans le débat politique. L’enjeu est ainsi masqué : ce sont bien d’abord des styles de vie, relevant d’abord de la sphère privée, qui sont concernés. C’est bien à une privatisation du politique que l’on contribue en les privilégiant. Dans ce cadre, l’objectif de Giddens et de la Troisième voie est la construction d’un centrisme, dit « radical », établi par le consensus.  

 

La privatisation et le consensus politiques conduisent en outre à la sortie du politique, puisqu’on ne peut plus changer le monde et qu’il faut l’accepter tel qu’il est. On rejoint alors un maître à penser (de la fin du 18ème et du début du 19ème siècle) du libéralisme et de la droite : Benjamin Constant. Il oppose la liberté des Anciens, par laquelle « la volonté de chacun avait une influence réelle » (sur le champ politique et le gouvernement de la Cité) à la liberté des Modernes, seulement celle de « la jouissance paisible de l’indépendance privée ». Si l’on ne veut plus agir sur les choix mais sur les sujets de société, on abandonne aussi l’idéal démocratique d’une liberté d’intervention sur le monde qui nous entoure, pour se replier sur l’identité, la sexualité, la carrière professionnelle, le couple, la famille, etc…  

 

Le comble de l’absence de changement réel dans une telle conception de l’action politique n’est-il pas atteint lorsque dans certains pays où la fonction de chef de l’Etat est exercée par un monarque héréditaire, ainsi placé pourtant et par définition hors du commun, on s’interroge gravement sur la nécessité de changer la loi dynastique pour savoir si l’aînesse doit jouer quel que soit le sexe de l’enfant  premier né ? Le faux principe de l’égalité entre les sexes joue manifestement comme vrai paradigme du leurre absolu.  

 

 

 

Concluons : la loi Gouzes est bien l’exemple d’une loi consensuelle qui, dans l’apparence d’un progrès vers l’égalité et sans rien coûter, entretient cette tendance à la sortie du politique, sous couvert de la sortie de la tradition. Qu’apporte-t-elle à la cause des femmes ? La liberté de choisir pour choisir (un nom pour son enfant), au lieu de choisir pour agir sur sa propre vie et sur le monde qui nous entoure. Si la libération, des femmes et de tous, consiste à reprendre le pouvoir sur sa vie, si l’égalité consiste à donner à tous le pouvoir de choisir leur vie et la société dans laquelle ils veulent vivre, on peut chercher en vain ce que viendrait faire la loi sur le nom de famille là-dedans. Sinon à dévaluer et à détourner de leurs fins la liberté et l’égalité.  

 

Tout recentrage du « radicalisme » de la gauche sur de telles « politiques de la personne » et sur la « liberté des modernes » fait en fin de compte, sous des dehors progressistes faciles, le jeu de l’ordre établi. Car l’essentiel n’est pas touché : l’émancipation des individus, par les droits puis dans la réalité, d’abord dans la sphère publique, celle du politique et de la citoyenneté, qui conditionne l’ensemble des droits, y compris ensuite dans la sphère privée. Pour en rester à notre référence kantienne initiale : «  Agis toujours en sorte que la maxime de ta volonté puisse être en même temps un principe valable de législation universelle » (Kant, Critique de la raison pratique, I, 1 §1). Il est clair que la majorité qui a voté cette loi a cédé aux sirènes d’une facilité moderniste au lieu de poser le débat en termes d’émancipation réelle des individus dans une société aux rapports sociaux définis et inchangés.  

 

Quand elle fait cela, la gauche n’intéresse d’abord qu’une frange sociale ultra minoritaire, pour qui la question sociale et celle de la domination ou de l’exploitation ne se posent plus. Il s’agit d’un ensemble de groupes sociaux repus de consommation, non soumis à la précarité économique ou à la dégradation des revenus et qui ne sont pas en contact (ni par leur habitat, ni par leur travail) avec les effets des inégalités et de la pauvreté. En tête dans les champs culturels et/ou économiques, gagnante de la globalisation libérale ou non affectée par elle, cette néo-bourgeoisie est d’abord une classe idéologique avant d’être une classe sociale. Elle est diverse par ses options électorales (du centre gauche au centre droit) et par les professions (du chef d’entreprise au cadre investi d’un pouvoir plus ou moins important ou factice) qu’elle regroupe. Mais elle considère les luttes sociales dépassées ou n’y participe en tout cas jamais, par intérêt (quand elle se rattache à la classe entrepreneuriale) ou par inconscience et crétinisme politique (quand elle se rattache aux groupes bobos des centres urbains gentryfiés). Ce n’est pas en entrant dans son jeu, en oubliant les principes universels qui la marquent, en s’attachant à des modes fragiles ou à un air du temps passager et en abandonnant ainsi sa fonction de direction politique, que la gauche de gouvernement (donc le PS en premier lieu) pourra incarner l’espoir, l’alternative et le progrès.

 

 



[1] D’après un article paru dans l’édition du 30/12/2005 de Le Monde, dans lequel Agnès Fine rappelle aussi que ce système (celui d’avant la loi Gouzes), « qui associe un prénom à un nom qui se transmet de père en fils au sein d'une même lignée, s'est imposé progressivement en Europe au Moyen Age, entre le Xe et le XIVe siècle. » 

[2] Expression d’Agnès Fine à nouveau, issue du même article, du 30/12/2005, de Le Monde.

[3] Sur le PACS et la parité, on peut se référer à l’argumentation de Jean-Luc Mélenchon, Causes républicaines, Paris, Seuil, 2004.

