Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Ce week-end une instance du parti socialiste, le nôtre donc, entérine l'élection par une majorité d'adhérents du porte-drapeau retenu pour la présidentielle de 2007. Nous avons assez clairement exprimé l'idée que la personne ainsi choisie n'était rien et que son principe était tout; cela ne signifie nullement que les talents personnels n'ont aucun rôle à jouer dans une campagne politique, cela signifie simplement que depuis 1793, ce qui compte c'est la Nation et non un lien d'allégeance envers ses représentants.
Il se trouve que la création et l'organisation des partis politiques comme intellectuels collectifs, comme lieux de débats, comme laboratoires d'idées, comme représentants des citoyens sont une idée de gauche, consubstantielle de l'idée de république et précisément éclose au moment où les républicains dans ce pays ont gagné la lutte contre les diverses formes monarchiques expérimentées au cours du XIXème siècle.
Les partis concourent à l'expression des suffrages parce qu'ils permettent de les motiver, de les éclairer, de leur donner sens.
La droite s'est longtemps passé de parti organisé, disposant d'un corps de doctrine et, lorsqu'elle y est venue, avec les règles de la démocratie formelle, elle s'est, en France en particulier, réfugiée derrière les mots d'union ou de mouvement, y compris lorsque ces vocables ne servaient qu'à désigner une machine électorale au service d'un personnage, charismatique ou non.
Une société politique, a priori une démocratie véritable, a besoin de partis porteurs de projets et d'utopie mobilisatrice.
"Le pays le plus libre est celui où un plus grand nombre de fonctions publiques peuvent être exercées par ceux qui n'ont reçu qu'une instruction commune", c'est ce que disait Condorcet et c'est bien sur cette idée forte qu'il fondait la nécessité d'une instruction publique capable d'apporter à chacun les lumières nécessaires pour que son suffrage soit "difficile à surprendre".
La fonction première d'un parti, c'est d'être, en matière d'instruction dans les sciences politiques, le complément requis à la formation citoyenne délivré dans les établissements publics.
C'est pour cela qu'une campagne politique doit se faire avec des citoyens mobilisés sur des idées, avec des militants porteurs d'une parole, avec des élus porteurs d'exemple.
C'est pour cela que les responsables publics d'un parti, a fortiori lorsqu'ils sont investis de mandats électifs, ce qui à vrai dire n'est pas nécessaire, doivent être au sens propre impeccable.
C'est pour cela que l'ambiguïté ou les tergiversations sur des valeurs ou des principes sont anormales.
Ce qu'un président de Conseil Régional peut dire est plus grave que ce que dit même un amuseur public en dérive.
Il ne s'agit pas de dénier à quiconque les droits à sa propre défense, il s'agit de rappeler que la répétition d'errements tonitruants sans aucune sanction crée l'idée de l'impunité.
Ce n'est pas ce qu'attendent aujourd'hui les Français qui souffrent, les Français mal logés, les Français chômeurs, ceux qui peinent à joindre les deux bouts du mois, ceux qui croient qu'une élection peut changer leur vie, ceux qui savent d'expérience que ce n'est pas le cas, tous ceux pourtant qui pensent à leur dignité.
Rendre le pouvoir aux citoyens, c'est d'abord faire du parti une école de vertu et non un club de supporters.
A cela, la droite parvient fort bien.
Nous parlons, nous, la gauche, de justice et de progrès de l'esprit humain. Il ne reste que cinq mois ...
JPB