Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Il arrive qu'une oeuvre artistique, porteuse de sens soit justement porteuse de sens multiples. Ce qu'on croit enraciné dans une histoire particulière peut avoir une portée universelle et quelquefois, comme par miracle traduire une réalité autre que celle qui imprégnait l'auteur et éclairer une autre réalité. Le film de Stephen Frears illustre cette conjonction imprévue.
L'origine du film, sinon son projet, est l'extraordinaire hystérie qui, à l'annonce de l'accident mortel de Diana, a saisi un peuple anglais sonné par dix-huit ans de thatchérisme et qui vient d'élire, après le pâle et bien oublié John Major, le flamboyant Tony Blair; un peuple qui projette dans le leurre d'un deuil qui n'aurait pas dû le concerner, l'écroulement d'un de ces rêves qui aident à vivre.
Entre une couronne meurtrie par le comportement hors des gonds d'une princesse au coming-out ravageur et une opinion noyée dans un quotidien peu glorieux, se confrontent en fait d'un côté l'institution qui justifie, la verticalité qui transcende, la durée qui légitime et de l'autre l'écoulement sans principe, la trivialité du court terme, l'horizontalité du banal et de la mode sans racine.
Quelques scènes d'anthologie mettent en évidence que le 10ème premier ministre de la reine n'était pas nihiliste et que la reine sait lire les symboles.
Avec moins de noblesse et sans l'excuse d'une aberrante douleur, à une échelle moindre mais peut-être avec des conséquences plus faciles à appréhender, nous venons de revivre cela en France.
L'adhésion à une personne, elle-même privilégiée, elle-même parfaitement intégrée au fonctionnement du système, dont rien dans son oeuvre passée ne permet de comprendre l'engouement qu'elle suscite, l'adhésion à une personne, pour un discours imprécis et contredit, l'adhésion à une personne dans un parti qui précisément a bâti son histoire sur la solidarité collective...la nuit de la raison!
Mais un peuple anxieux devant un avenir brutal, une jeunesse assurée d'avoir à travailler plus longtemps sans garantie de pouvoir le faire! Un peuple dont les réflexes et la mémoire ont été érodés par la marée d'un présent sans origine et sans perspective et qui cherche dans le culte d'une icône l'absolution de sa propre faiblesse; car de quel peuple parle-t-on? Celui qu'un Etat-spectacle veut réduire au rôle de consommateur, d'images aussi?
Une image n'est pas un symbole: le renouveau, l'esprit de révolte, l'insoumission? Ce n'est pas la foi qui apporte la preuve.
Le casting du remake français de ce film "politique" permet de comprendre qui joue Diana.
Car de reine, certains l'ont oublié, nous n'avons pas. La légitimité se gagne en France par le dévouement des élus, as par la dévotion de leurs électeurs.
JPB