[4] Nous ferons référence dans ce paragraphe à un éclairant essai de Philippe Marlière, Essai sur Tony Blair et le new labour. La troisième voie dans l’impasse, Paris, Editions Syllepse, 2003.  

[5] D’après un « manifeste » signé par les deux hommes, à la veille de l’élection européenne de 1999.

 

 

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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 15:53

 

Dans un ouvrage récent, Michel Winock[1] rappelle les circonstances du compromis qui aboutit à la rédaction de la Constitution actuelle de la France : l’essentiel étant acquis, un exécutif fort, le « bicéphalisme gouvernemental » que représente la présence aux côtés d’un Président de la République, élu au suffrage universel, d’un Premier ministre chargé de conduire la politique du pays en s’appuyant sur une majorité parlementaire, fut géré en fonction des circonstances… et de la qualité des protagonistes. Pour De Gaulle, « le Président est évidemment seul à détenir et à déléguer l’autorité de l’Etat ». Jacques Chaban-Delmas, remercié par Pompidou après un vote de confiance de l’Assemblée, expérimenta à plein l’idée que le Président se faisait du rôle de chacun dans la dyarchie.  

La cohabitation, inconcevable pour De Gaulle, a été mise en œuvre deux fois par Mitterrand comme Président (1986-88 et 1993-95) et deux fois par Jacques Chirac (comme Premier ministre en 1986-88 puis comme Président entre 1997 et 2002). Cela a permis de mettre en évidence la plasticité de la Constitution. Même si une mauvaise appréciation de l’équilibre institutionnel a conduit à raccourcir le mandat présidentiel de deux ans, en laissant au Président le pouvoir de dissolution de l’Assemblée pour obtenir, à la suite d’une nouvelle élection présidentielle, une majorité conforme à ses orientations. C’est ce que les Français ont fait en 2002, malgré le caractère quasi ubuesque d’une situation qui aboutit à élire, avec 82% des suffrages exprimés, un Président à la suite d’une campagne pendant laquelle aucun débat crédible n’avait été conduit sur le projet de société à proposer aux citoyens : une élection par défaut pour celui qui malgré un pourcentage étonnant fut en définitive le plus mal élu des Présidents de la Ve République.  

L’élection présidentielle est donc depuis 1965 le moment décisif de la vie politique française et, en l’état actuel des débats politiques dans notre pays, le parti pris des auteurs est de penser que c’est dommageable pour quelques notions de fond comme la citoyenneté, la proposition de choix réels de société, la nature de l’exercice de la souveraineté nationale et donc le principe de légitimité des élus du peuple.  

 

L’élection du Président de la République au suffrage universel a changé de fait le rôle des partis politiques. L’obsession de l’élection présidentielle, dont dépend et découle presque totalement la vie politique du pays, dans laquelle se cristallisent toutes les ambitions, stérilise l’action des partis. De laboratoires d’idées qu’ils ne furent pas toujours, de syndicats d’élus qu’ils ont eu tendance à demeurer, ils sont devenus machines à collecter des fonds, et la loi leur a fourni les moyens et la caution d’une moralisation difficile mais progressive pour ce faire. Ils sont devenus « star académies » de futurs candidats pour tout type d’élection ou écuries de présidentiables, dans un contexte où l’absence de débats sur l’idée de transformation des rapports sociaux renvoie systématiquement à des formes d’Etat-spectacle et accentue le poids des médias. Médias dont le degré d’indépendance voire de déontologie est inversement proportionnel à leur diffusion et fait du passage au JT une action politique aussi bien pour un ministre que pour les jeunes maltraités des banlieues. Et c’est ainsi qu’on a pu faire, en 2002, une campagne présidentielle sur la peur, le sentiment d’insécurité, en l’absence de tout référentiel politique donnant aux citoyens une grille de lecture de la réalité, une perspective de progrès pour tous, un projet commun voire une utopie fondatrice.  

Le blocage de notre société doit beaucoup non pas à la médiocrité personnelle de tel ou tel personnage public, encore que cela puisse jouer dans l’exercice de fonctions à hautes responsabilités, mais à la médiocrité politique banale et collective, au consentement à un inévitable dépourvu de sens, au refus de la critique, au refus de mettre en cause des mots et des concepts captés et détournés de leur sens comme réforme, progrès, intérêt général, loi ...  

 

La majorité UMP représente 27 % du corps électoral : est-il légitime que la seule expression d’environ un citoyen sur quatre permette à des élus si peu représentatifs de la nation, de bouleverser les fondements du pacte social construits en plusieurs décennies, les principes de la solidarité collective et toutes les conditions d’une vie sociale harmonieuse ? Or cette critique là est fort peu audible, comme si des réformes nécessaires ne pouvaient s’effectuer que d’une seule manière et dans un seul sens : s’il en était ainsi, le débat politique serait effectivement mort et les élections deviendraient au mieux un jeu, chacun son tour, au pire un exercice de casting.  

Cela ne paraît guère raisonnable et en tout cas ne s’inscrit pas dans les plus hautes traditions de la patrie des droits de l’homme, de la République, de la laïcité et de la devise du fronton de nos mairies inscrite dans la Constitution. Il faut repartir de l’essentiel dans ce débat et pour la campagne qui est déjà ouverte : qu’est-ce qu’un Président ?  

