Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Ci-dessous une note de conjoncture de Bernard Boisseau, consultable avec des tableaux, sur le site indiqué en bas de page.
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Note de conjoncture - Novembre 2010
La reprise économique s’est confirmée pour le 1er semestre 2010 au niveau mondial (+5,3% en taux annuel). Mais alors que la croissance des pays émergeants voisine les 8%, celle des pays avancés ne dépasse pas les 3,5%, les Etats Unis subissant même une réduction d’activité au 2ème trimestre. Cette disparité met de plus en plus en évidence un double déséquilibre qui a conduit le FMI et l’OCDE à revoir très nettement à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2010 et 2011.
Déséquilibre interne d’abord.
Lorsque la demande privée s’est effondrée, la relance budgétaire a contribué à atténuer la baisse de la production. Cette relance fait progressivement place au « rééquilibrage » des budgets ce qui supposerait, pour soutenir la croissance, une demande privée suffisamment vigoureuse. Or celle-ci reste faible dans les pays avancés. Les consommateurs américains, par exemple, qui avaient emprunté excessivement avant la crise épargnent plus et consomment moins aujourd’hui. Cette évolution positive à long terme freine la demande à court terme. D’autant plus que l’immobilier reste très déprimé et que les faiblesses du système financier freinent encore le crédit.
Déséquilibre externe ensuite
De nombreux pays avancés, principalement les États-Unis, qui dépendaient excessivement de leur demande intérieure doivent maintenant compter davantage sur leurs exportations. Or leur déficit commercial, à l’exception de l’Allemagne reste important (notamment pour les EU). Parallèlement de nombreux pays émergents, principalement la Chine, à demande intérieure faible, dégagent des excédents commerciaux élevés et réagissent à l’entrée massive de capitaux en accumulant d’énormes réserves de change plutôt qu’en laissant leur monnaie s’apprécier, comme le souhaiteraient leurs partenaires commerciaux.
Ces déséquilibres sont au cœur de la « guerre des monnaies » qui a marqué la préparation du G20 de Séoul, qui, au delà des déclarations officielles apaisantes, n’a pas pu pour l’instant dégager les voies d’un véritable compromis.
En France, comme en zone euro, la croissance s’essouffle au 3ème trimestre 2010.
La croissance française progresse de +0,4% seulement au 3ème trimestre 2010 après +0,7% au 2ème trimestre et +0,2% au 1er trimestre. Les dépenses de consommation des ménages croissent plus vivement qu’au 2ème trimestre (+0,6 % après +0,3 %). L’investissement (formation brute de capital fixe, FBCF) progresse moins vite (+0,5 %) qu’au 2ème trimestre.
Au total, la demande intérieure finale (hors stocks) contribue de nouveau positivement à la croissance du PIB (+0,5 point après +0,4 point). Les importations restent dynamiques (+4,1 % après +3,9 %), plus encore que les exportations (+2,5 % après +2,6 %). Par conséquent, le solde commercial se détériore de nouveau, contribuant pour –0,5 point à la croissance du PIB (après –0,4 point). Cet effet est partiellement compensé par les variations de stocks, qui contribuent à hauteur de +0,3 point à la croissance (après +0,6 point).
France
Pour le 4ème trimestre la prévision de croissance est de +0,4%, ce qui donnerait au total, pour 2010, +1,6% (le budget 2010 était fondé sur une hypothèse de +1,5%.).
Pour la zone euro, la croissance progresse aussi moins vite. Elle est de +0,4% au 3ème trimestre 2010 après +1% au 2ème trimestre, +0,3%
au 1er trimestre 2010 et +0,2% au 4ème trimestre 2009. Au sein des principales économies de la zone euro, la croissance doit beaucoup aux résultats de l'Allemagne, première économie de la zone euro, qui a enregistré sa plus forte croissance depuis la Réunification en 1990, à +2,2% au 2ème trimestre 2020 et +0,7% au 3ème trimestre. Le PIB a progressé de +0,4% en France, de +0,2% en Italie et de seulement +0,0% en Espagne.
L’emploi régresse de nouveau
Le nombre d’inscrits à Pôle emploi progresse de nouveau depuis 2 mois (août et septembre) (cf tableau page suivante). Il dépasse largement, toutes catégories confondues, les 4 millions de personnes. Si le gouvernement continue de parler de stabilisation de la situation de l’emploi, tout laisse présager de nouvelles dégradations dans les prochains mois.
