Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Oui, après tout, dans cet océan de sondages plus béatifiques les uns que les autres pour la majorité, devant le spectacle à la fois affligeant et du plus haut comique de l’opposition, j’ai fait un rêve.
Sarkozy est mort ! Il a explosé en vol, tel le regretté et éphémère Jean-Paul 1er il n’a pas supporté le choc, le stress, l’exposition permanente ; les molécules chimiques ne peuvent pas tout.
La nouvelle abasourdit la droite, certes fort diminuée par les manœuvres nécessaires à l’élection de son héraut. L’intermède Poncelet n’étant pas de même nature que l’intérim Poher, la question d’un candidat unificateur de la droite se pose avec d’autant plus d’acuité que la campagne présidentielle a laissé des traces : positionnement de Bayrou, trahison de ses élus parlementaires, affaire Clearstream, situation difficile de Juppé, absence de personnalité incontestable et incontestée derrière le défunt. Les plus avisés savent bien que les sondages les plus favorables pour la droite proviennent en partie de l’absence de discours audible à gauche.
Giscard trop âgé pour être candidat pourrait jouer les grands électeurs mais sa personnalité ne le rend guère plus populaire dans son camp que ce qu’il avait pu l’être quand il était président. Raffarin n’ambitionne que la présidence du Sénat, Balladur a annoncé son retrait de la course aux mandats. Plus de sages donc. Alors Fillon ? Mais outre qu’il a pour l’heure, et l’expérience prouve que cela pourrait durer, autant de chaleur humaine que Poutine et autant de charisme qu’une huître, il faudrait courir le risque que les millions de fonctionnaires n’aient aucune mémoire et qu’ils aient donc oublié le rôle premier qu’il s’attribue lui-même dans la loi de 2003 sur les retraites, seule trace de réforme du quinquennat Chirac avec sa loi sur le socle minimum au collège ! Une règle simple, en démocratie du moins, est qu’il vient un moment où il faut payer l’addition.
Certains ont envisagé un scénario argentin : la veuve candidate, son rôle dans la libération des infirmières bulgares, son influence dans telle ou telle nomination constituant comme un brevet de capacité et sa personnalité étant déjà bien « connue » de l’opinion. Mais il est apparu assez vite que cela n’était qu’une bouffée de courtisanerie post-mortem, donc inutile. Laissons la droite à ses problèmes.
La sidération de la gauche ne fut pas moindre. La décomposition dans laquelle le refus de penser des dix dernières années, au moins, les ambitions ridicules, l’incapacité à tenir un discours en phase avec une ligne politique réelle, l’absence d’analyse critique et approfondie des causes de la défaite de la candidate, tout cela ne facilitait pas l’émergence d’une proposition unanime du parti.
La présidentielle avait été l’occasion d’une incroyable légèreté de la part de la direction; alors que chacun pouvait connaître dans le détail le projet de Sarkozy puisqu’il avait pris la peine de le publier dès 2001, le refus de sortir d’un consentement mou à l’économie de marché sans lui donner pour autant une dimension sociale convaincante pour les salariés du pays, avait conduit une camarilla manipulatrice à penser que l’éternel regret du premier tour de 2002 et le saut de personnalité suffirait à emporter le morceau. D’où les jeux pervers avec l’opinion, les sondages encouragés, les adhérents à 20 euros, la campagne éhontée contre les éléphants, du moins certains et une consultation interne jouée d’avance, vu les mécanismes réels du fonctionnement interne d’un parti, machine d’élus et rien d’autre.
Le résultat fut ce qui pouvait être prévu : un candidat prêt, porteur d’un projet face à une candidate-challenger qui ne l’était pas et dont les prises de position les plus tranchées n’étaient pas en contradiction ni même en alternative avec celles de son adversaire.
On savait, on aurait dû savoir que la campagne serait dure et que face à la droite compétente incarnée, il fallait la gauche compétente incarnée ; la mort soudaine du président laissait le débat sans conclusion.
Les Ségolâtres annexant les 17 millions de voix de la gauche rassemblée proposaient la reconduction immédiate de la candidate battue dans le même rôle, la droite affaiblie paraissant plus facile à battre (bis) ; Dominique Strauss-Kahn, à la fois éligible au FMI et démoli avec vigueur par les britanniques et
L’intelligence au pouvoir, cela effraie toujours… C’est alors que je me réveillai.
JPB