Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Qui veut la peau du PS ?
C’était aujourd’hui le titre d’une émission de la 5. Cette émission a la réputation auprès de gens distraits ou peu exigeants quant au fond, d’être une émission d’information dans laquelle des questions de bon sens seraient posées… L‘insistance des deux animateurs de ladite émission à ne jamais poser de questions qui risqueraient de remettre en cause le système politique, économique ou social dominant, et à vrai dire seul actuel, montre pourtant que d’information relayée par une analyse politique critique ou au moins diverse, il n’y a généralement pas.
Ou exceptionnellement !
La polémique menée par des amis et ennemis du PS, autour d’un courrier bénin de Martine Aubry à un ambitieux pressé, mais pas seulement, soyons justes, on s’est aussi empressé de donner l’apparence d’un concept à des propositions du trublion en question, fut donc le prétexte pour réentendre, par exemple, le sempiternel faiseur de l’Express ou le très peu marxiste Grunberg, … Mais bien sûr, Marx est dépassé…
Faut-il changer le nom du PS ?
Et donc renoncer à l’histoire du mouvement ouvrier français, il est vrai mal et de moins en moins connue des citoyens et futurs citoyens, vu les programmes assez débilitants imposés par des spécialistes du « politiquement correct » dans les collèges et lycées ? Faut-il renoncer à faire un peu de philosophie politique et à expliquer le sens même du mot social-démocrate ? ou celui du mot socialiste ? ou encore du mot communiste ? Sous prétexte que l’utopie libératrice dont ils pouvaient être porteurs a été en partie dévoyée dans des systèmes politiques qui ne furent ou ne sont, car certains perdurent, ni républicains, ni démocrates ?
Mais au rythme où l’on transforme l’histoire enseignée en propédeutique à toute consommation de l’éphémère, on peut douter que d’ici peu nos jeunes générations sachent encore qu’il y eut une URSS, un bloc de l’Est, un goulag, voire une Seconde guerre mondiale dans laquelle la Russie, comme disait De Gaulle qui, lui, savait l’Histoire, joua un rôle déterminant dans la chute du nazisme…
Les mauvais souvenirs que les contempteurs du communisme attachent globalement au mot socialiste, oubliant l’espoir émancipateur, ne seront bientôt plus rien, sauf s’ils sont, dans un but idéologique évident, ressassés et seuls ressassés…
Changer de nom, c’est changer d’identité. C’est même pour cela que notre état-civil ne connaît que le nom de naissance, quoi qu’en pensent ou disent certains féministes obsessionnels.
Un parti, c’est donc fondamentalement une machine à prendre le pouvoir, à structurer le débat politique, à permettre un fonctionnement régulier des institutions politiques d’une nation ou d’un système plus complexe (charité oblige) comme l’Union Européenne.
Un parti c’est donc une « administration » qui, concourant à la formation de l’opinion, de la citoyenneté en actes, a besoin de militants, d’intellectuels, de réflexion collective… et d’abord d’un fonctionnement accepté par ses constituants.
Cela suppose aussi une doctrine, appelons cela grille de lecture, capacité d’analyse, philosophie politique, idéologie structurante.
Bref une identité.
Vouloir changer de nom, c’est donc bien en quelque sorte vouloir changer d‘identité ; la démarche n’étant pas neutre, il convient de s’interroger sur les composantes de la nouvelle identité recherchée, en termes de projet comme de corps de doctrine.
Rien dans ce que nous avons pu lire ou entendre des partisans d’un tel saut, n’ouvre des perspectives probantes quant à une transformation progressiste de la société française, a fortiori quant à la construction d’une Europe sociale.
Primaires in et primaires out
La période 2005/2006 a permis de comprendre que le recours à des primaires internes pouvait recouvrir en fait un appel à l’opinion externe ; dans un cadre où précisément il ne s’agit pas de toucher aux bases du système économique et social, le rôle des media et l’utilisation des sondages ont montré que contourner un appareil militant appelé Parti était non seulement possible mais en parfait accord avec les règles de fonctionnement de l’état-spectacle et la pratique du story telling.
On a pu en tirer aussi l’enseignement que la hauteur et la profondeur du débat politique n’y avaient rien gagné.
La question des primaires, reliée cette fois à l’histoire pieuse que représentent le « surgissement » et l’élection d’Obama, ne renouvelle pas franchement les données du problème.
L’appel à des primaires externes pour donner aux électeurs un candidat qu’ils auraient « envie » d’essayer, ne règle pas au fond la question de la construction d’un projet alternatif ; l’incarnation d’une politique par un candidat « désiré » évacue par exemple l’anomalie d’une telle incarnation dans un régime républicain ET démocratique ; elle fait tout reposer sur la qualité supposée d’un individu, fût-il capable de s’entourer d’une équipe compétente, efficace, voire pluraliste dans le détail.
Autrement dit, dans ce cas, la notion de démocratie n’implique que de manière subalterne la participation des citoyens à l’élaboration des choix politiques et les cantonne dans une délégation de pouvoir relookée.
Un parti sert entre autres choses à permettre à des citoyens de militer, c’est-à-dire de peser, d’agir et d’exister vraiment en politique. Les seuls vrais citoyens ne seraient-ils donc finalement que les citoyens militants, que ce militantisme s’exerce dans un parti, un syndicat, une association ?
Il faut bien avouer que la question des primaires ne concerne directement que des personnes déjà investies de mandats électifs et comme telles, connues du public.
Elle est un jeu de dupes pour les militants et les citoyens ordinaires : même si on veut croire que l’actuel président des Etats-Unis arrivait à point pour marquer, dans son pays, un changement visible et sans doute nécessaire, il ne venait pas de nulle part .
La question est donc bien de savoir si aujourd’hui le Parti socialiste est un parti de militants ou si, rassemblement d’élus badgés par auto-reproduction, il est devenu en fait un lobby politique indéterminé dans son orientation.
Les « valeurs » ne sont pas une doctrine.
L’ouverture politique de l’actuel président de la République manifeste à la fois une réelle habileté et une vacuité doctrinale chez ceux qui devraient porter la possibilité d’une alternative ; sauf si l’on croit qu’une seule politique est possible, que l’union nationale est un impératif et que la question n’est pas l’alternative mais la simple alternance… Le risque majeur étant qu’on peut ainsi le faire croire…
Or si la présidentialisation du régime aboutit à cela, elle doit être combattue au lieu d’être accompagnée car elle est un déni de la République et de la souveraineté des citoyens, à peine convoqués dans les comices pour ce qui pourrait être avantageusement remplacé par des tirages au sort.
Les lois votées depuis 2007, et pas mal de celles votées depuis 2002, n’ont en rien approfondi ni amélioré le caractère démocratique de nos institutions.
Il est arrivé que le PS sache s’y opposer, même si hélas il en a aussi laissé passer voire approuvées !
Ce qui compte ce n’est pas de savoir s’il existe au PS quelqu’un apte à battre Sarkozy.
Ce qui est nécessaire c’est de donner le pouvoir au peuple, et cela ce devrait être un objectif pour un parti socialiste, voire simplement un parti de gauche !