Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
La droite par ses chroniqueurs, dont quelques uns se croient sans doute de gauche, fait le panégyrique de Fillon, homme solide, courageux, parlant vrai! Le vrai pilier d'une majorité de députés qui le soutient, la référence du sérieux, bref la vraie droite face au sarkozysme...
La vraie droite à coup sûr : les fonctionnaires seraient bien inspirés de se souvenir que la loi de 2003 sur les retraites est son oeuvre et donc, son oeuvre aussi la plus grande casse du statut de la fonction publique jamais effectuée jusqu'alors, la négation du lien entre actifs et pensionnés en alignant sur l'indice des prix l'évolution des retraites de la FP, autrement dit la négation du principe de traitement continué et la négation de la spécificité de la FP dans le fonctionnement des institutions de l'Etat.
Ce qu'il ne convient pas d'oublier non plus, c'est que cet homme réputé social et honnête a avalé sans broncher la tentative scandaleuse du président de nommer son fils à la tête de l'EPAD ; personne n'a imaginé qu'il aurait pu mettre sa démission dans la balance... Pas davantage de frémissement moral à l'écoute du discours de Grenoble. Quant à la politique assumée... Il faut beaucoup d'indulgence ou d'aveuglement pour croire qu'il voyait plus loin et défendait ainsi les intérêts de classe qu'il a constamment soutenus. car pour les classes populaires, on ne voit pas bien ce que sa dimension "sociale" leur a apporté.
Bref si la popularité de Fillon à droite tient plus à la forme qu'au fond, c'est parce que parfois la forme risque de nuire au fond.
Pour la gauche, il est, comme l'Autre, un ennemi résolu et contrairement à ce que répandent media et porte-parole, on ne combat pas un ennemi résolu sans stratégie claire et leader obéi. Le pouvoir s'exerce, il n'est jamais donné.
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Chacun à droite ou à gauche a des projets pour l'éduc... mais à moyens quasi constants, en supprimanrt des postes , en amputant la formation des maîtres, en accroissant leurs charges de service, bref en remettant en cause la qualité même de leurs missions et la dimension de l'EN, comme institution de la République.
Ci-dessous un petit rappel utile .
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Conditions de services et Salaires.
Conditions de service : un peu d’histoire.
Quand et comment a-t-on défini le service des personnels enseignants fonctionnaires ? Certainement pas comme le prétend le texte de L. T., actuellement très en vogue sur la toile et qui fait fi de toutes les données historiques sur la question.
Les premiers enseignants de second degré fonctionnaires ont été recrutés au moment où l’on créait cet ordre d’enseignement avec la mise en place du lycée napoléonien.
Et dès l’origine, les agrégés quand ils enseignaient en lycée avaient un service de 14 heures.
On le voit, on était loin, à l’époque, de calculs mettant en relation le temps de travail des enseignants avec celui des autres travailleurs. A une époque où le législateur régnait sans conteste, un service de 14 heures de cours paraissait tout à fait convenir.
Les efforts faits pour mettre en place un enseignement de second degré n’ont jamais suffi pour répondre aux aspirations sociales. Les recrutements d’enseignants agrégés ont toujours été insuffisants pour faire fonctionner, à eux seuls, les lycées d’Etat et le nombre de lycées (un par département) était lui-même trop restreint pour accueillir le volume pourtant réduit des jeunes qui pouvaient relever d’un tel enseignement.
Aussi, dès l’origine vit-on se développer et se multiplier les sous-catégories de personnels et d’établissements aux situations diverses : horaires, néanmoins toujours calculés à la hausse à partir de celui des agrégés considéré comme la référence de base, rémunérations, statut de l’établissement (d’Etat, municipal, voire départemental ; cadre parisien et cadre provincial ; lycées, collèges, écoles professionnelles, écoles primaires supérieures ; classique, moderne, technique, ; masculin, féminin, etc…) et surtout situations majoritaires de précarité, la plupart de ces enseignants non agrégés et pas tous licenciés n’étant pas titulaires de leur poste.
Bref les catégories pullulaient et une constante dans les revendications propres au métier fut, avant même l’existence de syndicats, le recrutement de seuls titulaires et l’uniformisation des conditions de services de tous sur la base la plus favorable.
Le premier texte allant dans ce sens fut le décret du 11 février 1932 codifiant dans un texte unique tous les maxima de service des enseignants des lycées et collèges et alignant les obligations de service des enseignantes sur celles de leurs collègues masculins. ( Ce progrès là serait-il lui aussi si vieux qu’il faudrait le revoir !)
Remarquons au passage que la publication de ce texte, qui constituait un acquis insuffisant mais incontestable, allait de pair avec une revalorisation des rémunérations importante qui permettait de rattraper une partie du retard sur les carrières des officiers de l’armée qui servaient de référence aux revendications des enseignants. C’était le résultat de plusieurs années de lutte unitaire.
