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Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.

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Ne pas fêter Pâques avant les Rameaux

Cette expression signifiait jadis qu’un couple  s’était connu, bibliquement, avant toute consécration et qu’avant les neuf mois habituels un enfant était né…

Dimanche 16 mars, c’était donc les Rameaux et la joie d’une victoire annoncée a permis à beaucoup de Français de croire soudain que la fête allait continuer, pour la gauche, un peu aidée ici ou là par un centre quasi amphotère.

Au demeurant la direction du Parti Socialiste avait d’avance estimé qu’à partir d’un certain nombre de villes revenues à gauche, on pourrait effectivement parler de victoire. Ce chiffre a été atteint et même dépassé et Toulouse, Strasbourg, Amiens, Reims, Caen, d’autres encore sont devenues  ou redevenues des villes gérées par des maires de gauche. Réjouissons nous donc, sans arrière-pensée, de la capacité des citoyens à réagir aux provocations que sont les « réformes » engagées par la majorité parlementaire actuelle, sous la houlette d’une dyarchie entêtée. Réjouissons nous, même si l’insistance sur les municipales, sur le pragmatisme commun des maires a fait oublier la réalité politique des départements, échelon préfectoral, que M. Attali veut effacer mais sans pour autant  toucher au mode d’élection ni des députés, ni des sénateurs.  Réjouissons-nous car un peu d’exultation ne nuit pas, mais ne perdons pas de vue l’essentiel pour un parti de gouvernement, du moins pour ceux qui s’intéressent aux questions de légitimité en politique. L’essentiel, c’est-à-dire être en capacité de proposer un projet politique nouveau et d’en assurer la mise en œuvre, à l’échelle de la nation.

 

Un partage des tâches ou un nouveau départ ?

Un certain nombre de commentateurs politiques, universitaires ou journalistes, ont remarqué qu ‘après les élections qui viennent de se dérouler, les collectivités territoriales, de la Région à la commune, en comptant les communautés de communes qui associent grandes et petites unités, et en passant par les départements, étaient désormais confiées à la gauche et en particulier au PS. Comme si, disent-ils, les citoyens faisaient confiance à la gauche pour la vie quotidienne mais pas encore, pour les grandes questions nationales, engageant l’avenir du pays, ses relations avec le monde, son image, bref son histoire à venir ou son histoire tout court.

L’élection présidentielle avait, il est vrai, mis en évidence, une difficulté à proposer à gauche un projet alternatif capable de susciter l’enthousiasme en se démarquant clairement de celui de M. Sarkozy et contrariant l’assurance péremptoire de ses propos. D’autres ont crânement affirmé au contraire, que la candidate opposée au futur vainqueur avait perdu à partir du moment où elle avait voulu prendre en charge le projet du Parti, ce qui n’infirme pas la première assertion. Il est vrai que, dans une hypothèse, on fait retomber la responsabilité de l’échec sur une personne, et dans l’autre sur une carence collective. Un troisième groupe de commentateurs est prêt à admettre que les deux causes ont joué, et comme rien n’est simple, les conclusions à en tirer ne sont pas identiques pour tous.

Le partage des tâches ainsi relevé a fait dire lors d’un débat télévisé à un spécialiste averti de la vie politique française, que l’on assistait même à la quasi apparition d’une nouvelle « fonction publique », élue cette fois, pour administrer ce qu’on appelle les territoires. Ce n’est peut-être pas entièrement faux, ce serait plus vrai cependant si un certain nombre de ces gestionnaires de territoires n’étaient pas, pour un nombre élevé d’entre eux, en même temps des législateurs. Le cumul des mandats à la rescousse d’une vraie dignité d’élu du peuple souverain…

C’est ce genre de paradoxe qui fait prendre la mesure de la gravité du problème auquel  nous sommes confrontés dans ce pays. Sans évolution rapide, et du débat politique avec les citoyens, et de la mentalité des élus, Pâques n’est pas demain !