Seul point positif, le nombre des demadeurs d’emploi de moins de 25 ans qui avait atteint des niveaux records, recule de –1,1% en un mois et de –1,5% sur un an. En revanche, le point noir reste la dégradation continue de l'emploi des seniors, sujet qui a été au coeur des polémiques sur la réforme des retraites. Le nombre des plus de 50 ans --sans activité ou avec activité réduite-- en quête d'un emploi a cru de 1,5% sur le mois et bondi de 16,3% sur un an (soit 727.200 personnes). Par ailleurs, le chômage de longue durée continue de progresser et touche désormais 1,469 million de personnes, plus du tiers du total des inscrits.
Au plan international, Eurostat a publié pour septembre 2010 les taux de chômage suivants :
Pays-Bas (4,4%), Japon (5,1%), Allemagne (6,7%), Royaume-Uni (7,7%), Italie(8,3%), Etats-Unis (9,6%), France (10%), Zone euro (10,1%), Espagne (20,8%)
Au niveau mondial, pour 2010 et 2011, le FMI et l’OCDE révisent leurs prévisions à la baisse
Le FMI et l’OCDE ont nettement revu à la baisse, début novembre, leurs prévisions de croissance mondiale, faisant une croix sur l'embellie pronostiquée l'été dernier, du fait notamment des politiques de rigueur qui commencent à se mettre en place. Pour le FMI, la croissance mondiale atteindrait 3% à 4% en 2010 et "à peu près pareil" en 2011 au lieu de 4,8% et 4,2% prévus initialement. De son côté, l’OCDE note un ralentissement du rythme de la reprise économique mondiale depuis le début de l'année, le jugeant plus prononcé dans sa zone, qui réunit les pays les plus riches de la planète. Elle table, pour sa zone, sur une croissance de 2,5% à 3% cette année et de 2% à 2,5% l'an prochain au lieu des 2,7% et 2,8. Dans ses précédentes prévisions, fin mai, elle envisageait certes une croissance similaire en 2010 (2,7%) mais devant atteindre 2,8% en 2011.
Le FMI pointe "l'asymétrie" entre une croissance qu'il estime désormais entre "1 à 2% pour les pays avancés" et entre "6 à 8% et même plus pour les pays émergents". Il "continue à prévoir une croissance positive, pas très élevée" avec un écart qui se creuse entre "pays riches" à "croissance lente" et "le reste du monde -les pays émergents- (qui) se porte très bien". Pour rattraper leur retard, les pays avancés "auraient besoin d'une croissance beaucoup plus rapide", faute de quoi ils afficheront des taux de chômage "élevés à l'horizon 2011/2012".
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ces difficultés :
• les Etats-Unis sont dans une situation où le secteur privé ne peut lancer l'économie au-delà de 2% de croissance. La crise immobilière est toujours là, la plupart des ménages qui avaient obtenu des prêts immobiliers (subprime) sont toujours en difficulté et les prix de l'immobilier ne réaugmentent pas
• à peu près partout, en Europe ou aux Etats-Unis, les banques font toujours aussi difficilement crédit aux entreprises".
• la fin des plans de relances et la mise œuvre de politiques restrictives en Europe".
La « guerre des monnaies »
Loin de l’esprit de coopération internationale qui avait prévalu face au paroxysme de la crise (2008 et 2009), la tentation des dévaluations compétitives semble de plus en plus forte.
La Banque du Japon en achetant le 15 septembre, sur le marché des changes, 25 milliards de dollars a provoqué en quelques heures une chute du yen de 3,5%. En dépit des critiques, bien d’autres pays ont suivi ou menacé de suivre la même voie (Suisse, Corée du Sud, Inde Thaïlande, Brésil). Ils espèrent ainsi freiner les entrées de capitaux qui poussent leur monnaie à la hausse et entraînent la formation de bulles spéculatives sur les marchés financiers locaux
De son côté la Chine continue en dépit des pressions, notamment américaines, à bloquer de fait l’appréciation du yuan. Depuis l’annonce, affichée comme une concession, en juin 2010, de la fin de sa parité fixe avec le dollar, le yuan ne s’est apprécié que de 2% par rapport au dollar, ce qui signifie qu’il s’est fortement déprécié vis-à-vis des autres monnaies asiatiques et de l’euro du fait de la chute du dollar.(cf graphique ci-contre). Le strict contrôle que la Chine exerce sur les entrées et sorties de capitaux lui donne une maîtrise totale de son taux de change.
