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Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.

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Y a-t-il une économie écologique et sociale de marché ?

Certains mots sont plus que des mots, en politique aussi. Ils deviennent des mots d’ordre ou des concepts, ou les deux à la fois. Alors la puissance des mots et des formules ne se limite pas aux points de vue, aux idées et aux politiques de ceux qui les portent. Le contenu qu’une formule résume au départ, avant que l’opinion s’en saisisse, aussi bon soit-il, ne suffit pas seul à la justifier.

 

Paradigme ou épithète ?

Les concepts les plus mobilisateurs, les mots d’ordre les plus profonds doivent nous renvoyer à des références historiques, à des repères généraux et à une pensée politique au sens le plus large, que les mots doivent véhiculer plus ou moins partiellement, de la façon la plus claire et la plus distincte. Ils doivent identifier un parti pris ou un parti tout court, avec des choix particuliers et opposables à d’autres. S’ils ne peuvent pas être d’une précision extrême sur la doctrine qu’ils véhiculent, ils ne peuvent non plus tout résumer de celle-ci, au risque d’être trop vagues, trop facilement récupérables et à la fin trop faibles… et peu identifiants.

 

C’est ainsi que l’on pourrait aborder le concept d’économie sociale et écologique de marché, avancé par Laurent Fabius et curieusement repris très vite par le 1er secrétaire du PS, François Hollande !

En lançant cette formule, dans une absence tragique de propositions venues du parti – encore moins de l’ex-candidate qui d’après Vincent Peillon ne se soucie pas de l’avis du PS mais de son rapport avec ses ( !) 17 millions d’électeurs – Laurent Fabius (http://www.laurent-fabius.net/article1008.html) définit des axes clairs pour caractériser une gauche de gouvernement, qui « s’inscrit dans le cadre de l’économie de marché » mais « en étant consciente de ses limites » et en refusant qu’il domine l’ensemble de la société.  La politique que dessine Fabius a d’une part, l’intérêt de revenir sur des fondamentaux d’une politique de gauche, réhabilitant le rôle de l’Etat et de la volonté politique, en les tournant vers les besoins sociaux, la question environnementale et les nécessités économiques d’aujourd’hui. D’autre part, dans la lignée de sa prise de position lors du débat sur le TCE, il a aussi le grand mérite d’inclure une réflexion sur l’Europe et de ne pas laisser de côté son indispensable réorientation.

Mais aussi bon soit le contenu, la formule choisie est-elle appropriée ? Nous en doutons. Elle repart de celle d’« économie sociale de marché ». L’idée d’une économie de marché au service du bien être social paraîtrait acceptable au premier abord, mais elle n’apporte pas grand-chose de nouveau, surtout pas pour identifier la gauche en particulier. Portée à l’origine par la droite démocrate-chrétienne et libérale allemande des années 1960, reprise dans les textes européens et libéraux du TCE ou du traité de Lisbonne, sa traduction pratique consiste essentiellement à noyer le social dans l’économisme.

Certes l’ajout du mot « sociale » impliquait la nécessité d’une régulation du marché par l’intervention de l’Etat. Mais elle n’implique pas (plus ?) forcément un Etat social fort et des politiques économiques volontaristes. Certes, un mot nouveau, « écologique » est inclus, mais il est plus porteur d’une exigence supplémentaire – la préservation de l’environnement – que d’une nouvelle philosophie du rôle de l’économie, de l’Etat et de sa combinaison avec le marché. Ni en soi ni pour soi, il ne change la nature du concept originel.

 

 

Concept ou leurre ?

Une petite réflexion sur les mots en suscite alors une autre, sur le rapport de la gauche au marché. D’un point de vue de gauche, le concept d’économie sociale de marché, même si on y ajoute la dimension écologique, a-t-il encore un sens ? S’il s’agit de reconnaître un rôle inévitable et/ou positif au marché dans l’économie, ne vaudrait-il pas mieux savoir de quel marché l’on parle, en quoi il diffère du marché autorégulé des libéraux, globalisé, établissant plus largement une société et des mentalités de marché ? S’il s’agit de savoir quelle économie l’on veut, le marché peut-il être une entrée suffisante ?

