Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
A Porto les 7 et 8 décembre les socialistes européens sont arrivés à la conclusion qu'il fallait réconcilier les citoyens avec le projet européen et donc construire vraiment une Europe sociale.
Sans vouloir être méchant, on pourra faire remarquer que c'est précisément cela, plus que l'idée même de nation, qui a conduit au rejet du TCE le 29 mai 2005 par deux des pays fondateurs de l'Union.
Il est temps donc de reparler de l'Europe sociale et d'en parler avant le 22 avril 2007.
Rappelons cependant que la construction de cet ensemble original et au statut composite a démarré sur des projets économiques: la reconstruction après la guerre, l'abaissement progressif des barrières douanières, la mise en place d'un marché commun, la liberté de circulation des marchandises et des capitaux, la liberté d'installation mais le tout pendant longtemps sans bouleversement visible des principes juridiques de chaque Etat, bien que très tôt la cour de justice ait prétendu étendre sa saisine à des questions dont la présence dans les traités relevait de l'imagination pure et simple.
La construction de la monnaie commune et la disparition de l'URSS ont accéléré avec la complicité de tous les gouvernements ces processus biaisés d'empiètement sur les compétences des Etats et en particulier en matière sociale.
L'idéologie néo-libérale a subrepticement converti des bases de développement économique en carcan social au nom d'une concurrence érigée en principe moteur. Une déclaration parfois a rappelé un doute, "une économie de marché oui, une société du marché, non", mais la plus grande pente a entraîné le flot.
C'est donc une entreprise d'ampleur qui est devant nous, d'autant plus difficile à conduire qu'elle doit en fait inverser une tendance dominante depuis un demi-siècle.
Quand les Etats laissent définir en dehors du cadre de leur propre légitimité, c'est-à-dire le suffrage de leurs citoyens, le champ sur lequel ils peuvent intervenir, la démocratie est en cause; la fonction publique, les services publics, les politiques d'éducation et de santé, les droits des individus et en particulier les droits des salariés, au moins au même titre que le droit de propriété, sont des conditions de la vie économique, elles n'en sont pas des sous-produits soumis aux règles qui l'animent.
Redonner confiance dans l'Europe, cela suppose d'abord qu'aucun habitant d'aucun pays de l'Union ne verra ses droits diminués au nom d'un consensus possible des moins avancés d'entre eux en matière sociale.
Il ne s'agit pas de nier ce qu'on appelle la mondialisation, il s'agit de se souvenir que ce n'est pas l'économie qui a imposé et mis en oeuvre la spoliation de la propriété collective en ouvrant les réseaux à la concurrence et à la privatisation mais bien des décisions politiques, que ce sont encore des décisions politiques qui déterminent les fiscalités auxquelles sont soumises partout dans le monde les entreprises, que ce sont enfin des décisions politiques qui autorisent le commerce de produits fabriqués par des enfants-esclaves dans des pays où ce sont des décisions politiques qui permettent l'apparition de milliardaires sans vergogne et de systèmes mafieux dans une corruption omniprésente.
Faire de l'Europe, dans un tel monde, un modèle enviable passe par la conviction de chacun des Européens qu'il doit lui-même y gagner, avec son peuple et les autres peuples d’Europe. Cela suppose vraiment du courage politique et de la rigueur morale. Autrement dit de la vertu.
JPB