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Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.

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Capucinades et soi disants "nonistes"

On ne peut qu’être effaré par le contenu de la contribution offerte par Libération à quelques ambitieux déçus du PS ; si on lit bien, leur prise de position de 2005, en tout cas celle des signataires de ce texte, était fondamentalement liée à une stratégie qui s’est révélée caduque. Les arguments utilisés en 2005 , y compris par quelques -uns d’entre eux, portaient cependant sur le fond du traité.

La liquidation pure et simple

On peut faire du Valls : « (le traité) ne reprend pas la partie III, qui avait motivé une grande partie du non », « l’Europe est dans l’impasse. Les social-démocraties européennes ne comprendraient pas que nous, socialistes français, ne les rejoignions pas pour la relancer ». Aucun des deux arguments ne tient  la route, car beaucoup plus qu’une raison de voter non, la partie III n’était qu’une illustration de la dérive des auteurs du texte soumis heureusement chez nous à référendum ; quant aux social-démocraties, à moins qu’il s’agisse des sociaux-démocrates, il faudrait d’abord s’assurer que dans la France de 2007, le vocable a encore un sens partagé par les militants, au moins socialistes…  Faire du Valls, c’est donc tenter de faire croire que le traité de Lisbonne est différent du TCE sur l’essentiel, ce que VGE a d’avance démenti, et faire croire que l’Europe « dans l’impasse » serait plus efficace avec ledit instrument : le dollar par rapport à l’euro ? la Flandre qui n’aurait pas sa place en Europe si ses politiciens continuent leurs jeux stupides ? le bouclier américain sur l’Europe ? l’incapacité à avoir une relation diplomatique conforme aux intérêts des peuples européens avec la Russie ? les fonds d’investissements d’ Etat et « la concurrence libre et non faussée » ? la nature même et les limites de l’Europe ? Une invocation au traité et le tour serait joué…

Au moins Giddens est plus clair dans ses propositions pour « Le nouveau modèle européen » et il a le mérite de rappeler que l’Europe est une construction politique dans laquelle les gouvernements des états-nations jouent un rôle essentiel.

Un commentaire s’impose : ce qui explique, au moins autant que la lettre du TCE, le vote des Français, c’est le peu de confiance qu’ils portent à leurs élus. Il semble que certains de ceux-là aient à cœur de n’y rien changer.

Le leurre

Foin donc des promesses de la campagne des présidentielles, où l’on ne parla guère, il est vrai de l’Europe, sinon pour dire à gauche et au centre, qu’il faudrait une nouvelle consultation populaire directe et à l’UMP, qu’il n’en fallait surtout pas ! Quant au projet européen des candidats, il faut avoir une imagination d’enfant pour croire qu’ils en avaient un, ou qu’il était, si l’on peut dire, « exposable ».

L’abandon de toute bataille sur un nouveau référendum est, quoi qu’il en soit, un déni de démocratie et de confiance dans la sagesse de l’électeur ; la triste palinodie, pitrerie même, qui consiste à s’abriter derrière l’élection de M. Sarkozy est à mettre au rayon déjà bien achalandé des « petites »  trahisons.

Que nous disent cependant MM. Peillon et consorts ?

Que le texte ne « répond pas à notre vision de l’Union » ; ah bon, il y a donc une vision de l’Union ? Mais qu’en a-t-on su depuis 2005 ? Au congrès du Mans ? Quelles initiatives ont été prises pour faire avancer en France un projet européen compatible avec le refus majoritaire, y compris à gauche, du peuple souverain à propos de ce TCE, dont « tous les outils » sont encore là ? C’est là, sans doute, qu’intervient la dimension stratégique du non de certains : « en 2005, la gauche française avait la perspective d’une victoire à la présidentielle. Elle aurait eu à conduire elle-même la renégociation, puis à assumer la présidence française de l’Union. Ce n’est plus le cas. Dès lors… »

Et voilà pourquoi votre fille est muette.

Tout ressort : le traité de Nice n’est pas bon, Sarkozy a « gâché » la force de la renégociation (!), la gauche n’a pas gagné l’élection présidentielle, mais ne parlons pas des causes de cet échec, ou trouvons des boucs émissaires, tiens pourquoi pas chez les nonistes non convaincus de l’intérêt du traité de Lisbonne ! Ou chez ceux qui pensent qu’un référendum peut être gagné, pourvu qu’on ait de bons arguments… ou reçus pour tels.

Je prends les paris, si Sarkozy va au référendum, il est capable de le gagner…comme en Espagne.

Evidemment la position du PS aurait dû auparavant être définie ; il y aurait un risque d’éclatement, disent certains ; voire, et au point où nous en sommes…Si nous avons une vision de l’Europe qui aurait permis, sous notre conduite des affaires publiques, une autre renégociation, notre positionnement sera compris car notre bataille pour « donner un nouveau cap à l’Europe » sera crédible.

Et nos militants, nos adhérents, nos électeurs sauront se déterminer sans contrainte et sans l’inutile discipline de parti.

Ce qui pose problème, ce n’est pas de savoir si ce traité est vraiment bon ou vraiment mauvais ; rédigé par des technocrates à mille lieues des préoccupations populaires, il est incompréhensible et tout à fait incapable de susciter le moindre enthousiasme collectif pour une Europe qui n’a pas aujourd’hui d’objet clairement identifié : si l’on ne veut pas dire quelle est la raison d’être de l’Europe, et qu’on nous fasse grâce de la protection de la paix, ô Yougoslavie, il ne sera pas possible de convaincre de sa nécessité ; la deuxième faiblesse intrinsèque de l’Union, mais pas seulement de l’Union, n’est pas l’absence de «  peuple européen », c’est qu’à l’ère de la mondialisation, et comme le souligne Robert Reich, le capitalisme s’adresse à des consommateurs, pas à des citoyens et que malheureusement, par une étrange commodité, le politique a renoncé dans ce domaine à jouer réellement son rôle. Se préoccupant fort peu de leur légitimité, car l’élection n’en confère qu’une bien mince, nos élus sont à l’unisson d’électeurs qui se sont mis à croire, dans nos sociétés développées et démocratiques, que le bonheur était possible à l’échelon de l’individu.

Français, encore un effort

« Le rejet de la Constitution permet bel et bien aux Européens -et espérons qu’il les y force- de se confronter à certaines réalités fondamentales et à y répondre » écrivait Anthony Giddens après les référendums néerlandais et français en 2005 ; en ces temps de blairisme plus ou moins revendiqué, il ne semble pas que tous les nonistes et pas davantage les ouistes ( ?!) aient fait cet effort, alors que l’identité européenne et sa spécificité en font un modèle enviable.

Nous sommes une nation politique ; nous sommes en droit d’attendre des dirigeants de ce pays qu’ils cessent de prendre les Français pour des mineurs, des assistés ou des sots. S’ils ne croient pas à la prééminence du politique, que font-ils aux places qu’ils occupent ?

 

JPB

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