Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Lorsqu’un personnage politique a recours à cette formule, en l’occurrence Ségolène Royal à son retour de Rome, on ne peut s’empêcher de penser au Guépard, expliquant en grand seigneur à l’envoyé piémontais venu lui proposer un poste de sénateur dans le nouveau royaume d’Italie, qu’il fallait tout changer pour que rien ne change. La question est dans le rien. La nature a horreur du vide...
Depuis plusieurs mois la politique gouvernementale a fourni de multiples causes d’inquiétudes aux salariés modestes ou moyens qui forment la majorité des habitants de ce pays.
Cette politique n’est pas celle de ceux qui se considèrent encore comme des citoyens et veulent agir comme tels.
Elle n’est pas non plus celle de ceux qui songent à l’image et à l’histoire de leur pays.
Elle n’est pas davantage celle de ceux qui voudraient que leur langue, à propos de brevets d’invention, ne disparaisse pas des échanges scientifiques pour la commodité paresseuse de quelques industriels dans une Europe où le français est langue officielle, bien plus légitimement que l’anglais.
Bref tous ceux qui pensent que leur patrie existe et vaut la peine d’être réellement défendue et promue, tous ceux-là ne peuvent que constater que l’outre-présence médiatique du président n’a d’égale que l’absence d’alternative portée par l’opposition.
A l’exception notable de Laurent Fabius qui a relevé quelques anomalies annoncées et fourni quelques pistes pour remédier à la casse, le discours des représentants de notre parti dans les media ont tourné sur les queues de cerises, sur l’avenir ombilical ou la carrière des quadras, sur des polémiques stériles portant sur la forme bien plus que sur le fond, sur des considérations fumeuses en matière sociétale qui ne se démarquaient pas de manière pertinente des solutions préconisées ou mises en œuvre par la droite .
N’avons nous plus de valeurs à porter qui fondent notre grille de lecture des décisions de la droite et justifient nos propositions ? Notre logiciel intellectuel serait à ce point le même que celui de la droite qu’on pourrait croire vraiment à la fin de l’histoire ?
La loi sur les universités est votée dans la hâte, elle porte sur la gouvernance, elle évite de traiter de l’ampleur du retard et de la nécessité d’investissements massifs pour faire face à l’avenir et garder une crédibilité dans l’OCDE, que disons-nous ?
Le nouveau traité européen adopté à Lisbonne est sans surprise par rapport à ce qu’avait annoncé Sarkozy, il ne constitue qu’un toilettage cosmétique du TCE et l’on n’a rien à dire depuis 2005 sur le sujet ?
La présidentialisation quasi bonapartiste doit provoquer de nouvelles modifications de la Constitution et l’impératif démocratique de revalorisation du Parlement est empêché par les stratégies de futurs candidats en 2012 ou par le refus des élus de mettre fin au scandale du cumul des mandats, y compris dans notre parti ?
Le président liquide en deux discours l’institution scolaire et la fonction publique et nul n’e trouve à dire que son projet de société pseudo-libérale n’est pas le nôtre ?
Un scandale éclate sur la rémunération des dirigeants d‘entreprise, on n’est pas sûr de la position du parti sur les stock-options…
Changer tout, mais quoi ?
Le PS a besoin non pas d’une rénovation sur des bases idéologiques douteuses ou inconsistantes mais d’une reconstruction qui offre au citoyen une alternative réelle ; lorsqu’une alternance se produit, il s’agit de changer de politiques et pas seulement de changer de têtes ou de génération ; ne pas admettre cela ou se contenter d’un ajustement à la marge sur de grands équilibres réputés intouchables, c’est nier la souveraineté du peuple et en dernière analyse, la légitimité des élus et du politique. Ce serait le triomphe du à toi, à moi et du chacun son tour mais les citoyens n’ont que faire de ces jeux-là.
Il est vrai que dans une société du marché, le citoyen fait place au consommateur... ou à l’assisté.
Il est donc primordial pour la crédibilité du parti lui-même qu’il soit en mesure de recréer l’espérance d’une société dans laquelle les idéaux de la république ne seraient pas que des formules creuses ou dévoyées. La liberté, n’est pas la liberté « d’entreprendre » sans se préoccuper des conditions objectives qui permettent à un individu de le faire, sans comprendre comment on s’enrichit ; l’égalité n’est pas que l’égalité des chances ni même l’égalité des droits : elle suppose que les conditions de réalisation de ce principe soient effectives ; la fraternité n’est pas la compassion, elle est le sens de la justice et le respect de l’autre ; la laïcité n’est pas qu’un cadre, elle est une pratique consubstantielle au progrès humain ; la solidarité n’est pas une exaction ou un sacrifice consenti, elle est une manifestation de l’ « humanité » de chacun…
Les adhérents à 20 euros ont semble-t-il tendance à fuir : certains avaient fait un pari, d’autres avaient cru que tout était possible…mais pour que le changement soit possible, il faut qu’il soit crédible, argumenté et porté ; cela suppose aussi que le parti ait une direction qui croit qu’une autre politique au fond est possible.
La mondialisation sert de prétexte à des renoncements : ce n’est pas la mondialisation qui explique que l’Allemagne a un excédent commercial et la France un déficit ; est-il interdit de mettre en cause le patronat français alors qu’il ne se gêne pas pour imposer un projet de refondation sociale, à brasser des millions en liquidités aux usages inconnus et à réclamer « toujours plus » en dégrèvements et exonérations ? Les PME sont créatrices d’emplois ? Certes mais elles ont besoin de grandes entreprises et il n’est point d’économie dématérialisée viable.
La France a 1200 milliards d’euros de dettes ? Si elle a des dettes, elle a des créanciers. Et qui décide que payer des intérêts sur des intérêts est légal ? C’est si peu dans l’ordre du réel, qu’il arrive qu’un état efface la dette d’un pays tiers et ne s’en porte pas plus mal.
Le délestage par l’Etat de certaines de ses activités l’a conduit à transférer aux régions ou aux départements des responsabilités encadrées ; pour quelles économies d’échelle ?
Les réseaux construits grâce à des investissements publics doivent être ouverts à la concurrence et privatisés ? Mais quelle est la ligne d’un traité qui dit cela explicitement ? Une interprétation au nom de la concurrence etc ? Cela, c’est de l’idéologie et cela suppose du consentement.
C’est bien de cela qu’il s’agit, le consentement.
Ou bien nous croyons au progrès et nous pensons que l’investissement permanent dans l’éducation, la recherche, la formation continue, la recherche de « la connaissance adéquate des causes » et le travail intellectuel que cela suppose sont capables de lancer une dynamique, à l’échelle nationale, européenne et mondiale ; ou bien nous n’y croyons pas et nous retombons dans la politique du chien crevé au fil de l’eau, nous cédons à l’urgence, et nous laissons les peurs mortelles se développer.
« Se tromper de chemin,
c’est rejoindre la neige
et rejoindre la neige
c’est paître durant vingt siècles les herbes des cimetières »
(Petit poème infini- F.Garcia Lorca)
JPB