Mais on était encore loin du « Cadre Unique » qui était revendiqué par la profession sur la base de la situation la plus favorable, celle des agrégés.
Quelques dates, qui ne marquent pas que des progrès, fortement simplifiées de cette longue marche:
1938 : publication du statut des profs adjoints et répétiteurs au service de 36 heures, reconnaissance d’un service de 40 heures pour les ouvriers instructeurs (O-I) du technique.
1941: création du CAEC (Certificat d’aptitude à l’enseignement en collège, ancêtre du CAPES) premier concours de recrutement distinct de l’agrégation, mais maintien de la distinction cadre parisien (maxima de service 14 heures) et cadre provincial ( 18 heures).
24/12/1945 : suppression des EPS et décret supprimant les cadres géographiques (Paris/Province) pour les remplacer par des cadres et catégories d’enseignants.
6/5/1945 : décret « unifiant » les maxima de service : agrégés=14 ou 15 heures selon le cadre, non-agrégés (CAEC) titulaires=15 ou 16 heures et délégués rectoraux (non titulaires) : 18 heures, mais laissant de nombreuses situations en suspens (enseignements artistiques, AE, PA, O-I, etc…) et codifiant des allégements ou augmentation de service en fonction des effectifs, des niveaux, de tâches spécifiques (labo, CPGE, etc…)
1948 : création des Adjoints d’enseignement, des PTA (ex O-I).
Le décret du 6/5/1945 sera la base des textes de 1950 qui entérineront avec la création du CAPES/T un service de non agrégé à 18 heures (le plus lourd du décret de 1945), précisera l’alignement de services de prépas scientifiques sur les littéraires, mais surtout aura pour objectifs, au delà de ce toilettage qui n’était , comme toujours, qu’un prétexte, d'imposer deux heures supplémentaires obligatoires et surtout les fameux compléments de service.
Les textes de 1950 s’ils constituaient une clarification et une simplification relative des situations, s’ils instituaient « définitivement » des principes fondamentaux de notre service (maximum hebdomadaire de cours en face d’élèves par opposition par ex à un service annualisé) n’en était pas moins une régression importante permise par la faiblesse syndicale dans laquelle se trouvait le second degré à cette époque : petit nombre de personnels concernés, « autonomie », division à l’intérieur de la FEN, etc…
Les textes de 1950 n’ont que peu bougé, et remarquons que la « refonte » du statut général de la fonction publique en 1983 n’en sera pas l’occasion. Mais ils ont néanmoins été modifiés positivement à quelques reprises et notamment, grâce au SNES, avec la modification du maxima de service des enseignements artistiques. Et notre syndicat aura aussi évité des régressions fort graves avec la mise en échec de l’annualisation du service des Titulaires remplaçants.
Remarquons, au passage, que si les conditions de service des enseignants de second degré ont été un enjeu fréquent des luttes avec leur employeur on ne trouvera jamais le même acharnement à redéfinir celui de leurs collègues du premier degré. Mais nous y reviendrons sans doute.
Et nos salaires dans tout ça: quelques précisions.
Les salaires des enseignants n’ont jamais été indépendants de ceux des autres fonctionnaires et leur revendication en la matière a toujours été construite par référence à d’autres corps sur la base de la qualification reconnue par leur niveau de formation.
Et une référence que l’on retrouvera de l’origine à l’immédiat après guerre sera le traitement des officiers de l’armée. En avril 1946, lorsque fut mise en place la commission Coyne chargée d’étudier le classement des enseignants dans la nouvelle grille de rémunération prévue par le statut général de la fonction publique, le SNES revendiquait la parité entre les indices de fin de carrière du professeur- adjoint et ceux du commandant 1° échelon, du professeur licencié et du lieutenant- colonel 1° échelon, du professeur agrégé et du colonel 2° échelon.
Toutes les négociations sur le sujet auront toujours été menées sur de telles bases , tous les arbitrages rendus l’auront été dans ce sens mais auront toujours été contournés au fil du temps et dans le cadre de négociations corporatistes particulières par l’introduction d’indemnités, de primes diverses ou de modifications catégorielles auxquelles d’ailleurs nous n’aurons pas échappé même si les enseignants auront été, en règle générale, les plus souvent oubliés.
Mais la disparition du recrutement des PEGC, des AE, la création des hors-classes ont forcément modifié un certain nombre de parités en leur temps dans la grille et contribué à réduire une part de notre déclassement.
