Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Voilà pour cette fois, un double texte : non pas deux opinions, mais deux points de vue.
Une question de projet (JPB)
Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle doit être lu en ayant à l’esprit quelques fondamentaux.
Deux tentations ont été exprimées pour le deuxième tour et la question de leur pertinence opérationnelle ne doit pas être analysée du seul point de vue de leur efficacité supposée : la première est de faire la campagne au centre, donc de rallier des voix d’électeurs qui n’ont pas voulu se ranger derrière des bannières classiques, soit par conviction idéologique, soit par rejet des personnes ; si l’on creuse l’hypothèse de la conviction idéologique, et il y avait un contenu dans les discours du candidat Bayrou, on peut renvoyer à la théorie des life politics, politique des modes ou styles de vie qui tend à une privatisation de la sphère politique, ne garantit nullement contre par exemple les dérives communautaristes et ne pose pas en principe la nécessité d’une alternative économique et sociale ; la seconde est l’utilisation du slogan « Tout sauf Sarkozy » ou sa variante « Cet homme est dangereux » ; cela ne saurait satisfaire la raison.
Il faut avoir présent à l’esprit les thèmes de campagne agités par les deux finalistes et se poser la question de savoir si le deuxième tour verra s’affronter deux conceptions de la société dont les différences proposeraient au final un vrai choix sur le long terme.
Vouloir « une société qui célèbre les chefs d’entreprises qui ont du succès, comme celle-ci célèbre ses artistes et ses footballeurs », comme l’avaient dit ensemble en 1999 Blair et Schröder est-ce remettre le citoyen au centre de la vie sociale et de la sphère politique ? De quel changement réel des fondements de notre société serait-il question ? Où est donc l’idéal démocratique de la liberté d’intervention sur le monde qui nous entoure ? De quelle valeur du travail parle-t-on quand la part de plus-value attribuée à la rémunération du capital ne cesse de croître ? De quelle nation parle-t-on quand on refuse de dire tout simplement que
Mais quand les légistes de Philippe le Bel disaient que « le roi est empereur en son royaume », cela signifiait d’abord que
La situation politique de notre pays continue d’être préoccupante ; le schéma d’une opposition droite-gauche a été réintroduit dans le jeu sans difficulté, et il était assurément pas indispensable de mettre en avant la notion de vote utile, alors que le bourrage de crâne des media avait entretenu, non sans arrière-pensée, le traumatisme, réel chez beaucoup d’électeurs, du 21 avril 2002.
Mais tout reste ouvert : d’ici au 6 mai 2007, il faut savoir quelle réponse la gauche apporte à un peuple qui n’a pas voulu du TCE, autrement dit quel est son projet européen, car c’est de la réponse à cette question primitive que pourront se mettre en place les conditions d’une véritable politique alternative à celle conduite depuis 2002 : l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement, l’éducation, la recherche, les services publics, la sûreté énergétique, la sécurité, la démographie, l’aménagement du territoire, toutes les revendications d’une vie meilleure pour des millions de Français .
Projet contre projet ? Oui mais global et politique, au sens que nous donnons à ce mot.
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Une question d’avenir (SB)
Cette campagne et ce premier tour ont bien donné la « farce tragique » que nous redoutions et qui sous-titrait notre modeste blog (merci Jean-Paul pour cette formule malheureusement bien inspirée).
Pour le côté purement tragique, la droite « gaulliste » a achevé sa mue néoconservatrice en se plaçant assez loin devant tout le reste, malgré une forte concurrence dans son propre camp et malgré une opinion qui penchait à gauche depuis 2003. Et Sarkozy, personnage détestable s’il en est, peut venir parader avec des discours incantatoires, plutôt bien écrits (pas par lui, on s’en doute).
