Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
L’offensive Sarkozy-Darcos sur le terrain de l’Ecole possède une force indéniable, dont elle ne bénéficierait pas si elle se résumait à une volonté de « casse » du service public et d’économie budgétaire. La finesse de la communication est secondaire. Secondaire, le travail de sape effectué par les prédécesseurs de Darcos, depuis Allègre (et oui…), ne l’est pas. Mais ce qui est fait, est fait.
La principale qualité du duo Sarkozy-Darcos semble d’aborder l’Ecole, pour l’essentiel, sous un angle institutionnel. D’une part, il met en jeu l’Ecole, notamment avec la lettre aux éducateurs, devant l’opinion publique. A la différence de nombreux ministres précédents de l’Education nationale (Allègre, Royal, Ferry, Fillon, Robien) leur offensive –car on a bien affaire à une volonté de recul démocratique et social – ne pose pas comme point préalable, un peu en vase clos, le « changement » de la profession enseignante et l’affrontement entre le ministère et elle. La lettre signée Sarkozy place les choses, au moins en partie, à un niveau plus général : quelle culture transmet-on aux enfants de la nation et sous quelles formes, à quoi sert l’Ecole ? Les débats pseudo-pédagogiques outranciers ont cette fois une place réduite. Rappelons-nous les interventions, y compris de Sarkozy, après Robien, sur les méthodes de lecture.
D’autre part, et c’est lié, notre duo évite les caricatures « anti-profs », la flatterie des sentiments réactionnaires éprouvées pour l’école « d’avant » et la négation des qualités de notre système éducatif. Ne peut-on reconnaître qu’il pose et impose le débat à un niveau plus haut que de coutume, pas seulement parce qu’il serait plus dangereux ? On a l’impression qu’il s’agit plus de définir de nouvelles missions pour les professeurs que de leur expliquer leur métier et de leur apprendre la discipline. Sarkozy et Darcos minimisent les succès des politiques scolaires plus ambitieuses du passé, pour mieux avancer sur leurs positions (tactique déjà bien éprouvée). Mais ils cherchent davantage à contourner ces succès et à prouver que l’Ecole doit naturellement changer en fonction des réalités et des insuffisances actuelles. Insuffisances qui sont réelles, quelles que soient les explications qu’on leur donne. Ainsi, le collège unique est dénoncé, non pour ce qu’il a été et par essence, mais parce que son effet serait arrivé à son terme.
Or l’Ecole est bien l’affaire de toute la Nation et l’organisation d’un service public, les missions de ses agents doivent être définis en fonction de la volonté générale. L’offensive est donc d’autant plus redoutable qu’elle se place sur le bon terrain et sur plusieurs points qui font mal, parce qu’ils n’ont pas suscité de réflexions et de contre propositions assez abouties : ni chez les partis de gauche, ni chez les syndicats enseignants.
Il serait temps que les plus grands et les plus structurants d’entre eux, soient capables de s’influencer, dans le bon sens. Que le PS retisse des liens avec le monde enseignant et donc avec la seule fédération qui le représente vraiment, la FSU ; que la FSU soit capable de se tourner sérieusement vers le politique et de présenter un projet d’Ecole qui coupe l’herbe sous le pied à toutes les dérives droitières et/ou crétinistes qui sévissent dans les rangs socialistes, et pas seulement socialistes d’ailleurs : cela serait une occasion de relever le défi que pose la droite au pouvoir.
Dénoncer à nouveau une vision globale libérale, contraire à l’objectif de démocratisation et de qualité du service public, exiger de donner la priorité à l’Ecole… cet exercice, certainement obligé, tend à devenir routinier. Lutter sur le terrain idéologique voire culturel, comme sur le terrain des réformes précises lancées dans le système éducatif, nécessite de répondre point fort par point fort et de ne pas subordonner les réponses à la démolition préalable de la logique libérale d’ensemble, qui se trouverait « derrière » la politique de la droite (et de ses complices de gauche) et qui viendrait même de Lisbonne. Parfois, on finit par discourir dans le vide.
En effet, nous passons notre temps, au sein de la gauche de transformation, à dénoncer ce qu’il y a « derrière », ou plutôt au fond de la logique de nos adversaires. Mais nous ne montrons pas et nous ne nous interrogeons pas sur ce qu’il y a derrière la nôtre. Qu’a-t-on à dire sur le contenu de l’enseignement, et donc sur ses objectifs, ses programmes, ses formes et ses horaires ? Quels personnels veut-on pour cela ? Pourquoi l’égalité des chances, même si cela fait partie d’un vocabulaire consacré, ne peut pas être l’horizon de l’égalité républicaine ? Que veut dire la souveraineté de l’Etat républicain et démocratique dans le domaine éducatif ?
Nous pouvons nous appuyer sur des choses qui s’ajouteraient à une énième dénonciation du libéralisme et une énième défense des statuts des enseignants, pour proposer des solutions de progrès. Les Français, en très grande majorité, aiment leur Ecole. L’alourdissement de la charge de travail des enseignants (pour « gagner plus ») couplée à la diminution de leurs effectifs, la suppression de la carte scolaire, l’assèchement des moyens (fiscaux) de financement, ne tarderont pas à montrer leur perversité intrinsèque. Mais comme la droite et comme les libéraux, il faut se battre ET réfléchir.
SB