Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Dans la campagne interne du PS, Dominique Strauss Kahn se démarque en se qualifiant de « social-démocrate ». Sa définition, pour le « commun », de la social-démocratie, relève de la grossièreté et de la malhonnêteté intellectuelles : « le social comme priorité et la démocratie comme méthode ». Allons bon ! Comment ne pourrait-on pas être social-démocrate ?
Mais l’essentiel n’est pas dans la posture que se donne DSK. Aux yeux de tout ce qui nous sert de médias et d’intelligentsia des classes moyennes aisées, la connotation positive du terme de « social-démocrate » en fait une sorte de talisman magique, pour opposer la gauche réformiste, pragmatique et efficace à la gauche marxisante, archaïque et dépassée. Pour paraître encore plus « moderne », on ajoute une louche de la thématique du « contrat » opposable à la primauté de la loi et le (mauvais) tour est joué.
Mais avant de laisser DSK reprendre à son compte une notion aussi large et importante que la social-démocratie, ne faut-il pas s’interroger sur la légitimité de son utilisation ? A ce propos, citons un passage d’un ouvrage publié récemment, intitulé Le modèle danois. Un détail : son auteur, Mogens Lykketoft a été le ministre social démocrate des finances de 1993 à 2000 et le chef du parti social-démocrate de 2002 à 2005. Voilà ce qu’il écrit à la page 58 (que n’a pas dû lire son préfacier, un certain Michel Rocard, toujours prompt à vanter l’absence de recours à la loi) : « Le mouvement syndical a fait un bon bout de chemin dans la négociation avec le patronat pour garantir des meilleurs salaires et conditions de travail. Là où le chemin vers des accords ne laissait pas suffisamment de marges de manœuvre, les alliés politiques du mouvement syndical prenaient la relève. […] Dans certaines situations, les sociaux-démocrates ont légiféré afin que les améliorations, à l’origine, convenues lors des accords collectifs, s’étendent à tous les travailleurs pour que tous puissent en bénéficier, qu’ils aient été membres de syndicats puissants ou faibles, voire pas syndiqués du tout. »
Ce court extrait suffit à montrer deux choses à ceux qui se croient « sociaux-démocrates ». Premièrement, même en terre social-démocrate, la loi conserve une supériorité de principe, puisqu’elle universalise les droits (sociaux). Notons que le mot « contrat » n’est même pas utilisé ici, puisqu’il est question de « négociation » et « d’accords » qui ne se constituent pas un principe politique comparable et opposable à la loi : un bon social-démocrate n’est ni un libéral, ni un libertaire. Deuxièmement, négociations et accords n’ont de sens que s’ils sont des outils favorables aux syndicats.
Il faut rappeler que la social-démocratie est issue du marxisme (beaucoup plus que le socialisme français), et que si elle a évolué vers un compromis quasi-institutionnalisé Capital/Travail, c’est bien à la condition que les rapports de forces sociaux soient favorables, a priori, avant le compromis, au Travail. Ceci tient à la structure et à la forme d’organisation du mouvement ouvrier dans les pays de social-démocratie : un syndicalisme de masse ; l’unité syndicale et partisane du mouvement ouvrier ; le lien consubstantiel entre syndicat et parti ouvrier. C’est tout cela qui fait la spécificité de la social-démocratie, bien plus que des supposés acquis idéologiques : Schroëder et Lafontaine sont tous les deux des « sociaux-démocrates » et n’ont jamais eu grand chose en commun sur le plan des idées.
On peut rappeler également que dans les pays marqués par la social-démocratie, le financement des droits sociaux obtenus par le mouvement ouvrier s’est fondé sur l’impôt direct et progressif, et que DSK est partisan d’une augmentation de la TVA.
DSK entend-il donc servir de relais aux syndicats, et à quels syndicats étant donné la division du syndicalisme français ? Et sur quelles bases et sur quels objectifs entend-il fonder le dialogue social ? A-t-il remarqué qu’après 5 ans de libéralisme à marche forcée, le rapport de force social n’était pas des plus favorables au Travail ? Ou pense-t-il que sa présence au pouvoir renversera ce rapport, en s’en remettant au « contrat » entre les partenaires sociaux ? Le réformisme et le « contrat » tiennent-ils lieu pour lui de programme de gouvernement ? Pour se prétendre porteur d’un socialisme de la « vérité », comme si cela était un concept politique, il faut d’abord faire preuve de clarté et d’honnêteté.
SB