 

La place du Président dans la Constitution  

 

Il n’est pas inutile aujourd’hui de rappeler que c’est par dérogation à la Constitution de 1946 que fut votée le 3 juin 1958 une loi organique confiant au gouvernement, investi le 1er juin, le soin d’établir un projet de loi constitutionnelle. Le titre XI de la Constitution de la IVe République détaillait en six articles (90 à 95) la procédure de révision de la Constitution : résolution adoptée à la majorité absolue des députés, précision de l’objet de la révision, deuxième lecture après un délai minimum de trois mois sauf si le Conseil de la République (Sénat) a adopté à la majorité absolue la même résolution, projet de loi portant révision élaborée par l’Assemblée Nationale, soumission au Parlement, majorité des deux tiers requise en seconde lecture dans les deux assemblées ou référendum (art.90).  

La loi constitutionnelle du 3 juin 1958 précisait que le gouvernement (présidé par le général De Gaulle) mettrait en œuvre les principes ci-après : 

« 1° Seul le suffrage universel est la source du pouvoir. C’est du suffrage universel ou des instances élues par lui que dérivent le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif ;

2° Le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif doivent être effectivement séparés de façon que le gouvernement et le Parlement assument chacun pour sa part et sous sa responsabilité la plénitude de leurs attributions ;

3° Le Gouvernement doit être responsable devant le Parlement ;

4° L’autorité judiciaire doit demeurer indépendante pour être à même d’assurer les libertés essentielles telles qu’elles sont définies par le préambule de la Constitution de 1946 et par la Déclaration des droits de l’homme à laquelle il se réfère ; 

5° La Constitution doit permettre d’organiser les rapports de la République avec les peuples qui lui sont associés. » 

 

Un comité consultatif composé notamment d’élus des deux chambres, le passage en Conseil d’Etat pour avis, le recours au référendum pour adopter le projet de loi constitutionnelle étaient également prévus.  

 

Dans la Constitution de la Ve République le titre II est consacré au  Président de la République ; pour mémoire le titre I est logiquement dédié à la souveraineté. Les articles 5 à 19 définissent sa mission, les modalités de son élection, ses pouvoirs ; le titre III porte sur Le Gouvernement (art. 20 : « le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. »; art. 21 : « Le Premier Ministre dirige l’action du gouvernement »…). La place du Président dans l’ordre des titres de la Constitution montrait clairement que la prééminence passait à l’exécutif : dans la Constitution du 27 octobre 1946, titre I : de la souveraineté, titre II : du Parlement, titre III : du conseil économique, titre IV : des traités diplomatiques, titre V : du Président de la République, titre VI : du conseil des ministres ; dans la Constitution du 4 octobre 1958, titre I : de la souveraineté, titre II : du Président de la République, titre III : du Gouvernement, titre IV : Le Parlement, etc…  

Les choses sont claires, il y eut bien en 1958 un changement de régime dans des proportions que les opposants avaient certes pressenti ou dont ils avaient lu l’importance, mais dont les conséquences sur le principe même de la souveraineté populaire n’avaient pas, tant s’en faut, été relevées par tout le monde à l’époque. Ceux qui ont dès 1958 condamné le régime et la dérive présidentialiste que l’élection au suffrage universel allait enraciner, avaient une approche fondée davantage sur un respect strict de la légalité, qui dans les circonstances de l’investiture de De Gaulle pouvait à juste titre être discutable, ou sur le caractère parlementaire du régime républicain que sur ce principe de la souveraineté populaire ; la république par le parlementarisme…telle était leur certitude. Avaient-ils si tort ? La pratique de De Gaulle une fois au pouvoir, allant bien au-delà dans le sens du renforcement de la présidence, que ne le permettait « sa » constitution, leur a sans doute donné raison : par exemple, De Gaulle a imposé l’idée d’un « domaine réservé » au chef de l’Etat (la politique extérieure et la défense), dont on ne trouvera pas une mention dans la Constitution de 1958.  

 

Dans le cadre d’une République, la question fondamentale est toujours celle du respect de la souveraineté populaire, autrement dit la recherche d’un système de délégation du pouvoir qui ne donne pas au mandataire une situation de trop grande sûreté par rapport à ceux qui l’ont élu. C’est cela qui fait qu’un républicain devrait être par principe plus favorable à un régime d’assemblée ou parlementaire ( la Convention , mutatis mutandis la Chambre des Communes...) qu’à un régime présidentiel qui renforce l’exécutif et a fortiori à tout système qui permet l’élection au suffrage universel direct du chef de l’Etat. 

En effet, un président élu dans la circonscription unique qu’est le pays tout entier devient un personnage littéralement hors du commun, puisqu’il est la seule personne physique élue dans de telles conditions. Cela lui confère immédiatement une espèce d’onction « populaire » qui remplace avantageusement l’onction de la Sainte Ampoule de Reims pour les Rois, d’autant qu’il n’existe pas de contrepoids aux pouvoirs du président dans la constitution de la Ve République. C’est si vrai, que hormis le cas unique du général De Gaulle lui-même en 1969, plusieurs présidents ont refusé de se sentir désavoués par un vote ultérieur des électeurs (François Mitterrand en 1986 et en 1993, Jacques Chirac en 1997, en 2004 et en 2005) ; Valéry Giscard d’Estaing avait même théorisé sur ce point en expliquant que la législature irait à son terme...  Sans doute avait-il en tête le modèle américain d’un Président indéboulonnable sauf par la lourde procédure de l’impeachment, face à une assemblée de représentants du peuple qui ne peut être dissoute ; autrement dit ce que certains qualifieraient de séparation parfaite des pouvoirs.  

