Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
L’un des critères qui permet de distinguer un conservateur d’un républicain, un progressiste d’un partisan de l’ordre, c’est le sort qu’il réserve au principe d’égalité, dans l’absolu et par rapport à d’autres; dans le triptyque national « Liberté, égalité, fraternité » l’imposture néolibérale tend à privilégier le premier et le troisième au détriment du deuxième ; la vraie préoccupation étant de préserver la propriété, on comprendra aisément que le principe d’égalité, fût-ce en matière d’égalité des droits seulement, pose problème.
On tiendra pour nulle l’égalité des chances, car, le langage traduit bien cela, une chance se saisit, un droit s’exerce : donner sa chance n’est pas ouvrir un droit.
L’intention d’égalité est l’honneur de notre civilisation, cette formule de François Furet, est un bon guide pour qui veut se situer sur l’échiquier politique ou évaluer le programme d’un candidat.
La première règle d’une campagne politique, dans une perspective de continuité des rapports sociaux existants, est de persuader l’électeur de deux choses : son avis vaut celui de tout autre, sa situation personnelle est meilleure que celle de beaucoup d’autres.
Il ne sera donc pas question des dividendes versés aux actionnaires, pas question des indemnisations et des rémunérations indécentes et parfois crapuleuses de certains dirigeants d’entreprises, pas question du transfert des richesses créées du travail vers le capital, pas question des principes de solidarité redistributive qu’un impôt proportionnel et progressif sur le revenu des personnes physiques est le seul à permettre dans une société dans laquelle la fraternité est plus qu’un slogan.
On parlera des SDF, on promettra, on montrera mais on se gardera de rappeler que le droit à un logement décent dans notre pays n’existe pas, que des élus refusent d’appliquer une loi pourtant bénigne sur la construction de logements sociaux et que l’abbé Pierre a bien fait de mourir.
On oubliera surtout de faire état du retard, de notre pays en général et de notre capitale en particulier, en matière de palaces, c’est-à-dire d’hôtels « cinq étoiles ». Il y a aujourd’hui 8,7 millions de milliardaires sur la planète, de la vieille Europe, de l’Amérique du Nord mais aussi des pays qui comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine fabriquent des riches en série dans une atmosphère de corruption, de brutalité et d’inégalité médiévales. Sans omettre les monarchies pétrolières !
Pourtant Paris se réveille, nous apprend le JDD (08/04/07) et des investisseurs avisés ont vu comme une opportunité : l’ancien Majestic, devenu centre de conférences est vendu 404 millions d’euros et le transformer en palace coûtera pratiquement autant ; rien au-dessous de 700 euros la nuit et un hôtel parisien va ouvrir une suite à 8000 euros.
On ne résoudra pas la misère des uns par la spoliation des autres, mais quel milliardaire l’est devenu par « son travail et son épargne » ? Comment entendre parler sans rage des expatriés fiscaux ? Quel monde déshumanisé envisagent les chantres d’un libéralisme sans frein ? Comment trouver « normal » que l’un puisse jeter 25 millions de dollars pour un voyage égoïste dans la stratosphère et que la pays de ce pseudo aventurier ait la sécurité sociale la moins juste et la moins égalitaire de tous les pays de l’OCDE ? Pour donner des idées à Sarkozy et à sa franchise sur les soins ? Pour aider la recherche scientifique russe ?
Les thèmes auxquels les Français attachent du prix dans cette camapgne sont l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement, les services publics, l’éducation, bref la sécurité sociale. N’ayons pas peur de redire que l’idéal de la Gauche c’est l’Etat-providence et que les moyens de le faire vivre sont disponibles. Le vocable n’a rien de ringard et il est porteur d’espérance.
JPB