Parions que cette farce tragique se poursuive un moment à gauche quand on continuera, à
Puis au PS, la direction royalo-hollandiste expliquera que 25,8% est un résultat redonnant vie au parti et faisant l’exploit de ramener le PS au second tour, un résultat historique pour une femme et un résultat égal à celui de Mitterrand en 1981, etc, etc, etc. On fera comme si en 1981, les 25% de Mitterrand étaient donc les mêmes, et non l’aboutissement d’un rééquilibrage du champ politique, face à un président sortant, entre la droite et la gauche et à l’intérieur de la gauche, avec un PC drainant encore 15% des voix. Une telle recomposition, vu l’état pitoyable et semble-t-il durable de la gauche hors PS, étant donné la force du projet de société représenté par Sarkozy et le petit jeu centriste de Bayrou – et après tout, le retour de l’UDF dans le paysage politique est normal – nécessiterait aujourd’hui un score socialiste bien plus significatif (l’équivalent du résultat de 1988 du dit Mitterrand). C’était même une occasion qui était donnée au PS !
Mais une campagne qui, à force d’alterner recentrages ponctuels en fonction des publics et dérives droitières habituelles, ne laisse comme ligne directrice que le vote utile et la haine d’une personne, n’a pas été de nature à créer un tel élan : de quoi rafler les voix d’électeurs acquis d’avance à la gauche, au détriment de petits candidats et de quoi être au second tour ; pas plus. Un mauvais pilotage à vue ne fait pas un système de principes et de propositions identifiable.
Les derniers coups de main de la presse de gauche et les dossiers anti-Sarkozy ne relèvent pas de la et du politique. Les lieutenants de Sarkozy ont beau jeu de dénoncer une campagne « en creux ». On peut se mobiliser pour « voter contre », ce n’est guère enthousiasmant mais c’est déjà ça ! Encore faut-il incarner un minimum d’idées « contre » et pas seulement être la personne qui se trouve là. Et être une femme n’est pas un gage de pertinence et de modernité. Heureusement pour la cause féministe.
En continuant de nous faire rire jaune, beaucoup vont gloser sur une alliance avec l’UDF ou au moins multiplier les appels du pied. Un petit calcul à la rescousse : les 18% de Bayrou peuvent seuls nous sauver de Sarkozy. Comme si le vote Bayrou avait été pour l’essentiel un vote de gauche, et pas de fait un vote de droite, bénéficiant lui aussi du vide de la gauche. En réalité et en profitant de la peur de la défaite, il s’agira de ressortir une lubie : une alliance des « centres », après « l’Internationale démocrate » que réclamaient Clinton et Blair et sur le modèle de ce que prépare Prodi en Italie.
Les mêmes diront que le PS était encore trop de gauche et pas assez « réformiste » pour rassembler et gagner. Et d’autres au contraire, prétendront que pour « peser » sur le PS et réunir les déçus de la gauche, il faut continuer de jouer au gauchiste, à l’écologiste, à l’altermondialiste, au néocommuniste, à l’antiproductiviste, à l’antilibéral, à l’anticapitaliste… Les uns, volontairement, et les autres, involontairement, tirent dans le même sens : au centre, donc. Et c’est cela qui tue le PS et la gauche.
La « rupture » dont parle Sarkozy a en fait été initiée par Chirac (dès la cohabitation de 1986-88). Mais depuis
Pour en rester au siècle passé, la gauche a connu d’autres époques pénibles, peut-être plus noires encore que celle que nous affrontons : l’entre-deux-guerres n’a pas été facile, la révolution russe puis la guerre froide ont divisé le mouvement ouvrier, la période gaullienne a failli détruire le socialisme… Mais la passion de l’égalité, l’aspiration à la démocratie réelle, au progrès social, à la justice, n’ont jamais cessé d’exister et d’animer les Français. Il revient à la gauche de les porter. Seulement les sentiments politiques peuvent toujours être dévoyés et les suffrages détournés. Et notre peuple est sévère avec la gauche. La majorité l’abandonne quand elle n’est pas à la hauteur de son histoire et de sa mission. Cela ne condamne pas l’avenir, qui ne se limite ni aux deux semaines, ni aux 5 ans qui viennent.