On se retrouve donc en France avec un Président, mis hors de portée par son « sacre » populaire, qui peut ignorer le peuple et tenir le gouvernement en dehors de la réalité politique : les attentes de la majorité et les revendications du mouvement social, quelles que soient la force et les formes de leur expression. A la longue la Ve République rend le pouvoir exécutif, et on pourrait dire le pouvoir tout court (étant donné le poids de l’exécutif dans les institutions) indépendant de la volonté générale, à l’abri derrière une personne, un président inatteignable (politiquement comme judiciairement d’ailleurs). Dans la Cité, le système politique fonctionne à part : le fonctionnement de la démocratie représentative est remis en cause et la transformation sociale devient une tâche de plus en plus insurmontable. On a vu depuis 2003, après le mouvement concernant les retraites et la décentralisation, puis les défaites électorales et successives de la droite (défaite historique dans le cas des élections régionales de 2004), comment les gouvernements UMP (Raffarin puis De Villepin) pouvaient agir systématiquement et durablement contre la majorité des Français.

 

Les républicains, dès la période révolutionnaire, ont toujours été conscients du danger de la personnalisation du pouvoir et ont cherché pour cela à limiter le poids de l’exécutif, naturellement détenu par un petit nombre de personnes. C’est en ces mots que Robespierre exprimait ce danger (lors d’une intervention le 10 mai 1793, à la Convention) : «  Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale ; mais les hommes ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer. »[2] Que dire de plus aujourd’hui, quand on voit, en particulier avec « l’affaire Clearstream », deux ministres, protégés par le laisser-faire du président, l’un (le premier d’entre eux, Dominique De Villepin) utiliser les moyens de l’Etat pour nuire à l’autre, et l’autre (Nicolas Sarkozy), prendre le ministère de l’intérieur pour se « protéger ». Tout cela pour justement se placer dans la course à la présidence.  

On peut certes expliquer qu’aujourd’hui il faut tenir compte de l’état moyen de l’opinion qui peut croire qu’en élisant son maître, elle fait un choix démocratique ; qu’il serait difficile de dessaisir les électeurs d’un droit qu’ils exercent depuis 40 ans passés ; qu’un exécutif mis à l’abri d’un changement soudain de majorité peut entreprendre une action dans la durée, quitte à devoir composer dans une «  cohabitation ».  

C’est oublier cependant que par les pouvoirs dont il dispose, le Président de la Ve République est un véritable monarque, au sens étymologique du terme. Le raccourcissement  à cinq ans de la durée du mandat ne change rien au fond de l’affaire. C’est oublier aussi que les partis concourent à l’expression des suffrages et que la liste des signatures nécessaires pour le dépôt d’une candidature ne permet pas à une concurrence non faussée de jouer dans l’égalité d’accès au statut même de candidat. C’est oublier enfin que les rassemblements nécessaires au second tour, voire le principe d’une union négociée dès le premier tour reviennent à mettre sous le coude un élément clé du respect de la souveraineté nationale entre deux élections.  

 

Le rôle du président : chef de l’exécutif ou référent de tous les Français ? 

 

La véritable ambiguïté dans les systèmes politiques qui prévoient l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel est précisément dans cette question. Si le chef de l’Etat est le chef réel de l’exécutif, il est nécessairement le représentant d’une partie seulement des citoyens, ceux qui ont voté pour lui et, le cas échéant dans la foulée, pour des députés se réclamant du même parti ou de la même coalition. S’il est en même temps le chef de l’Etat, il ne peut alors jouer la moindre fonction d’arbitre, ni attendre de la totalité des citoyens électeurs un consentement à son action par principe, sauf à considérer que les minorités entre deux élections n’ont plus voix au chapitre, ni droit au respect de leur prérogative de citoyens, source pourtant pour chacun et à partir de chacun de la légitimité de la représentation nationale. L’exemple américain du patriotisme viscéral ou supposé acquis dès lors que le Président a été élu, repose d’abord sur une vision complaisamment entretenue du principe « right or wrong, my country ». Il repose ensuite sur l’oubli que si le Président est en quelque sorte sélectionné dans chaque Etat de l’Union par un vote direct, ce sont en fait les représentants des Etats, sur cette base du suffrage certes mais comme représentants d’un Etat, qui l’élisent, afin de tenir compte du caractère fédéral de la Constitution américaine. Nul n’ignore d’ailleurs le refus obstiné  d’obéissance aux « fédéraux » de toute espèce que professent un certain nombre d’Etats-uniens attachés à leur Etat, à leur comté, voire au souvenir de la Confédération sudiste.  

La Constitution de la Ve République fait explicitement du Président  le garant du fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que de la continuité de l’Etat, de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire etc (titre II, art.5), alors que la constitution de la IVe République se contentait d’énumérer la nature des pouvoirs qu’il devait exercer (titre V, art. 29 à 38). Autrement dit le président de la IVe République, du fait de son mode d’élection (par le Parlement) et de la place que lui assignait la constitution, n’exerçait pas la fonction de chef de l’exécutif mais une magistrature morale qui pouvait à bon droit en faire le Président de tous les Français. Ainsi, par exemple, le nombre de tours requis pour l’élection de René Coty en 1953 n’a rien enlevé à l’autorité dont il sut faire preuve, y compris dans la procédure de rappel au pouvoir de Charles De Gaulle[3] 

La dimension « historique » exceptionnelle de celui-ci n’a en revanche jamais pu faire que le chef de l’Etat fût considéré par une partie non négligeable de citoyens comme quelqu’un d’autre que le chef d’un exécutif dans lequel ils ne se reconnaissaient pas ; a fortiori ses successeurs. Cela n’empêche pas le système institutionnel de fonctionner. Mais cela confirme que la démocratie représentative ne donne pas à la question de la légitimité des élus une réponse parfaitement satisfaisante d’un point de vue conceptuel.  

