Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Il n’y pas de problème des retraites...
L’éditorialiste de Politis (n° du 04/02) a intitulé son texte: Une démocratie infirme... et il y parle du dossier des retraites: « si l’argument démographique se vérifie quand on ne touche à rien d’autre, il tombe si l’on touche à la répartition des richesses en augmentant, par exemple, la part de la cotisation patronale, ou si l’on élargit l’assiette des cotisants en fouillant dans le maquis des exonérations fiscales, ou encore si l’on réduit le chômage.» et Denis Sieffert dénonce à juste titre les «économistes» multi-salariés qui apportent de l’eau au moulin de la thèse sarko-patronale...
Il est vrai que personne n’a jamais songé à mettre en avant le poids démographique des personnes âgées pour parler d’autre chose que du financement des retraites des seuls salariés... Pour deux raisons: la retraite est une rémunération continuée du travail et il s’agit bien une fois de plus de se battre sur la répartition de la plus value créée par le travail...
Les pères soupes des maisons de retraite sont, eux, fort heureux du poids démographique des personnes âgées surtout quand elles ont des moyens financiers suffisants et cela ne les empêchent pas de sous-payer leur personnel et de permettre ainsi dans la plupart de ces maisons fort rentables pour les actionnaires, y compris lorsqu’il s’agit de telle étoile retraitée du foot ball, de laisser se développer un turn over inquiétant de personnels généralement mal formés.
Entre la révolution de 1917 et la chute de l’URSS, les dirigeants du monde capitaliste, saisis d’effroi à l’idée que des peuples d’autres pays pourraient imiter ce modèle, firent croire au monde qu’ils étaient ouverts à quelques formes de partage, d’humanisme voire tout simplement de civilisation... Les luttes sociales, appuyées sur le même exemple durent cependant se développer et rien ne fut donné spontanément...De l’utilité d’un contre modèle, fût-il lui-même vicié par le refus de la démocratie ...
Mais quel capitaliste est spontanément démocrate? Quelle entreprise capitaliste pourrait apparaître comme démocratiquement gérée? De haut en bas le Führerprinzip, démultiplié certes, caché parfois derrière des comités ou groupes, mais toujours là, même si le management s’est arrogé par rapport au propriétaire des privilèges que ne peuvent partager que les très gros actionnaires: bonus, stock options, parachutes dorés, retraite chapeau... le tout sous l’oeil bienveillant d’ Etats complices qui ont mis en place des systèmes fiscaux tels qu’ils exonèrent lesdits prédateurs de tout effort contributif sérieux à la redistribution précisément des richesses. Feu M. Séguin avait naguère pointé les manques à gagner pour la protection sociale de ces commodités fiscales...
«Le marqueur du quinquennat» ce sera cette pluie de cadeaux et d’exonérations pour les riches au moment où on prétend encore amputer les salariés d’une part plus grande du résultat de leurs efforts.
La réforme des retraites, c’est d’abord la récidive d’un hold-up sur le travail...
Autrement dit la question des retraites, c’est celle du travail et de la place qu’on lui accorde.
Le cas de la fonction publique
Clausewitz, rappelle que les luttes entre les hommes reposent sur deux éléments différents: le sentiment hostile et l’intention hostile...
Dans le cas de la politique gouvernementale, la FP a le bénéfice des deux: le sentiment hostile parce que la droite sarkozyenne est par son idéologie, qui n’est pas celle de l’Etat-providence hostile à ce qui est FP, service public, intérêt général, collectif...L’intention, parce qu’il s’agit bien de mettre en oeuvre une transformation profonde des rapports sociaux, ce que Denis Kessler appelait la «refondation sociale», dans notre pays, en s’en prenant à la FP, et aux services publics, donc aux amortisseurs de crise, pour marchandiser tout ce qui peut l’être pour le plus grand profit des appétits privés. Il s’agit toujours de peser sur le salaires et sur les retraites, parce que c’est la même chose, une rémunération du travail.
Dans le cas de la FP cependant s’y rajoute une perversité de plus: s’en prendre, au nom de l’équité bien sûr, au calcul sur les 6 derniers mois en le mettant en regard avec les 25 années du privé, c’est attaquer frontalement le principe même de la FP de carrière, dans la poursuite de toutes les formes de rémunération liées au «mérite» ou à la performance et de la casse de toutes les garanties collectives.
C’est bien le statut de la FP qui est visé, le périmètre des interventions de l’Etat, les notions de service public...
La casse des garanties du statut de la FP, la banalisation de la situation des fonctionnaires dans le monde salarial n’est utile ni aux fonctionnaires, ni aux salariés du privé.
Elle ne sert que ceux qui depuis 25 ans ont fait augmenter de 7 à 10 points, selon l’outil statistique utilisé, dans le PIB, la part de plus value confisquée par le capital au détriment du travail. Pour un PIB français de plus de 1900 milliards d’€ les équilibres peuvent être assurés.
La réforme des retraites donnera peut-être ou peut-être pas lieu à la reine des batailles, il ne s’agit pas en tout cas d’un impératif comptable mais bien d’un choix de civilisation .