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Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.

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Centrisme quand tu nous tiens

Quel discours le PS est-il en train de construire pour faire élire sa candidate ? Ce discours se développe autour du thème du « tout est possible maintenant », en se servant de la peur irrationnelle d’un 21 avril qui aurait été évité de justesse, puisque Royal est au second tour et qu’elle a fait les 25% de Mitterrand de 1981. Comme s’il s’agissait d’une dynamique comparable et d’un même contexte de concurrence interne à la gauche.

Il s’accompagne à l’adresse de Bayrou et de l’UDF, d’une demande de débat public (pour ne pas dire de négociation), d’une recherche de convergences, d’une offre de postes ministériels et d’une proposition d’accord pour les législatives. Ajoutons des gages donnés à Bayrou à propos d’un abandon prétendument nécessaire d’un prétendu étatisme socialiste. L’ « ouverture » que privilégie pour le moment Royal, semble d’une autre nature que l’air joué à plusieurs reprises entre deux tours par Mitterrand et que celle mise en œuvre en 1988 avec quelques débauchages individuels de centristes subalternes, contre des postes ministériels, sans réelles conséquences politiques. Elle ressemble plus à une volonté d’alliance avec le centre qu’à une interpellation des électeurs du centre.

C’est d’ailleurs la seconde voie qu’a choisi Sarkozy, pendant que l’UMP mène une opération classique de ralliements d’élus de l’UDF. Il est bien l’héritier d’un mouvement gaulliste spécialiste des pressions et des coups tordus. Il est surtout bien dans la logique du présidentialisme achevé de la Vè République.

L’erreur serait de ne pas critiquer le discours et la stratégie de la candidate du PS et de ses adeptes, en leur laissant couvrir les résultats du 1er tout d’un voile d’illusion voire d’ignorance et en leur laissant les apparences de la bonne foi, au nom de la recherche de la victoire et de la haine pour Sarkozy, d’autant plus pratique et utilisée qu’elle permet de masquer les vacuités de Royal et ses dérives droitières passées.

 

 

 

Car cette forme d’ouverture ne serait pas seulement une faute politique, en durcissant le vote Bayrou et en l’aidant à prendre un ascendant qu’il n’a pas en l’état, au-delà de l’utilisation médiatique. Elle serait sans doute inefficace : peut-être ne faudrait-il pas trop parier sur la volatilité des électorats. Restons-en aux deux tiers, minimaux, que Royal devrait capter sur les voix de Bayrou (si tous ses électeurs choisissaient un des deux candidats au second tour).

Soit l’on pense que la logique politique qui a amené Bayrou à son niveau, relève d’une fédération des mécontentements contre un système institutionnel (réellement) sclérosé, d’un refus de la bipolarisation, d’un idéal de « rassemblement » au-delà du couple PS-UMP, bref d’une volonté de changement qui ne serait pas capitalisable a priori par la droite et qui serait même un exutoire nouveau, teinté de couleurs de la gauche. A ce moment là, les électeurs de Bayrou ne seraient « captés », ni par des logiques de partis, ni par une doctrine avec laquelle des compromis et une synthèse s’imposeraient : pas besoin d’une stratégie d’alliance.

Soit l’on pense qu’un « centre droit » existe en tant que tel – même si sa vie s’est compliquée ces dernières années – qu’il s’est en partie retrouvée dans le vote Bayrou et qu’il correspond à une part plus ou moins importante de l’électorat de la droite, à côté de celle issue du gaullisme. Rappelons VGE, très haut bien sur en 1974 et 1981, puis Barre en 1988 (16%), Balladur de fait candidat de ce courant en 1995… jusqu’à Bayrou, qui a tout de même fait un petit 7% en 2002 à une époque très difficile pour l’UDF, après la création de l’UMP. Or, les propositions concrètes de Bayrou continuaient d’incarner cette démocratie-chrétienne libérale, socialement conservatrice et superficiellement républicaine. A moins de penser que cette droite là a disparu, ou qu’elle a été entièrement absorbée par l’UMP, ou encore que pour elle le vote Royal équivaudrait à peu près au vote Bayrou, ce ne sont pas les appels du pied des socialistes qui la feront basculer subitement, comme si Sarkozy était décidément un épouvantail miraculeux : toujours pas besoin d’alliance.

 

 

 

L’ouverture préparée pourrait surtout servir un double objectif, qui constitue deux dangers pour l’avenir du PS et donc de la gauche.