 

Le maintien de l’élection du Président au suffrage universel direct exige, nous semble-t-il, une remise à plat et une réécriture des pouvoirs de celui-ci ; il convient donc aussi de réexaminer les rapports entre l’exécutif et le législatif. La condition sine qua non de la réhabilitation du politique passe par une reprise en mains de ses pouvoirs propres par chaque citoyen. Certains ont proposé la « démocratie participative » : celle-ci n’a de sens que par la mise en place d’une possibilité effective de contrôle des élus par les citoyens de manière permanente et non pas simplement à l’issue d’une mandature, ces rouages de contrôle restant à inventer. Et il  paraît difficile de réclamer, comme le fait une partie du mouvement syndical, une démocratisation du mode de gestion des entreprises et de ne pas s’interroger sur la prééminence absolue du Président de la Cinquième République, qui n’est liée à aucune sanction particulière de ses errements possibles, notamment à l’encontre de notre « modèle social », alors que l’histoire immédiate et l’histoire récente des deux dernières présidences en offrent de multiples exemples. 

Sans entrer dans un débat qui n’est pas le propos de ce livre, la faiblesse de l’Etat - et il faut entendre par-là, la faiblesse de l’exécutif - sous la IVe République, est liée, entre autres raisons, à la difficulté d’établir des majorités stables du fait de la stérilisation d’une partie de la représentation nationale avec en particulier la Guerre froide. Il n’y eut pas d’union de la gauche tout entière sous la Quatrième du fait de la mise hors-jeu du Parti communiste (y compris en partie par lui-même). Autrement dit le renforcement de l’exécutif que Charles De Gaulle avait voulu n’aurait pu être qu’une réponse de circonstances à une conjoncture momentanée de la vie politique française, la sortie de crise que requérait la guerre d’Algérie.  

L’exemple de la fonction présidentielle italienne, quelle que soit l’image que les institutions de ce pays peuvent avoir dans le nôtre, montre qu’un Président, chef de l’Etat, élu par les Chambres et depuis quelques années par des représentants des régions, peut parfaitement incarner la continuité de l’Etat, disposer de l’autorité suffisante pour le faire, voire contrecarrer si nécessaire les vues d’un gouvernement qui pourrait avoir la tentation de dénaturer les institutions et leur équilibre. A l’occasion de son départ le Président Azeglio Campi a donné une salutaire leçon en refusant d’être le premier président de la République italienne à renouveler son mandat. Cette question du renouvellement sans limitation n’est-elle pas l’une des anomalies d’un régime vraiment républicain ?  

 

L’élection du Président par un collège de grands électeurs passe par la nécessité d’une entente consensuelle sur le nom d’un candidat ; la majorité qualifiée requise, s’il était jugé utile d’en instaurer le principe, à 66 ou 70% par exemple, rendrait la légitimité d’un tel chef de l’Etat peu contestable, sauf à dénier toute légitimité aux élus du peuple. La nature du rôle du Président éclaire celui du Premier ministre : fusible ou doublon si le chef de l’Etat est le chef de l’exécutif, ou chef de la majorité parlementaire si celui-ci est le référent national.  

Il est clair en tout cas que, si le mode d’élection ne devait pas être touché, soit parce que l’opinion ne serait pas en mesure d’analyser une réalité institutionnelle et d’en tirer des conséquences pratiques, soit parce que la pensée unique continuerait d’avoir seule droit de cité dans les médias et ne contribuerait pas à éclairer les Français, soit parce que certains acteurs (individus ou partis) de la vie politique conçue comme une carrière ne le souhaitaient pas, la question des pouvoirs du président serait tout de même posée et ceux-ci ne sauraient rester en l’état : l’exemple funeste de la dernière présidence  manifeste clairement que l’absence de contre-pouvoirs est néfaste à un fonctionnement harmonieux de la démocratie. Et à une image crédible de la France à l’extérieur.  

 

Il va de soi que toute modification des pouvoirs du Président entraînerait celle des pouvoirs du Premier ministre et des relations entre l’exécutif et le Parlement. Il est évident également que la construction européenne dans sa phase actuelle, avant que se poursuive ou pas la sanctuarisation constitutionnalisée de pratiques politiques qui précisément ne relèvent pas de la nature d’une Constitution, doit être intégrée à la réflexion collective qui devrait s’ouvrir. C’est aussi le moyen démocratique et républicain de reparler de l’Europe, car en l’absence de peuple européen, ce dont chacun convient, la question est bien celle du cadre pertinent d’octroi de la légitimité élective que des citoyens, dont la nationalité est une composante réelle et forte, peuvent donner à des élus. Pour l’heure la Nation et donc la République française sont en cette matière des cadres indépassables.   

Il est évident enfin qu’il est question d’un changement de constitution, pas de sa réforme, et d’une nouvelle République, qui regagne le terrain perdu de la démocratie après le trop long épisode de la « monarchie républicaine » instaurée par De Gaulle, ridiculisée aujourd’hui par un Président incapable de maîtriser des ministres issus de son propre parti. Car la personnalisation du pouvoir entrave l’émergence de véritables choix de société, phénomène par essence collectif, à partir desquels les citoyens pourraient prendre parti, lors des élections d’abord.  

