Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Bis repetita et addenda... (cf. 01. 08/1). Un débat sur médiapart... à propos du professionnalisme des think tanks anglo-saxons et de l'évolution observable en France de ce phénomène depuis quelques années... Les exemples auxquels on pense ne sont pas de nature à nous inciter à trouver cela très positif...
Dans tous les cas de figure, le peuple disparaît!
Il paraît assez juste de relever que substituer un think tank à un parti politique revient en effet à refuser la fonction d'intellectuel collectif du parti, à dénier toute importance à un référentiel philosophique ou doctrinal ou à le dissimuler , à éliminer de la réflexion politique les militants, autrement dit à les transformer en fans ou en colleurs d'affiches, à faire d'un parti la chose exclusive d'élus intéressés par leur seule réélection et de temps à autre saisis par l'urgence du renouvellement, de la succession mais par un casting contrôlé...
Autrement dit à entériner et à assurer le dépérissement et le mépris du politique, à jouer à fond la "post démocratie" en considérant le mode de production actuel des richesses et son inégalité intrinsèque dans leur répartition comme indépassable. On voit bien ce que les financiers peuvent y gagner, les élus aussi, dispensés de comptes à rendre mais aucun peuple d'hommes libres et de citoyens conscients ne trouvera dans des think tanks subventionnés dans des buts précis de maintien de l'ordre existant (et donc radicalement différents de laboratoires de recherche universitaire créateurs de savoir et de progrès) des réponses en phase avec le besoin de liberté, d'émancipation et de bonheur partagés.
Le PS a créé son propre comité de réflexion; il ne lui manque qu'une réelle ouverture à l'idée même d'intellectuel collectif, soit à un fonctionnement démocratique effectif du parti. Cela viendra peut-être ...
Les primaires actuelles laissent peu de chances à une telle hypothèse; les sondages créditent Hollande d'une avance incompréhensible pour qui se souvient de son parcours à la tête du PS, sauf si l'on veut précisément n'élire qu'un gérant "loyal", les contraintes internationales des années 30 et la culture de Blum en moins! Que martine Aubry ne trouve rien de mieux que de poursuivre en diffamation un blogueur imprudent et retraité n'est assurément pas la bonne voie pour s'imposer aux Français...
Pour en revenir à nos think tanks, lisons l'article consacré au directeur de l'Institut Montaigne par le Monde, journal à peu près aussi proche d'un socialisme digne de ce nom, éclairé mais pourvu d'un corpus philosophique, que Margaret Thatcher de l'Etat-providence ou le tea party de l'esprit des Pères fondateurs des Etats-Unis.
L'Institut Montaigne est présidé par Claude Bébéar, ce qui, au risque assumé de nous faire accuser de sectarisme ( mais par qui dont l'opinion ferait véritablement sens?) est une raison suffisante pour prendre avec une extrême circonspection les productions dudit institut: outre qu'aucun des rapports publiés n'a jamais pris la peine d'expliquer au tout venant que les hommes les plus riches de la planète ou de France n'étaient nullement, et il s'en faut de beaucoup, ceux qui travaillaient ou avaient travaillé le plus et que donc les mécanismes de constitution de leur fortune méritaient au moins une analyse, un développement et la démonstration de leur généralisation possible, il serait encore plus exagéré de classer M.Bébéar parmi les philanthropes, le mot entendu au sens étymologique évidemment .
Quant au jeune directeur en question sa carte de visite Sciences Po-Descoings, London School of Economics est la preuve évidente que la rigueur d'une doctrine politique n'est pas sa tasse de thé... Une chose est de tenir compte du réel et une autre de s'en accommoder en faisant croire qu'on veut le transformer dans le sens de la justice sociale. L'exemple des projets touchant au système scolaire est, de ce point de vue, éclairant: autant une réforme démocratique de l'école s'impose en France, autant les réformes acuelles qui consistent, en s'inscrivant dans des enveloppes budgétaires ne varietur ou glissant seulement avec l'inflation, à diminuer l'offre de formation précédente sous prétexte de redéployer des moyens vers les plus défavorisés, empathie hypocrite en sus, ne sont pas de celles qui peuvent faire croire à la bonne foi de ceux qui les proposent ou les soutiennent...
Il est singulier que soit évoqué l'exemple allemand alors que se met en place en France un système auquel les Allemands ont renoncé... Insolite de préconiser de faire payer les riches pour accueillir les autres... Comme si certain alinéa du Préambule de la Constitution à propos du service public d'éducation n'existait pas, comme si les impôts sur le revenu n'avaient pas une fonction redistributive, comme si l'inégalité d'accès à certaines filières ou certains diplômes imposait une dégradation générale des conditions d'études de tous les élèves et des conditions de travail des professeurs dans tous les niveaux d'enseignement...
"Je suis libéral au sens où il n'y a pas vraiment d'autres modèles que l'économie de marché" dit ce jeune homme formaté... Et alors? Cette excuse est celle de tous les reniements philosophiques. Ce n'est pas dans cette voie qu'il faut s'engager pour rendre l'école plus innovante et plus juste. L'acceptation si peu critique d'un système de production dérégulé et prédateur n'est pas l'indice d'une vraie volonté de changement... A se demander quels enseignements des quidams qui se disent de gauche voire socialistes tirent de la crise financière actuelle, de l'état de l'Europe "sociale", du cafouillage permanent d'improvisatins institutionnelles, de l'absence de vision de long terme dans une hypothèse de progrès démocratique généralisé... Comme si l'imposture et le leurre étaient ce qu'attendent les citoyens et les peuples "souverains". Ubu serait-il le symbole de la fin de l'histoire tant souhaitée par ceux qui profitent d'un système que pourtant à la surface du globe, tant de peuples contestent, combattent et veulent transformer... Car les dictatures politiques ne sont que les caricatures de la dictature économique qui sévit partout et qui n'est tolérable que si les peuples sont servis par des élus vertueux ou contraints de l'être.