En achetant systématiquement la quasi-totalité de l’excès d’offre de devises, la Banque centrale chinoise bloque tout ajustement du yuan à la hausse et accumule d’énormes réserves de change (2650 milliards de dollars fin septembre, soit 1/3 des réserves mondiales et l’équivalent de la moitié du PIB chinois). La préoccupation générale est donc de contrer le renchérissement des devises nationales vis-à-vis du dollar (qui a perdu 13% depuis juin) et du yuan qui a perdu presqu’autant.
La FED injecte 600 milliards de dollars
La Banque centrale des Etats-Unis (FED) a suscité le 4 juin, au lendemain d’élections gagnées par les tenants de l’austérité budgétaire, de vives réactions dans le monde entier en annonçant son intention d’injecter 600 milliards de dollars d’ici juin 2011 sous forme d’achat d’obligations du trésor à moyen et long terme.
Ce qui revient à créer ex nihilo autant de monnaie supplémentaire (l’équivalent de 4% du PIB) pour l'injecter dans l'économie. Le but affiché est double : "favoriser une accélération de la reprise économique" et faire remonter l'inflation, trop faible, à des niveaux acceptables, ce qui est conforme aux objectifs généraux de la FED (plein emploi et stabilité des prix). Force est cependant de constater que l’annonce de cette décision a immédiatement poussé le dollar à la baisse.
En décidant d'injecter des liquidités en masse, la Fed, dont le taux directeur est quasi nul depuis près de deux ans, renoue avec des mesures exceptionnelles dites "d'assouplissement quantitatif".
En 2008-2009, période correspondant à l'après-pic de la crise et au début de la reprise, la Fed avait en effet racheté pour environ 1.750 milliards de dollars de titres financiers sur les marchés.
Sur ce total 1.450 milliards sont partis en titres émis par les organismes de refinancement hypothécaires parapublics Freddie Mac et Fannie Mae. Seuls 300 milliards avaient été alloués initialement à des rachats de bons du Trésor. En triplant la mise la FED veut abaisser encore un peu plus des taux d'intérêts déjà très bas pour stimuler l'investissement et la consommation.
Suite à cette mesure, les Etats-Unis, accusés de faire cavalier seul, soupçonnés de vouloir avant tout faire baisser artificiellement le dollar, ont été la cible de violentes critiques venant de toutes parts (Commission européenne, Allemagne, Chine dont les réserves de change en dollars se déprécient, pays émergeants en général qui craignent l’arrivée massive de capitaux spéculatifs.). En réponse, les responsables américains, dont B. Obama, ont expliqué, sans vraiment convaincre, que ce qui était bon pour les EU l’était aussi pour le monde entier...
Un G20 sans grands résultats
Attac dans un rapport d’évalution publié à la veille du G20 estimait que le G20 "a échoué" dans sa mission de "refonder un nouvel ordre économique mondial, qu'il s'agisse de la rémunération des traders, du contrôle des opérations spéculatives, du démantèlement des institutions « too big to fail », de la suppression des paradis juridiques et fiscaux ou de la taxation de la finance". L’association notait que plus on s’éloigne de septembre 2008 et plus « le poids des lobbies, les rivalités entre puissances et les calculs de court terme l’emportent sur la nécessité de la coopération » « Déséquilibres abyssaux des balances commerciales, politiques monétaires laxistes, spéculation débridée : la bulle qui enfle annonce déjà de nouveaux krachs ». Le G20 de Séoul (11 et 12 Nov.) n’a pas infirmé ce jugement. On attendait de lui qu’il mette un terme à la "guerre des monnaies" en obligeant les protagonistes à cesser de mettre le désordre dans l'économie mondiale, la Chine en inondant le monde de ses exportations grâce à un yuan sous-évalué et les Etats-Unis en arrosant de liquidités leur économie pour faire repartir leur consommation au risque de creuser leur déficit et de faire s'effondrer le dollar. Le G20 n’a pu déboucher que sur un accord a minima chargeant le FMI d'élaborer, pour le printemps 2011, des indicateurs acceptables par tous et destinés à déterminer à partir de quel niveau d'excédents ou de déficits un pays devient "dangereux" pour les autres. Le FMI sera ensuite chargé de persuader les "déviants" de revenir dans les clous.
Quelques points plus positifs ont cependant été actés : nouveaux statuts du FMI accordant une plus grande place aux pays émergeants, "consensus de Washington pour une croissance partagée" donnant le cadre d'une aide publique qu’il reste à financer, approbation des accords de Bâle III, qui consolident les fonds propres et les liquidités des banques.