La personnalisation favorise finalement la privatisation du pouvoir. En effet, trop de candidats ou de candidates à la magistrature suprême ne cherchent plus qu’à se donner une « image » de présidentiables, relevant de caractères de la personne privée et non publique. Un tel ou une telle montrera sa sincérité, sa franchise et son énergie (s’il le faut en médiatisant une baignade, un jogging ou même un accouchement). Sinon, il ou elle mettra en avant la probité de ses valeurs morales par le biais des « questions de société ». Le reste est de l’habillage programmatique plus ou moins bâclé. Où sont les repères politiques, identifiables par tous, là-dedans ? Jusqu’où cela est-il encore de la politique ? C’est à un candidat de la gauche de gouvernement, qui a vocation à agir par et pour le peuple, de proposer une autre voie que celle-là. La volonté déclarée ou non de changer de République permet d’ailleurs de distinguer ceux qui misent sur le système politique actuel et sur la personnalisation, pour pallier leur faiblesse idéologique et programmatique, de ceux qui veulent vraiment le changer sans doute parce qu’au moins, ils y ont réfléchi à partir des références doctrinales de la gauche : la souveraineté populaire, la citoyenneté éclairée et le sens du Progrès.

 



[1] WINOCK Michel, L’agonie de la IVe République, Paris, Gallimard, 2006.

[2] Robespierre, Pour le bonheur et pour la liberté, discours, Paris, La fabrique, 2000, p 242.

[3] Winock, op. cit.

 

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Published by BARTET-BEAUQUIER - dans Qu'est-ce qu'un Président
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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 15:39

 

 

 

A la veille des deux événements essentiels de notre vie politique, l’élection présidentielle puis les élections législatives, on peut craindre que les candidats des grands partis en tout cas, ceux qui comptent vraiment étant donné l’état du système électoral, reprennent les rhétoriques habituelles. A chaque grand moment du débat public, le discours moyen du candidat moyen consiste à expliquer qu’en restant fidèle à ses « valeurs » mais sans faire d’idéologie, il faut parler de mesures « concrètes » qui répondent aux « problèmes quotidiens » des Français. Et à la fin, on peut s’attendre à voir des propositions pratiques fort peu nombreuses et bien en dessous des besoins, des attentes et des revendications de la majorité de nos concitoyens. Sans que l’on ait jamais donné du corps à ces « valeurs » en les rattachant à des doctrines et à une histoire, ni montré en quoi elles pouvaient directement inspirer et animer un programme et une action politique.  

 

Or, ce n’est pas sans établir des principes politiques plus précis que des valeurs générales, ce n’est pas en s’adressant aux citoyens comme s’ils ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez, ne pouvant rien comprendre à un monde complexe, ce n’est pas en misant sur l’apparence du « concret » qui finalement ne mobilise ni les cœurs ni les esprits, bref, ce n’est pas en arrêtant de faire de la politique que l’on construit la solide assise sociale, nécessaire à la victoire électorale, puis à un exercice du pouvoir qui échappe à la logique des alternances à répétition.  

 

C’est de la gauche qui aspire à gouverner et en particulier de son plus grand parti, le PS, qu’il faut exiger une ambition politique, ancrée profondément et majoritairement dans l’opinion, qui tranche avec les campagnes électorales de l’après 1981. Non seulement parce que la droite a vocation à conserver un ordre établi inégalitaire, qui s’oppose à l’intérêt général. Mais aussi car la droite est intrinsèquement le parti de la résistance aux aspirations du peuple, à l’approfondissement de sa souveraineté et de la citoyenneté. En effet, la vision qu’a la droite du pouvoir et de sa légitimité reste viciée soit par le bonapartisme, reposant sur le césarisme et le culte du chef, soit par le libéralisme, marqué par l’élitisme et la méfiance à l’égard de la souveraineté populaire, soit enfin par la démocratie chrétienne, résultat d’une adaptation tardive et pâlie des idées démocratiques au christianisme.

  

 

Nous voulons montrer ici que ce sont sur des points de doctrine clairs, distincts et opposables aux autres que la gauche doit bâtir son ambition programmatique et son action politique. Et nous ajoutons que ces points de doctrine doivent être issus du républicanisme, puisque nous vivons dans une nation définie et construite par la République, du fait de son enracinement au sein d’un peuple qui s’est imprégné de son idéal. Ce sont d’abord les principes républicains qui peuvent mobiliser une majorité stable pour la gauche, à condition que la République ne soit pas utilisée comme une référence mémorielle convenue, ni comme une bonne conscience. A condition aussi que la République ne soit pas un thème parmi d’autres (le travail, le pouvoir d’achat, la sécurité…), aussi important serait-il, dont il faudrait se saisir, notamment sous l’angle unique de la rénovation de la Constitution et des institutions. Le républicanisme doit être le cœur et le sang du programme de toute gauche qui veut gouverner : il doit en être le centre vital et en même temps irriguer et donner vie à toutes ses thématiques.

 Ainsi, la République ne doit pas être le terrain laissé et réservé à des candidats, qui en seraient les défenseurs spécialisés, tel Jean-Pierre Chevènement en 2002. La gauche ne doit pas non plus proposer une vision consensuelle et statique de la république qui aurait ainsi vocation à « rassembler », comme l’avait fait Chevènement et comme le PS le fait souvent, en annexe de ses programmes. Le républicanisme doit impulser, dynamiser et mobiliser. Pour cela il doit être nettement marqué et connoté idéologiquement. Le rassemblement du plus grand nombre suivra non sur des bases affadies mais à partir et autour d’une mobilisation du cœur de l’opinion de gauche.  

