Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
( du fond de ma détresse, je crie vers toi)
Hélas, ce cri est naturellement celui de l'enfant blessé, de l'amoureux navré, du chrétien inquiet, du malade désespéré, du misérable tombé, mais c'est le cri de l'amour déçu, de la passion, de la souffrance, de la foi, ce n'est jamais le cri de la raison. La raison ne crie pas.
Ne pourrions nous avoir au pays de Descartes et des Lumières une campagne conduite en raison?
Aujourd'hui, hasard du deux décembre, quarante candidats potentiels ou certains ont fait connaître leur dévouement à l'intérêt public et général. Cette ambition est recevable dans une république de citoyens égaux en droits et en devoirs, c'est même ce qui nous a fait écrire, pas simplement par goût de la provocation, que le tirage au sort au moins évitait les grands frais des campagnes et des jeux de cirque ou de théâtre qui vont avec.
Que faut-il pour revenir à la raison?
La première condition pourrait être la justesse d'un diagnostic: la société française est grippée, au moins pour beaucoup de ses membres, quelle est l'origine du mal?
La deuxième serait alors, la volonté réelle d'y porter remède, et c'est là que commencent les embarras.
Si le diagnostic est honnête, soucieux à la fois du sort des personnes et du développement de leur communauté, si l'on préfère, soucieux à la fois de la France et des Français, le choix portera sur la manière de répartir les efforts nécessaires. Mais le diagnostic peut être lui même plus ou moins complet et l'imputation des causes de nos disgrâces plus ou moins justes.
La France est endettée, vit à crédit et fait porter sur les générations futures un fardeau gigantesque? Mais qui dit cela? Qui sont les créanciers du pays? En majorité des Français et tous les ans une part importante du PIB est investie ou placée. Alors c'est de solidarité et de répartition des richesses créées qu'il faut parler.
La durée de vie augmente, le nombre d'actifs diminue par rapport à celui des inactifs? Qui dit que le creusement des inégalités, la diminution drastique des revenus programmés des futurs retraités ou l'allongement de leurs activités professionnelles, au détriment probable de leur qualité de vie, va continuer à permettre un allongement généralisé de l'espérance de vie? On a connu aux portes de l'Europe un grand voisin qui prouve qu'à l'occasion d'un temps des troubles une population peut s'étioler. Veut-on moins d'enfants? C'est de justice sociale, de droit du travail et de droit au travail, du droit au logement, d'une politique de santé publique qu'il faut parler et non pas d'un financement de la protection sociale, de flexibilité et de risque, de l'ISF ou des droits de mutation du patrimoine.
L'avenir est dans la formation, la recherche, l'élévation des qualifications et de la culture, du moins pour ceux qui souhaitent une société où les mots de démocratie et d'égalité des chances aient un sens positif? Alors il faut dire quelle part du PIB on consacre à cette construction d'un avenir meilleur et d'un élan de notre économie, quel respect visible sonnant et trébuchant on accorde à des professeurs dont les missions sont dévalorisées ou abâtardies depuis des lustres? Oui, nous vivons dans un temps où le respect que la société porte aux individus se mesure à la lecture de leur bulletin de salaire. Qui peut croire que l'effort sur l'éducation passe par la caporalisation, l'accroissement de la charge de travail, la diminution de l'offre et le mépris des maîtres? Qui peut croire que le pilotage à court terme de la recherche et de l'Université par le secteur privé dont la priorité est la rémunération d'actionnaires pressés est la bonne réponse pour une ardente ambition?
La langue structure la pensée? Le grand projet de la francophonie est tombé dans la restriction des crédits, la recherche du dépaysement ou des sinécures, les ambitions mesquines et l'absence d'élan. Nos représentants ne se battent même plus dans les enceintes où le français est langue officielle. De l'arrogance à l'abandon, dure chute.
Quarante? Si seulement nous pouvions entendre une fois des réponses sensées à ces quelques questions, des encouragements crédibles face à des doutes fondés. Nul sauveur en politique auquel chanter qu'il est le jour et la lumière, mais la lumière de la raison tarde à venir dans le débat public.
JPB