Pour 2011, des politiques de « rééquilibrage » budgétaire à haut risque
L’année 2009 aura été la pire, économiquement, depuis les années 30. Seuls, l’Asie hors Japon, l’Afrique et le Moyen-Orient ont été épargnés par la récession qui a frappé le monde développé. Si l’année 2009 marque le paroxysme de la crise, elle est aussi celle de l’interruption de la chute libre de l’activité, et, dans la plupart des régions du monde, d’un rebond de l’activité, étalé entre le 1er et le 3ème trimestre. La reprise de l’activité s’est ensuite confirmée jusqu’au 2ème trimestre 2010, mais sur un rythme bien trop faible pour assurer un retour au niveau de la fin 2007. Ainsi, le taux de chômage donnent des signes de stabilisation, mais à des niveaux rarement observés par le passé.
Ce sont les plans massifs de soutien au secteur financier, les politiques monétaires expansionnistes, les mesures non conventionnelles de soutien au marché interbancaire ainsi que le jeu des stabilisateurs automatiques renforcé par les plans de relance budgétaire mis en place à la fin de l’année 2008 ou au début de l’année 2009 qui ont permis d’enrayer la spirale dépressive qui s’était mise en place. Mais ces politiques, indispensables, ont eu aussi pour conséquence le creusement des déficits publics et un gonflement des dettes publiques important. Entre 2007 et 2010, dans la zone euro, le déficit public a ainsi augmenté de 5,7 points de PIB ; la dette publique brute est passée de 66 % de PIB à presque 85 %, soit environ 20 points d’accroissement. Aux États-Unis, de 2007 à 2010, le déficit public s’est creusé de plus de 8 points de PIB, augmentant la dette publique de plus de 25 points de PIB
Face à la dégradation des déficits publics, tout particulièrement illustrée par la crise de l’euro au printemps dernier, l’année 2010 marque un tournant. En 2008 et 2009 les politiques budgétaires étaient à impulsion nettement positive. L’année 2010 voit la fin, plus ou moins progressive suivant les pays, des plans de relance et donc des politiques budgétaires à impulsion plutôt neutre. La reprise garde cependant un peu d’élan du fait principalement d’une phase de reconstitution des stocks qui devrait continuer à faire sentir ses effets jusque début 2011. Pour 2011, l’heure est manifestement au redressement des
Cependant si les plans de relance ont fait l’objet d’un large consensus international et ont été relativement coordonnés, notamment au niveau du G20, pour en amplifier les effets, les politiques budgétaires sont aujourd’hui non coordonnées Chaque pays se trouve confronté à des déficits considérables, des perspectives de croissance médiocres, une dette publique fortement augmentée. Aucune démarche d’ensemble ne se dégage, chacun s’engageant de son côté dans le resserrement budgétaire massif.
En Europe, s’y ajoute la pression des pays voisins quand ce ne sont pas les marchés financiers qui sont le prétexte pour un rapide redressement des finances publiques. Le resserrement précipité, synchrone, généralisé et non coordonné des finances publiques aura un impact récessif puissant, parce qu’amplifié par la simultanéité de la mise en œuvre des mêmes politiques fondées sur une analyse limitée partout à une vision étroite et résignée de la situation économique nationale. Le risque est alors d’entrer dans une spirale dépressive qui non seulement ne permettra pas d’atteindre les objectifs fixés pour les finances publiques, mais qui ne permet pas non plus d’exclure un éventuel scénario déflationniste.
L’Europe, six mois après la crise de l’euro
Euro en chute libre, éclatement possible de la zone, cacophonie entre Etats membres : l’Europe vivait sa crise la plus grave au printemps dernier. Six mois plus tard, la situation s’est sensiblement améliorée, mais avec des différences de situation entre pays qui se sont fortement creusées. D’un côté l’« Europe périphérique et vulnérable » (Grèce, Espagne, Irlande) soumise à une rigueur budgétaire drastique avec comme conséquence une croissance négative. De l’autre, l’Europe « médiane et baltique » autour de l’Allemagne avec ses exportations et ses 3% de croissance. Au centre la France et l’Italie. L’inquiétude sur la solvabilité des Etats vulnérables persiste, même si le fait qu’aucun pays n’ait pour l’instant sollicité le fonds de stabilisation de 750 milliards créé pour prêter aux pays membres en difficulté, que la BCE s’autorise désormais à acheter des titres de dette publique, et que des plans de rigueur drastique ont été mis en œuvre en Grèce, au Portugal, en Espagne et en Irlande ont beaucoup contribué à calmer les marchés.
C’est dans ce contexte que s’est tenu, dans une atmosphère particulièrement tendue, le sommet européen de la fin octobre.
