Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Pauvre France…et France pauvre.
Tout homme politique un peu cultivé, admettons que cela devienne rare, connaît cette phrase d’un Premier Ministre de Sa Gracieuse Majesté à l’époque victorienne : « En politique il existe trois sortes de mensonges : les gros mensonges, les petits mensonges et les statistiques ». Cela ne signifie pas que les chiffres sont faux, cela met simplement en doute les méthodes qui aboutissent à leur confection et l’utilisation qui peut ensuite en être faite en direction de l’opinion publique.
On peut toujours ainsi mettre en doute telle ou telle compilation et interprétation de données publiées par l’INSEE, mais on peut aussi s’en servir.
Lorsque l’enquête Revenus fiscaux et sociaux de l’année 2007 fait apparaître que la moitié des Français disposent de moins de 1500 euros par mois, puisque le revenu médian, celui au dessus et au dessous duquel se retrouve à 50/50 la totalité de la population a été en 2007 de 18 170 € par an soit 1510 € par mois, on ne manquera pas d’en tirer quelques conclusions sur la réalité sociale du pays.
Ainsi 10% des ménages les plus modestes se contentent au plus de 10 010 €, les 10 % les plus aisés bénéficiant de 33 900 € ; l’écart entre ces deux déciles est tenu pour stable depuis plusieurs années. Mais il faut préciser les conséquences de ces données brutes : les 20% les mieux lotis représentent également 38,2% de la « masse des niveaux de vie », les 20% des ménages les plus pauvres se partageant 9 % de ladite masse !
L’écart paraît soudain plus significatif.1% des salariés les mieux rémunérés, 130 000 personnes ont en revanche un revenu annuel brut supérieur à 119 940 €.
Les rapports de la Cour des Comptes se sont interrogés sur la taxation des salaires des dirigeants d’entreprises, du point de vue des charges sociales, sur la nature salariale ou pas de certains revenus des patrons en général, ceux du CAC 40 en particulier. Un article récent attirait l’attention sur le nombre de salaires de base que représentait la rémunération d’un grand patron voici 20 ans et aujourd’hui : on est passé, de mémoire, dans le cas cité de 1 à 39 à 1 à 88 ; cela concerne peu de personnes mais ces écarts ne sont ni moralement, ni politiquement, ni économiquement justifiables…
On n’en est peut-être pas au cynisme des patrons de Goldman-Sachs qui prétendent qu’il faut rétribuer « la matière grise des banquiers » et se posent la question de savoir si l’on aurait dû brider le salaire de Bill Gates ; mais outre que les revenus de Bill Gates depuis longtemps n’ont plus rien de revenus « salariaux », il est à peu près impossible de démontrer que les performances d’une banque sont liées à la qualité de la « matière grise » des banquiers, patrons ou traders ; sauf à penser que se seraient glissés dans la masse quelques crétins…
Autrement dit et en définitive toute justification d’un salaire exagéré est pur cynisme, en France aussi. Qui dira ce qui est exagéré ? Comme pour un crime : est exagéré, ce qui heurte un état fort et défini de la conscience collective.
Le passage par un salariat « ultraperformant » pour constituer l’accumulation primitive d’un capital, dont la rémunération n’aura plus aucun aspect salarial, n’est qu’une forme certes sophistiquée, mais particulièrement immorale de prédation.
On nous dira que le capitalisme ne fonctionne pas selon des critères moraux ; ce qui est vrai…Cela ne rend pas toutes ses conséquences acceptables par l’opinion de la majorité.
En effet ce qui est grave et que montrent ces statistiques de l’INSEE, c’est que la pauvreté ne diminue plus ; le seuil de pauvreté est fixé, c’est un arbitraire bien sûr, à 60% du revenu médian, soit à 910 € et cela concerne plus de 8 millions de Français, 13,4% de la population.
Réduire d’un tiers le taux de pauvreté d’ici 2012, engagement de N.Sarkozy, paraît un objectif d’autant plus hors de portée que la politique de « réforme » de la majorité affaiblit les mécanismes de redistribution par une politique fiscale toute favorable aux plus privilégiés des privilégiés.
Et cela se produit dans un temps où l’emploi rétrécit, faute entre autres raisons d’un plan de relance à hauteur des besoins, dans un temps où les transferts sociaux sont remis en cause faute d’un élargissement de leur base de financement, dans un temps aussi où la question des retraites est reposée dans les mêmes termes qu’en 1993, 2003 ou 2007.
La solidarité n’est plus nationale et intergénérationnelle, mais entre les seuls salariés pourvus ou non d’emploi, alors que les effets des réformes précédentes aboutissent à une dégradation visible et continue des taux de remplacement, en particulier pour les femmes, donc à un appauvrissement programmé des retraités.
Le parti socialiste se pose parfois la question de son identité ; la réponse est dans son choix déjà ancien, le choix du réformisme.
Mais le réformisme doit être compris comme une meilleure solution que la Révolution et non pas comme l’adaptation, par une droite de moins en moins soucieuse de l’intérêt général et de plus en plus dépourvue du sens de l’Etat, des institutions et de la société aux intérêts à court terme, et mondialisation ou pas, en ce domaine c’est toujours le court terme qui l’emporte, du capitalisme triomphant, y compris par les catastrophes financières qu’il engendre et les crises durables qui s’ensuivent..