Il n’en reste pas moins que, déclassés ou pas, le salaire des enseignants ne déroge pas aux règles générales de la fonction publique : il s’agit, comme pour tous les fonctionnaires, d’un salaire annuel versé en 12 mensualités et ni notre service tel qu’il est calculé en heures de cours, ni le temps de vacances des établissements scolaires n’entrent et ne sont jamais entrés en ligne de compte dans ce calcul, comme peuvent le montrer toutes les archives, compte- rendus ou PV de toutes les réunions de négociations sur le sujet. Aucun élément sérieux ne peut étayer cette rumeur pourtant fortement répandue.
Remarquons au passage que le temps de vacances n’a jamais répondu aux revendications des enseignants, mais à celles des familles et cela de tout temps : des familles rurales qui récupéraient de la main d’œuvre en été aux familles bourgeoises qui quittaient les centres urbains pendant les chaleurs avec armes et bagages, le consensus fut large, sans compter l’engouement pour les sports d’hiver à l’origine des vacances de février qui n’ont pas toujours existé, ou de la querelle du samedi, ou des semaines de 4 jours etc…
POURQUOI ?
Qu’est ce qui motive donc notre enseignant d’économie à rassembler sans les vérifier, à répandre sans aucun appareil critique (aucune référence, aucune bibliographie) cet ensemble d’allégations sans fondement ?
La question se pose forcément. Pourquoi ce texte, que l’on invite à diffuser largement, à reproduire sans retenue et que l’on retrouve un peu partout de blog de gauche en blog de droite et même sur des sites SNES, le plus souvent sans commentaires (il doit se suffire à lui-même) et qui apparaît comme une vérité assurée sans besoin de preuves ni d’un minimum de référence historique ?
Pour ma part j’y vois une première explication. La volonté de laisser/faire croire qu’il y a et qu’il y a toujours eu, avec l’accord des organisations représentatives des personnels, un lien structurel entre nos conditions de services et nos salaires, (ce que tente par ailleurs, est-ce un hasard ?, une étude récente sur notre « paupérisation »), et que si nous gagnons peu, c’est que nous travaillons peu, ou, comme le dit Sarkozy, que si nous voulons gagner plus il nous faudra travailler plus.
Certes on peut penser que, pour certains, toiletter le décret de 1950 n’est pas vouloir nous faire travailler plus mais nous faire travailler autrement (Les plus anciens reconnaîtront là un slogan de la défunte FEN et de sa majorité UID ou du SGEN). Peut-être est-ce la même chose ?
Car, n’y a-t-il pas dans cette démarche l’idée que c’est notre statut de privilégié qui est un obstacle à l’amélioration du système éducatif, et que si nous acceptions de l’abandonner aux orties, subitement tout irait mieux et qu’alors nous pourrions obtenir une meilleure situation salariale ?
Bref, « acceptez comme les autres de travailler 35 heures ou plus dans les établissements et vous verrez tout ira mieux. »
Autrement dit, pour parler moins vulgaire et plus convenu, « abandonnez partie de votre enseignement disciplinaire pour assurer plus d’aide méthodologique, psychologique, etc.., assurez un encadrement pédagogique renforcé et nous passerons d’une massification en échec à une démocratisation réussie. » Mais cet encadrement, n’est-ce pas ce que nous avions quand une petite partie des jeunes accédait aux second degré ?
Parce qu’enfin, qui peut penser que les élèves d’aujourd’hui qui en 6° bénéficient dans le meilleur des cas de 4h30 de français ne tireraient pas bénéfice des 6 heures élèves dont 3 en petits groupes qu’avaient des enfants de milieu plus favorisé en 1950 ?
A l’époque un prof certifié de lettres pouvait faire son service avec 2 classes de 6° et moins de 70 élèves contre 4 classes aujourd’hui et au moins 100 élèves voire 120.
Si l’on veut améliorer l’encadrement pédagogique sans sacrifier le contenu de l’enseignement, il est vain de modifier le service des enseignants et il vaudrait mieux augmenter les recrutements d’enseignants formés pour accompagner l’augmentation des effectifs. Bien sûr que le système éducatif coûte plus cher aujourd’hui qu’hier, mais veut-on former les jeunes ou faire semblant, ce que l’on fait depuis des années avec le succès que l’on voit.
Alors peut-être le décret de 1950 est-il vieux, certainement devons-nous, enseignants, continuer sans cesse de remettre sur le métier notre enseignement, mais n’est-ce pas vieille recette que de colporter l’idée que notre rêve est celui du lycée napoléonien, que nous ne sommes que d’affreux corporatistes alors que sans nous l’élévation générale du niveau de formation ne serait pas ce qu’elle est, malgré tout ?
Jean-Marc ASTRUC
A lire avec profit : Histoire du SNES (tome 1) 1840-1967. A.Dalançon. IRHSES