 

 

 

 

Entendons nous donc bien sur le sens que nous donnons à la République. Il s’agit d’abord de la République « maximale »[1], un idéal de régime plus ou moins traduit dans la réalité, défini originellement pendant la Révolution française et au long du 19ème siècle. Le républicanisme se caractérise par la reconnaissance d’une double filiation : filiation philosophique des Lumières et filiation historique, dans la lignée de la Révolution française et du jacobinisme. Etre républicain, c’est alors s’identifier à des valeurs générales de liberté, d’égalité et de fraternité et à des principes (aujourd’hui constitutionnalisés) : la démocratie, l’indivisibilité, la laïcité et le caractère social du régime. Dans ce cadre, la vie politique est fondée sur la citoyenneté, le parlementarisme et l’élaboration de droits universels. Puis la loi traduit la volonté générale et la primauté de l’intérêt général.  

 

Et la droite ne sera jamais à la hauteur de cette définition, authentique et exigeante de la République. Elle n’a toujours intégré les valeurs et les principes de la République, fondamentalement étrangers à ses bases idéologiques, que de façon incomplète, au mieux en les modérant et en les minimisant, au pire en les détournant. Pour la droite le terme « républicain » est une formule vague, jamais bien définie. Il est au mieux (chez De Gaulle notamment) synonyme du service de la nation et de la mission de l’Etat. Il sert plus souvent, à une droite toujours plus libérale, sécuritaire et néoconservatrice - ou en un mot, réactionnaire - de prétexte pour légitimer ses actes, d’autant plus qu’ils trahissent justement l’idéal de la République.  

 

En outre, dans la continuité de la conception « maximale » de la République, être républicain, pour nous, c’est vouloir la République « jusqu’au bout » : la République qui porte à leur terme ses principes fondateurs, issus de la Grande Révolution, jusqu’à la réalisation effective de l’égalité des droits et l’aboutissement de la démocratie laïque. Ce qui passe par la transformation sociale, qui permet à tous de se libérer des contraintes économiques de l’ordre établi capitaliste, pour accéder pleinement à la citoyenneté. C’est-à-dire la poursuite de la République idéale par le Socialisme, au sens général du mot : le dépassement du capitalisme et l’extension du champ de la démocratie du politique à l’économique et au social. Bref la synthèse qui trouve son aboutissement chez Jaurès : le socialisme dans la République, le socialisme par et pour la République.  

 

Nous attendons du ou des candidats de la gauche de gouvernement, d’une part, la référence à des points de doctrine républicaine, explicitement mis en perspective dans l’affichage de vraies réformes transformatrices. D’autre part, nous pensons nécessaire l’imprégnation implicite de tout son discours par les idées des Lumières, de la Révolution française et donc du républicanisme. Dans une période où l’on parle de la fin des grandes idéologies voire de la « fin de l’histoire », nous prétendons que ce sont les idées, les thématiques et le vocabulaire républicains qui mettront puissamment en mouvement la raison et les sentiments politiques des Français. D’autant plus que le ressort de cette mobilisation possède une dimension patriotique tout en l’élevant au niveau de l’universel. En effet l’attachement à la République est constitutif de notre nation. La Révolution française et les conquêtes politiques et sociales républicaines sont identitaires pour la France. Et en même temps, elles sont la contribution majeure de notre peuple au progrès de l’humanité.  

 

 

 

 

C’est finalement de citoyenneté qu’il est question ici. Elle est le moyen et la fin de la démocratie et de la République. Elle est la clé d’une légitimité renforcée pour un gouvernement de transformation sociale. Enfin ce qu’il faut, c’est bien s’adresser à « l’animal politique », pensant et agissant, qui se trouve en chacun de nous. Ce qui va bien au-delà de la communication et du marketing politiques généralisés. Ce qui va bien au-delà du jeu sur les peurs plus ou moins insaisissables, que l’on agite à droite sur la sécurité et l’immigration et à gauche, sur la mondialisation ou l’environnement. Ce qui va aussi au-delà de la prétention, pour l’extrême gauche, à mobiliser par les intérêts de classe, classe que l’on se garde bien de définir. Pour s’adresser à lui de façon juste et efficace, il faut considérer que le citoyen n’est pas un être irrationnel, soumis à ses affects et ses humeurs, ni un être économique mu par le calcul des ses intérêts et par une nature égoïste, ni l’individu fondu dans l’intérêt de classe. Il faut au contraire faire appel à sa conscience de l’intérêt général et à la volonté de participer, en tant qu’être libre et égal aux autres, à la construction de son émancipation et du bien-être commun. C’est cette vision de l’individu-citoyen qui doit aussi caractériser l’appartenance à la gauche, en premier lieu de ceux qui prétendent la représenter.  

 

Nous proposons d’en finir avec l’idée qu’un bon candidat est quelqu’un qui joue sur la sympathie ou la confiance des électeurs. Les électeurs ne choisissent pas une personne qu’ils aiment ou qui leur inspirent un respect évident. Sinon, Lionel Jospin aurait été élu en 2002. Les gens savent reconnaître la grandeur et la valeur d’un personnage politique, dans son rapport avec l’avenir collectif et le projet de société. C’est cela qui provoque une adhésion massive et durable, dans un temps politique long, qui surpasse les événements médiatiques, les stratégies aléatoires de communication et la vie politicienne. Et cette grandeur vient d’abord de la capacité à saisir les occasions historiques, à faire appel à une culture politique et en même temps à l’enrichir et à la transmettre.  

