Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
La proposition pas très bien ficelée mais assez bien vendue (pourquoi les élus auraient ils « peur du peuple ? » tant qu’on ne précise pas le sens du mot peur, voire celui du mot peuple (citoyens ? habitants ? contribuables ?) ça marche !) ne pose pas seulement un problème de philosophie politique aussi vieux que la république : entre deux élections qui est souverain ? le peuple ou les élus chargés, par délégation, de parler et d’agir en son nom ? Elle tranche aussi entre les divers types d’élections.
Certains, favorables à l’idée, ont invoqué la pratique de la démocratie athénienne où le tirage au sort pour un an concernait 500 citoyens de la cité, chargés de participer aux travaux de la boulê, véritable exécutif par sa permanence et ses responsabilités. Délibérant en séances publiques la Boulê élisait une commission permanente, les prytanes qui agissaient au nom de tous.
Du sein de ces prytanes tous les jours était élu par tirage au sort un président, l’épistate qui, présidant à la fois la boulê et l’ecclésia, assemblée de tous les citoyens lorsqu’elle était réunie, était le chef de l’Etat : oui, pour un jour ! Quand on songe au coût d’une campagne présidentielle, le tirage au sort assurément permet de solides économies !
Pourquoi au fond personne n’a proposé de tirer au sort le chef de l’Etat, et pas pour un jour ? Ca ne ferait pas sérieux dans le concert international ni auprès des électeurs ? L’idée que chaque citoyen pourrait l’être ne motiverait pas ceux-ci pour un surcroît d’esprit civique? La technicité de la fonction justifie qu’elle soit exercée par un professionnel de la politique? La complexité de nos sociétés rendrait ce système peu efficace voire dangereux ? L’appareil administratif de l’Etat pourrait manquer de loyauté ou de compétence pour suppléer aux carences possibles de cet élu ?
Mais alors pourquoi mettre en avant l’idée que la légitimité politique repose sur la life politics chère à M.Blair et à ses conseillers, qui partant des problèmes du quotidien aboutit à nier dans l’esprit public la hiérarchie des problèmes et à sombrer dans le relativisme en mettant sur le même plan ce qui est immédiatement perçu par les citoyens, l’absence de transport en commun, l’incivilité, la surcharge des prisons, la fermeture d’une école ou d’une structure hospitalière et les implications de la privatisation de GDF , d’une politique d’allègement des charges, de la réforme des retraites ou de la construction d’un second porte-aéronefs ?
Comme il existe des contraintes lourdes dans le fonctionnement de l’Etat ou de toute collectivité, une certaine forme d’usage de la démocratie participative nie allègrement la notion de représentativité des corps intermédiaires, de choix libre des citoyens (ah, le dialogue social à la française !) et justifie mécaniquement, pour des raisons techniques, le renforcement du pouvoir politique, à tous les échelons. Et de reddition des comptes ou de contrôle citoyen, il n’est plus question entre deux élections.
Chacun sait pourtant qu’il faut réconcilier le peuple avec ses mandataires : l’une des réponses tient dans leur rotation non pas seulement pour une question de style ou de génération, car cela c’est plutôt le degré zéro de la politique, mais régulièrement, par l’interdiction réelle du cumul et par la limitation de durée d’un même mandat . Ce n’est pas un exemple de démocratie parfaite que de voir à la tête d’une municipalité dans une ville où le corps social est assez étoffé, le même maire pendant trente ans ou davantage ; ce n’est pas d’une bonne gouvernance d’exercer à la fois une fonction de législateur ou de ministre à Paris et de diriger un exécutif local : la connaissance du terrain ne garantit nullement qu’une expérience particulière puisse être généralisable et, c’est du moins encore dans le premier article du Titre premier de la Constitution (De la souveraineté, et ce n’est pas rien), la République est une et indivisible et ce n’est que son administration qui est décentralisée.
Le basculement dans une démocratie d’opinion va loin, il ne semble pas cependant que le concours des partis à l’expression des suffrages soit remis en cause, mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? JPB