Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Faudrait-il relire Spinoza pour comprendre la politique française et se donner les moyens de réveiller les citoyens ? Dans le Traité politique il écrit : » Une cité où les sujets ne prennent pas les armes par ce seul motif que la terreur les paralyse, tout ce qu’on peut en dire, c’est qu’elle n’a pas la guerre, mais non pas qu’elle ait la paix… ». La terreur pouvant être remplacée par la sidération ou par le vide, on reconnaîtra que les politiques qui considèrent, et nombre de Français avec eux, les dernières décisions du président, le programme qu’il met en œuvre et les bouleversements sociaux qu’il prépare comme autant d’iniquités, ont une bien grande responsabilité et un premier devoir, c’est de penser.
Ne pas être dirigé par son semblable. Le pouvoir institué est théoriquement le porteur de la volonté de tous mais c’est bien le corps de l’Etat tout entier, autrement dit la volonté de tous réellement qui est le véritable souverain. La démocratie ne consiste pas à laisser aux élus, pendant toute la durée de leur mandat, la possibilité d’agir sans autre contrainte que celle d’appliquer leurs projets annoncés et à les sanctionner au scrutin suivant. Les modalités de candidatures n’offrent en ce domaine aucune garantie, ni en matière d’égalité, ni en matière de liberté !
Certes les institutions sont l’expression de la souveraineté comme pouvoir institué mais il ne faut pas pour autant penser que la souveraineté constituante est ailleurs que dans la volonté de l’ensemble des citoyens. Comme on le dit fortement après 1792, la République est une et indivisible et cela signifie aussi que c’est la société tout entière qui exerce « collégialement le pouvoir afin que de cette façon, tous soient tenus d’obéir à eux-mêmes, sans que personne ait à obéir à son égal ». D’autres parleront bien plus tard de « contractualité centrale », mais évidemment ce qui compte c’est la nature de la politique mise en œuvre plus que la théorie de la volonté commune qui ne garantit nullement la recherche de l’intérêt général ; la machine étatique peut fonctionner mais elle le fait plus ou moins bien et la vigilance à l’égard de l’exercice du pouvoir et du fonctionnement de l’Etat doit donc être permanente. « Le meilleur Etat est celui où les hommes passent leur vie dans la concorde (…), une vie (…) qui se définit (…) avant tout par la véritable vie de l’esprit, par la raison et la vertu ». L’espérance sans l’optimisme Qu’on nous pardonne cet emprunt à Martin Luther King, cité par Christopher Lasch, mais sans espérance, ni conviction il est difficile d’avancer. Nos représentants politiques ont un défaut majeur, essentiel même, ils oublient leur statut de représentant et la source de leur légitimité déléguée. C’est encore plus observable pour le chef de l’Etat, seul élu à l’échelle de la nation au suffrage universel et pour l’actuel, qui feint de croire qu’il a été élu pour faire ce qu’il a dit qu’il ferait. Le problème aujourd’hui est d’abord que son projet « clés en mains » de société d’individus compétiteurs néglige le tressage social de l’individu et l’hétérogénéité des conditions de mise en œuvre des capacités de chacun dans une compétition biaisée. Le deuxième problème est l’absence d’alternative conceptualisée à ce projet, si tant est que celui-ci ait pu apparaître comme suffisamment explicite. La création massive de richesses a été depuis des décennies une réalité, de même que l’extrême inégalité de développement entre les peuples ou l’absence de redistribution équitable de la plus value créée à l’intérieur des nations. L’exemple des bénéfices que tirent des dirigeants d’entreprise de la vente d’actions à un moment opportun donne une idée des niveaux de vie extravagants des vrais privilégiés. Il est clair que sans une volonté politique forte « l’intention d’égalité » en matière économique n’a aucune chance dans un régime capitaliste non régulé, financiarisé, voire virtualisé, d’avoir le moindre début de concrétisation. C’est ce que montrent clairement les réformes de régression en cours. Il semble qu’il manque aujourd’hui dans notre économie mondialisée une théorie de la production actualisée, intégrant – il n’est pas là question de suivre une mode – la question des ressources de la planète et il ne suffira pas de faire du développement durable et de l’écologie un thème de forum et de discours. Ce qui est nécessaire et qui doit informer les projets politiques d’une gauche qui aspire à conduire la nation, c’est la refondation d’une morale qui se fonde précisément sur ce que Spinoza appelait une « vie humaine ». C’est possible et «l’attachement à la justice sociale et à une croissance génératrice d’emplois qualifiés » est plus répandu que certains media voudraient le laisser croire. Les pratiques et l’expérience débordent autant l’idéologie qu’elles peuvent la constituer. L’espérance est possible.
JPB