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Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.

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BHL dans le JDD!!! et revue de presse des 18 et 19 juillet

 BHL revisite les mythes de la résurrection… ou pourquoi «  le PS doit disparaître ! »

 

Mourir pour renaître nouveau et sauvé. Ou tuer le PS pour battre la droite en ressuscitant la gauche ! Ou le contraire… Car en fait, nonobstant la citation de Maurice Clavel, on a rarement vu la droite battue par qui aurait au préalable brisé la gauche. L’histoire de l’Allemagne des années 30 ne suffirait donc pas pour s’en persuader ?

 L’interview de Claude Askolovitch dans une page complaisamment offerte à B.-H. Lévy par le JDD du 19 juillet montre que les grandes manœuvres pour asseoir durablement en France une alternance politique qui ne touche à rien d’essentiel pour  les mécanismes de prélèvement de plus-value virtuelle mais finalement « réalisée » sont ouvertes.

Les élections présidentielles de 2007 avaient clairement mis en évidence que pour une part considérable du personnel politique, y compris pour ceux qui se disaient de gauche, l’horizon indépassable d’une vie politique convenable se résumerait désormais à un échange de fonctions à intervalles réguliers entre personnes de bon sens, dans une continuité de bon aloi sur les principes généraux d’organisation de la société.

Autrement dit la fin de l’histoire et la transformation du seul parti apte à gouverner en lieu et place de la droite institutionnelle, en parti  « démocrate » à l’américaine.

Mutatis mutandis tout de même car les Français sont attachés à quelques principes devenus institutions comme la solidarité nationale, la sécurité sociale, l’éducation nationale, les services publics, la laïcité… mais rendre hommage à ce qu’on vide de contenu sous couleur de réforme n’a jamais fait peur à un politicien ordinaire.

L’un des problèmes est d’ailleurs là ; la crise de la société française se manifeste aussi par la médiocrité de ses élites politiques, réactions d’appareil ou d’opinion manipulée contre telle personnalité, comprises.

 Et nous ne comptons pas parmi ces personnalités qui émergeraient du tout–venant celles que BHL énumère…

Ni Royal, ni Valls, ni Strauss-Kahn ne paraissent en mesure de tenir un autre rôle que celui déjà joué avant eux, avec les résultats que l’on sait, par les leaders, dans un passé récent, des travaillistes britanniques, des socio-démocrates allemands ou de la gauche italienne, quant à elle perdue corps et biens !

 

Un intellectuel qui se mêle de ce qui ne le regarde pas

 Cette définition sartrienne de l’intellectuel n’a en soi rien de particulièrement choquant, si l’on considère qu’un intellectuel assume rarement des responsabilités politiques au point de passer de l’analyse ou de l’incantation à l’action, ou, si l’on préfère, du dire au faire.

 Ce qui est plus gênant dans l’interview c’est la fâcheuse impression de hurler avec les loups, qui émane des prises de position d’un homme à propos duquel on peut toujours et encore poser la question préjudicielle, « d’où parle-t-il ? »

 On a assez souvent noté l’effacement de l’intelligentsia pour ne pas se contenter d’un BHL,  parlant  seul, au nom de ce qu’il en subsisterait.

 La maîtrise des media par cette personnalité n’a d’égale que la certitude, pour eux, de s’assurer en l’invitant quelques bons mots et formules de choc. Cela ne suffit pas nécessairement à donner un contenu pertinent, intellectuellement honnête voire moral à ses propos!

 BHL,  en bon professeur de philosophie, connaît les subtilités de la langue française et le maniement des concepts.

 Parler de « l’alternative à Nicolas Sarkozy » et de «  l’espérance des gens » sans donner le moindre contenu crédible et véritablement alternatif à cette espérance est confondant.

 Il nous est arrivé de dire, peut-être trop souvent, car cela finit par apparaître obsession, que Nicolas Sarkozy avait une base sociale, était porteur d’un projet de classe et, comme animal politique efficient,  n’hésitait pas à s’appuyer sur les faiblesses de ses compétiteurs, ou leurs contradictions  dans ses actes ou dans des discours dont l’habileté rhétorique fréquente n’emportait pas nécessairement la conviction d’un auditeur et observateur attentif.

 Une alternative à Nicolas Sarkozy suppose à tout le moins une égale capacité à parler pour, non pas des gens indéfinis, mais pour ceux que sa politique met à mal.

Or qu’avons nous parmi les candidats de BHL pour incarner la Gauche du XXI ° siècle,  sinon des gens ( 2 sur 3 au moins, DSK s’étant rarement commis dans ce type de discours) précisément qui, sur les questions de la sécurité, de la morale, du mérite, de  la « valeur » travail collent aux  basques du président  et y collaient dès avant son élection?