 

Qu’auraient été un Robespierre, un Saint Just, un Bonaparte, un Jaurès, un De Gaulle, un Blum, un Mitterand… sans cela ? Des hommes qui brillent dans leurs milieux, c’est sûr. Des hommes qui exercent des responsabilités importantes, sans doute. Mais il en faut plus pour gagner le soutien franc, incontesté et massif du plus grand nombre et acquérir d’ailleurs une figure mémorielle dans l’histoire. Saint Just et Robespierre, poussés et appuyés par les Sans Culottes, ont mené la Révolution jusqu’à la République. Bonaparte a profité du désarroi politique des Français et de la déliquescence des gouvernements en place pour s’emparer du pouvoir en incarnant la grandeur de la France. Jaurès est l’homme de la construction de l’unité du socialisme, de sa synthèse avec la République, le défenseur des victimes de l’injustice et la voix de la paix. De Gaulle est d’abord l’homme du 18 juin et du sursaut patriotique, puis de la stabilité de l’Etat et de l’indépendance nationale. Même à des degrés moindres de grandeur, Blum est avant tout l’homme qui a servi loyalement les intérêts et la dignité de la classe ouvrière, pendant le Front populaire. Mitterrand est celui qui a compris, en oeuvrant pour le programme commun, l’attente d’unité et de changement radical au sein du peuple de gauche.  

 

Si l’on part de ces exemples sûrs (que l’on aime ou que l’on déteste leur action), l’image, la confiance et l’affectif apparaissent seulement comme des accompagnateurs et des effets, qui entretiennent la mobilisation et l’adhésion. Mais ils n’en sont pas les leviers, car au-delà, il y a l’adéquation avec les enjeux collectifs de l’histoire et l’intelligence politique qui consiste à les saisir et ensuite seulement à se mettre en scène. Si aujourd’hui la communication, un supposé charisme naturel, la sympathie et l’image peuvent apparaître comme des armes politiques essentielles, c’est seulement parce qu’aucune perspective programmatique et aucune personnalité ayant les dimensions nécessaires ne se dégagent.  

 

A ce propos, citons Saint Just, qui écrit dans ses Fragments sur les institutions républicaines (écrits entre 1792 et 1794) : « Malheur à ceux qui vivent dans un temps où l’on persuade par la finesse de l’esprit, et où l’homme ingénu au milieu des factions est trouvé criminel, parce qu’il ne peut comprendre le crime ! Alors toute délibération cesse, parce que, dans son résultat, on ne trouve plus, et celui qui avait raison, et celui qui était dans l’erreur ; mais celui qui était le plus insolent et celui qui était le plus timide. Toute délibération cessant sur l’intérêt public, les volontés sont substituées au droit : voilà la tyrannie. » [2] Quand rien de grand ne sort du lot, c’est-à-dire rien qui n’incarne le bien commun, rien qui ne fasse écho à la volonté générale et à la fois l’éclaire, tout se vaut à peu près aux yeux des gens. Ou en fait, rien ne vaut vraiment quelque chose. L’opinion n’a plus de constance, ni d’investissement ou d’engagement net. La politique devient un jeu hasardeux où la seule stratégie reste la mise en place d’une image qui ne repose que sur elle-même et où le premier recours est le marketing politique.  

 

Mais il ne faut pas s’en lamenter. Cela donne une chance à saisir pour un candidat et un programme de gauche. C’est la chance de remettre de la grandeur sur la scène publique, à partir des principes et des acquis de la République. Car ils sont bafoués constamment par une droite qui substitue « l’égalité des chances » à l’égalité des droits, qui détruit la protection sociale et les garanties du bien-être commun, qui construit la décentralisation contre l’indivisibilité du territoire, qui sacrifie les droits et les libertés au nom de la lutte contre l’insécurité et l’immigration, qui fait la loi contre la majorité du peuple. C’est la chance de faire écho à une majorité des Français, qui rejette systématiquement les mesures libérales du gouvernement et qui réclame un retour et un approfondissement de la démocratie, politique et sociale. Nos concitoyens n’ont cessé ces dernières années de démontrer leur intelligence politique en comprenant et en désavouant le projet de société de la droite et du néolibéralisme. Y compris les plus jeunes, qui l’ont prouvé lors des mobilisations records contre le CPE (contrat première embauche). Avant déjà, en 2003, les enseignants et la masse des salariés avaient exprimé, dans des manifestations monstres, leur refus du recul social en matière de retraites. Puis le 29 mai 2005, tous nos concitoyens se sont engagés dans le débat, pourtant des plus complexes, sur le TCE (traité constitutionnel européen), qui a été rejeté, d’abord au nom de la démocratie et de l’antilibéralisme.  

 

 

 

 

La gauche gouvernementale et le PS en premier lieu ont le devoir de conquérir et de satisfaire cette majorité, qui s’exprime d’abord dans la rue. Sa campagne ne la touchera ni à l’affectif, ni à la communication, ni grâce à la bonne mine de l’un ou de l’une. Car la volonté générale s’est exprimée par des revendications claires et par l’attente de choix de société nets. Une chance historique s’ouvre à la gauche, si elle pense la citoyenneté de façon républicaine et si elle veut asseoir sa légitimité sur une base sociale large et solide. Il faut qu’elle soit une gauche de combat, solidement appuyée sur des références et des ambitions républicaines et démocratiques et une gauche d’alternative, fidèle aux motivations politiques et sociales qui ont mobilisé la majorité. Encore faudra-t-il avoir des candidats, aux élections présidentielles puis législatives, qui veuillent s’appuyer sur ces motivations, les maintenir en haleine et s’en faire l’écho.


 

[1] Selon l’expression de l’historien Maurice Agulhon.

[2] Saint Just, L’esprit de la révolution. Suivi de Fragments sur les institutions républicaines, Paris, Editions 10/18, 2003, p 147-148 (ouvrage comportant en outre une introduction de Michelle Vovelle). On peut aussi se référer à Saint Just, Œuvres complètes, Paris, Editions Ivrea, 2003.

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Published by BARTET-BEAUQUIER - dans Qu'est-ce qu'un candidat
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