D’une part, il s’agit d’une démarche qui objectivement, prépare la défaite, pour la présenter ensuite et paradoxalement comme la première étape d’une reconquête de l’électorat ou d’une relance du PS (surtout pas d’une refondation). On dramatisera alors l’état du PS avant Elle. On rappellera les prétendues qualités de sa candidate, qui lui auraient déjà permis de l’emporter dans le parti (« il s’est passé quelque chose entre elle et les Français », « elle a réussi à rassembler au-delà du PS »), souvent pour se justifier, dans le cas de tous les cadres et les élus qui se sont risqués à la soutenir sans retenue. Le tout selon une logique auto-réalisatrice. Une fois désignée candidate du parti, c’est forcément elle qui ensuite, allait pouvoir se prévaloir de ces qualités, à moins de faire un score historiquement bas, mais que seul un Rocard pouvait atteindre en son temps lors d’élections européennes peu prises au sérieux, ou un Defferre et un Rocard (encore) lors de la déconfiture de la SFIO à la fin des années 60.

On voit là le but pour la direction actuelle et ceux qui l’accompagnent ou la soutiennent : sauver la mainmise sur l’appareil. Il faudra ajouter l’argument de « l’unité » pour serrer les rangs, après une défaite malgré tout, et pour l’avenir, etc. Ce qui ne mange pas de pain mais marche toujours, au moins un peu.

D’autre part, cette démarche est au service d’un objectif structurel et idéologique : le triomphe du « réformisme » d’accompagnement, que l’on parera en France de la connotation positive de « social-démocrate », et l’alliance des centres, voire la construction d’une organisation politique correspondante (c’est là qu’on pourrait au pire, avoir droit à une idée de refondation). C’est-à-dire le projet enterré de Clinton et Blair d’Internationale démocrate, mais que vient d’exhumer Prodi en Italie. Les adeptes du centrisme, libéraux ou libéraux-libertaires, des leaders politiques (DSK, Cohn-Bendit) aux faiseurs d’opinion de Libération, du Monde ou du Nouvel Observateur (qui ont fait la campagne interne de Royal, tiens tiens…) sautent sur l’occasion, jubilent et s’émeuvent presque.

 

 

 

Alors, même si c’est dur, mieux vaut ne pas croire à l’illusion d’un vote UDF très majoritairement acquis à la gauche par une perspective d’alliance ou d’union, car cela servira un autre but que celui de la victoire.

La difficulté n’est pas seulement que la gauche dans son ensemble est trop basse, c’est que le PS est trop bas. Alors qu’il aurait dû et pu être plus haut, étant donné l’absence de concurrence à gauche, la base assurée du vote utile et le penchant de l’opinion pour la gauche depuis 2003. Le résultat du 1er tour est en réalité un échec, ou en tout cas un résultat décevant. Il n’y a pas un centre à prendre, mais des électeurs à retrouver, en faisant oublier le marketing bayrouiste « ni droite ni gauche », en mettant les citoyens face à leurs responsabilités, à partir d’un programme faisant écho à des références culturelles opposables, à des besoins et à des déceptions.

Réhabiliter la volonté politique en fait, ce qu’assume Sarkozy sans édulcorer son discours, mais en proposant une droite, nouvelle, ni purement nationale ni purement libérale, mais une droite, identifiable et acceptée comme telle. Lui est arrivé à représenter un vrai programme, « philosophiquement » fondé, disons même un « idéal » (que nous le détestions n’est pas la question), articulé autour de l'égalité des chances et de la société « ouverte » du modèle étatsunien, avec des éléments de morale religieuse pour cimenter le tout. L’usurpation et le détournement du terme de « République » viennent donner un peu de respectabilité. Que voit-on en face ?

Mieux vaudrait donc réfléchir aux lacunes intrinsèques de la candidate et de la campagne socialistes pour essayer d’y remédier, si l’on pense que la défaite de Sarkozy est encore possible. Jouer le « tout sauf Sarkozy » ne constituera pas un projet alternatif au sien, qui a le mérite de la cohérence et de l’élan. C’est le principe du pot de fleur : votez pour n’importe quoi, mais pas Lui… On voit le résultat (les Américains l’avaient vu aussi lors du duel Bush-Kerry) : les électeurs ont du mal à se mobiliser en masse pour un pot de fleur. D’autres candidat(e)s de témoignage, qui ont eux joué ce jeu en interne à leur camp, sont bien placé(e)s pour le savoir, à gauche ou à droite.

 

 

 

C’est bien une campagne hasardeuse, lamentablement conduite, hésitant entre recentrages ponctuels à gauche – ressentis (à juste titre) comme des gestes démagogiques faits en fonction des publics – et dérives droitières incontrôlées, qu’il ne faut plus mener. La gauche a besoin d’une ambition nouvelle et pas d’un remake approximatif et hasardeux, de social-démocratie minimaliste et chrétienne-démocratisée.

Une enquête d’opinion (Libération, 24 avril) sur les motivations des votants, montrait que Royal cristallisait la lutte contre les inégalités et Sarkozy celle contre l'insécurité: il reste bien des fondamentaux de l'identification politique. Mais on fait moins confiance à elle qu’à Sarkozy pour augmenter le pouvoir d'achat, et à peine plus pour préserver l'avenir des retraites ou du système de santé... CQFC ou ce qu’il faudrait changer ?

 

 

 

SB

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