On nous dira peut-être, monstre de l’opinion publique, qu’il n’y a  pas matière à débat sur ces points ; voire…

 Il suffit d’observer la réalité quotidienne des interventions policières, chasse aux sans-papiers comprises, l’interpellation d’enfants à l’école primaire, la criminalisation de l’action syndicale,  les bavures, l’état des prisons, la mise au pas de la magistrature, la situation extravagante du président comme justiciable pouvant poursuivre et être partie civile mais non incriminable, quelques affaires montées en épingle …

Si l’on veut proposer une alternative sur d’autre sujets, il faut les préciser ; comme le rappelle BHL citant  Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » ; alors de quoi est-il question quand on parle d’alternative ? Certainement pas de mettre un individu à la place d’un autre, mais de mettre une politique à la place d’une autre.

De quoi l’alternative est-elle le nom ?

Qu’est-ce donc que la gauche pour BHL, pour Royal, pour Valls, pour tous ces ambitieux pressés dont les œuvres, jusqu’à ce jour, ne méritent que peu d’éloges et point de promesses de salut.  Quant au salut par la Grâce… restons dans l’espace politique donc laïque !

« Quand son surmoi marxiste s’est écaillé, il s’est laissé infiltrer par une idéologie réactionnaire, littéralement réactionnaire, dont il ne guérit pas. »

Sans pour autant définir sérieusement ce que pourrait être un corps de doctrine valide pour un parti dont l’objectif est tout de même une transformation des rapports sociaux, notre électeur du PS, encore le 7 juin, énumère quelques points sur lesquels les clivages internes du PS lui paraissent la preuve de cette infiltration d’une idéologie réactionnaire :

la question européenne (on suppose, en l’occurrence, que le plus gangrené par cette idéologie est Laurent Fabius, à cause de sa prise de position pourtant en phase avec le peuple français à l’ occasion du référendum de 2005),

l’antilibéralisme « pavlovien », on saura gré à BHL d’avoir recours aux épithètes insultantes que n’eussent pas désavouées  les staliniens jadis,

 la « haine phobique de l’Amérique » ; je ne sais pas où BHL a pu trouver dans le PS une haine phobique de l’Amérique… L’ouvrage déjà ancien d’Irving Wall devrait l’éclairer sur ce  point. Encore moins ce qui lui permet d’affirmer que cette haine est un marqueur infaillible de la plongée dans les anti-Lumières !

A première vue G.W.Bush et Dick Cheney ne sont pas des continuateurs irréfutables de Benjamin Franklin, de Governor Morris, de Thomas Paine ou de John Adams.

 La référence à Obama, passage obligé pour vendre à l’opinion française  les primaires, relève d’une analyse aussi  tronquée que complaisante: affirmer que le nouveau président des Etats-Unis apporte « un retour aux valeurs mêmes du progressisme », n’est peut-être pas le fétichisme qu’il attribue au PS à propos du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis, mais ce n’est pas très loin de la dévotion béate : l’entourage de conseillers financiers de B.O., ses premières nominations d’ambassadeurs, son point de vue sur la peine de mort, malgré l’ état du système judiciaire et pénal américain, voire son approche sur une conception anglo-saxonne de la laïcité, ne paraissent pas de nature à marquer  une nette avancée progressiste. Ses discours au Caire ou à Accra sont, eux aussi,  à contextualiser.

 Lorsque les 200 milliards € (environ) de fraude fiscale en Europe auront été démontés et sanctionnés, lorsque la réforme des règles de la comptabilité des entreprises, au moins dans les pays de l’OCDE, aura ôté aux paradis fiscaux toutes les autres raisons d’exister que le blanchiment de l’argent du crime organisé, lorsque le système bancaire mondial cessera d’inventer de nouveaux produits toxiques avant même d’avoir purgé les anciens, lorsqu’une monnaie mondiale obligera tous les Etats à penser et à agir pour le développement durable, parce que ses bases intègreront cette dimension, alors certaines espérances pourront naître.

 Mais la volonté politique d’y parvenir suppose un projet, une base sociale, une grille de lecture du réel, un référentiel idéologique ou si l’on préfère un corps de doctrine.

 Rien ne dit que la justice, la solidarité, les libertés fondamentales dont notre histoire, l’action des hommes de notre aire de civilisation nous permettent de jouir, seront demain des valeurs universelles.

 On peut certes reprocher au PS d’avoir cessé de penser l’avenir en termes alternatifs à ceux de l’idéologie dominante, précisément celle dont Sarkozy est jusqu’à maintenant le meilleur  porte-parole , mais la tentation de la tabula rasa  en politique, et l’histoire le montre d’abondance, n’a jamais réussi nulle part. Pour ceux qui ont du temps et envie de comprendre, lisez ou relisez les 3 volumes de Maurice Agulhon, Histoire vagabonde (Gallimard). Et considérons que l’interview de BHL est un élément de la campagne de promotion de son prochain livre…

JPB

 Revue de presse:voir à 18 juillet (après édito Finkielkraut)

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