L’objectif principal était de mettre sur pied un mécanisme pérenne de résolution de crise crédible pour la zone euro, le Fonds de stabilité n’ayant été mis en place en juin dernier, pour un montant de 750 milliards d’euros, que pour 3 années seulement.
L’Allemagne y a mis la condition d’une révision du Traité de Lisbonne, arguant d’un blocage probable de sa Cour constitutionnelle, le traité actuel stipulant qu'un pays européen ne peut être sauvé de la banqueroute par ses partenaires. Cette exigence, alors que le traité n’a été définitivement ratifié qu’il y a un an, dans les conditions particulièrement difficiles (cf référendums en République tchèque et en Irlande) a suscité de vives réactions de la part des pays membres qui ont très mal vécu le passage en force de l’Allemagne et de la France qui avaient passé un accord bilatéral la semaine précédente à Deauville sur la réforme de la discipline budgétaire de l’UE.
L’idée que la révision du traité serait limitée et n’exigerait donc pas la voie référendaire n’a pas suffi à ramener le calme. La présidence de l’UE doit préparer des propositions précises d’ici la fin décembre.
Le Pacte de stabilité européen serait ainsi durci avec une surveillance renforcée des choix économiques nationaux, ainsi que de nouvelles sanctions contre les pays « laxistes », intervenant plus rapidement que par le passé, même si elles seront moins automatiques que le souhaitait initialement l’Allemagne. Pour la première fois, des sanctions, sous forme de dépôts bancaires bloqués, pourraient être décidées à titre préventif, c'est-à-dire avant même qu'un pays ait dépassé le plafond européen de déficit public de 3% du PIB, si par exemple son déficit est sur une pente trop ascendante. Il aura alors six mois pour rectifier le tir avant d'être sanctionné.
Les sanctions s'appliqueraient aussi aux pays dépassant les 3%, et, nouveauté, à ceux dont la dette dépasse 60% et qui ne la réduisent pas assez vite.
Pour que le dispositif prévu par le sommet entre en vigueur, il faudra encore que des propositions de loi détaillées soient adoptées par l'UE.
Alors que l’UE aurait manifestement besoin d’augmenter ses capacités d’intervention, le budget de l’UE a été lui aussi un sujet d’affrontement, à l’initiative de la Grande-Bretagne qui a fait de la limitation de ce budget un véritable cheval de bataille, conformément à sa position traditionnelle que renforce encore aujourd’hui l’extrême rigueur du plan Cameron. Le budget de l'UE s'élevait en 2010 à 123 milliards d'euros.
Les 27 s'étaient mis d'accord cet été sur le principe d'une hausse de 2,91% des paiements de l'UE en 2011, mais risquaient d'être poussés à aller plus loin dans les négociations de conciliation après un vote la semaine précédente des eurodéputés, qui proposaient une hausse de 6,2%. Sous la pression de la Grande-Bretagne, la déclaration finale du sommet a inclus une phrase selon laquelle "il sera essentiel que le budget de l'UE et les perspectives financières multi-annuelles reflètent les efforts des Etats" en matière de lutte contre les déficits et la dette. La GB s’est assurée en outre une minorité de blocage de 13 Etats sur 27 ( Italie, Malte, Royaume-Uni, France, Allemagne, Pays-Bas, Suède, République tchèque, Danemark, Autriche, Finlande, Slovénie et Estonie) qui refusent toute hausse du budget supérieure à 2, 91%.
Le sommet a par contre été aussi l’occasion d’un pas en avant dans la régulation des fonds spéculatifs accusés d'encourager la spéculation en prenant des risques importants pour obtenir les rendements les plus élevés possibles. (Rappel : les fonds spéculatifs géraient 2.000 milliards de dollars dans le monde avant la crise, un montant tombé l'an dernier à 1.200-1.300 milliards de dollars, et ils représentent certains jours la moitié des échanges sur les marchés). Le dispositif, qui ne règlera pas tous les problèmes, reposera sur un "passeport européen" pour les gestionnaires de fonds, qu'ils soient basés en Europe (dès 2013) ou en dehors (à partir de 2015). Ce passeport permettra de commercialiser des produits dans toute l'UE, en échange de règles de bonne conduite (transparence, capitalisation minimale, gestion du risque, limitation des conflits d'intérêts...).
Bernard Boisseau
Sources : OCDE, FMI, INSEE, DARES, Le Monde, Les Echos, l’Humanité, AFP, Alternatives économiques (notamment n°de novembre), lettre de l’OFCE d’octobre.. Cf aussi les notes du groupe SNES EcoSoc sur https://www.snes.edu/private/extranet/spip.php?rubrique101