En soi, même régulé, le marché n’est ni social, ni écologique et ne peut l’être. Dans sa constitution historique, il a même été l’inverse. Pourtant une gauche voulant s’inscrire dans la modernité et dans l’action gouvernementale, doit bien conduire sa politique économique dans le cadre du marché, et pas seulement parce qu’il est une contrainte réelle à laquelle il faudrait s’adapter. N’en déplaise à ceux qui, à gauche du PS, ne pensent pas l’économie ou préfèrent la réduire à l’expression d’un rapport de force social pour ne pas avoir à la penser sérieusement. Il faut reconnaître que les marchés peuvent traduire les aspirations légitimes d’une demande tout en stimulant l’initiative, l’activité et la création de richesses, que leur rôle ne peut être remplacé par une administration, même si par ailleurs une économie est toujours en partie administrée, par une puissance publique et par des règles.

Le problème est bien de savoir comment le marché, maintenant mondialisé, ayant pris la place des marchés, pourrait conserver les aspects dynamisants dont il reste porteur, sans dominer l’ensemble de la vie humaine, pas même sur le plan économique.

A ce sujet, le mot d’ordre « oui à l’économie de marché, non à la société de marché », qu’utilisait Lionel Jospin, ne semble pas opératoire non plus. Ces termes ont été définis à l’origine par Karl Polanyi, non pour les opposer, mais pour désigner les faces d’un même mouvement : la substitution du marché aux marchés, faisant de l’homme lui-même une marchandise, est un phénomène à la fois économique et mental, dominant toute la société, faisant croire que l’économie est une sphère autonome et non encastrée dans la société et ses institutions.

Ceci rappelé, peut-on condamner le marché, comme si sa constitution dans l'histoire n'avait eu qu'un aspect destructeur ? Pourrions-nous à ce point rebrousser chemin ? Ne peut-on admettre à la fois que le marché participe du développement économique en général et qu’il ne doit pas être tout dans l’économie ? Le but serait moins de défaire au maximum le marché que de définir une politique utilisant le marché, réhabilitant la souveraineté de l’Etat et inventant des nouvelles formes de souveraineté et d’intervention économique au niveau international. C’est bien vers cela que tendaient les propositions de Laurent Fabius, malgré le choix de sa formule.

Présenter une politique de gauche d’abord et essentiellement par la formule d’économie de marché sociale et écologique ne pourrait alors synthétiser suffisamment son contenu, et risquerait même de participer de la sacralisation du marché. Si la gauche doit reconnaître le rôle du marché, pas seulement donc par réalisme et obligation, elle ne doit pas laisser croire qu’il pourrait devenir ce qu’il n’est pas – si ce n’est dans l’esprit des tenants de l’orthodoxie économique – c’est-à-dire le meilleur (ou le moins mauvais) moyen, et non un des moyens, de conduite de l’économie et d’allocation des ressources.

Le concept ou le mot d’ordre d’économie sociale et écologique de marché serait donc insuffisant, peu identifiant, voire trompeur.

La gauche possède des armes idéologiques, à réadapter certes, mais qui permettent de remettre le marché dans l’économie, pas comme seule mesure de toute chose mais au milieu des institutions et des lois, et de placer l’économie sous l’Etat, comme cadre de la souveraineté du peuple et traduction de la volonté consciente, éthique et rationnelle des individus.

Ce sont d’autres concepts qu’il faut alors évoquer : économie mixte, économie de marché régulée et réglementée, Etat social – et même République sociale dans le cas de la France – et pourquoi pas Etat social et écologique. Ces mots sont peut être moins à la mode, mais ils ne sont ni moins pertinents, ni beaucoup plus anciens que ceux d’économie sociale de marché. Sans doute faudrait-il en inventer d’autres. Mais il n’est guère moins douteux que la gauche doive assumer ses idées et les mots qui les véhiculent au mieux.

 

SB 

 

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