Toute la question est de savoir si l’on veut ou si l’on ne veut pas  démocratiser la vie politique et il nous semble que cela commence par une nouvelle approche du vocabulaire courant : on administre des hommes et non pas des territoires, le glissement d’un mot à un autre n’est pas dépourvu de sens.

 

Un parti d’élus locaux ou une reconquête du politique ?

L’essentiel, avons-nous dit, est la capacité à produire un projet alternatif convaincant. L’histoire du mouvement ouvrier européen nous apprend que certains partis se sont fondés ou ont pu se développer comme acteurs politiques et s’installer dans la durée, sur la base d’élections locales ; on a parlé du travaillisme municipal, alors que les liens consubstantiels du Labour et des Trade Unions existaient déjà, bien avant l’arrivée des chantres du progrès et du new labour évidemment. Cette double origine ne se retrouve pas dans l’histoire du socialisme français au même degré, entre autres raisons parce que le mouvement syndical et la Charte d’Amiens qui l’a longtemps inspiré n’avaient pas le même rapport avec le parti ouvrier, mais aussi parce que la culture théorique du mouvement social anglo-saxon mois n’avait pas tout à fait les mêmes références, nonobstant la présence de Marx au Royaume-Uni, ni le même héritage culturel en matière d’histoire politique, ni la même expérience dans ses relations avec un capitalisme industriel plus précoce. Sans parler de déphasage historique, on peut convenir que le temps anglais et le temps français ne furent pas identiques et que Zola n’est pas Dickens.Si donc il n’est pas pertinent de songer à un confinement des élus locaux dans une gestion du quotidien, investissements pour le futur compris, il n’est pas non plus raisonnable de penser que cette activité pourrait nuire à la construction d’un projet pour la France. Cela suppose, il est vrai, un autre fonctionnement du Parti.

Cela suppose aussi que les élus ne soient pas simplement porteurs d’une bonne volonté pour gérer les affaires publiques et pour agir pour l’intérêt général, mais qu’ils disposent d’un projet politique qui justifie leur engagement et puisse concourir à la formation de l’opinion et du choix des citoyens. C’est précisément le rôle d’un parti et c’est ce qui permet de comprendre qu’on rencontre dans un parti des intellectuels, des experts, des conseillers, liens nécessaires entre le souverain, l’élu, la prospective et l’évaluation ; dirigeant ou adhérent de « base », cela importe moins que de s’assurer de leur existence et de permettre le libre et véritable débat interne. Si le bon sens est la chose du monde la mieux partagée, on ne trouvera à cela que des avantages pour l’approfondissement de la démocratie au sens plein du terme. Le bonheur du genre humain est à ce prix.

 

Ne refaisons pas toujours les mêmes erreurs

Il est nécessaire que la victoire des Rameaux se concrétise par une volonté évidente d’aller vers un changement réel dans les rapports sociaux en France et en Europe.

La recherche du compromis à l’échelle de l’Europe, la recherche de règles à l’échelle du monde ne sont pas contradictoires avec l’amélioration du sort du plus grand nombre. Il n’y a pas de fatalité mais on voit fonctionner des mécanismes qu’il est possible d’ajuster.

Cela suppose que le politique en France se reforme avant de se réformer ; se reforme, autrement dit n’oublie pas dans quel pays il agit, de quelle histoire il est l’héritier , de quelle utopie créatrice il est porteur ; se réforme, autrement dit que la souveraineté du peuple cesse d’être déléguée et confisquée mais exercée pleinement, et cela passe par une véritable vie parlementaire, par l’ abandon réel du cumul des mandats, par une séparation des pouvoirs effective, par une remise en cause d’un pouvoir présidentiel sans équivalent dans les pays démocratiques de la planète : la France est sortie des crises de l’après-guerre, de la guerre froide et de la décolonisation, la France a un rôle majeur à jouer en Europe…

Cessons d’amuser les peuples avec les coquecigrues de la mondialisation et les lois d’airain de l’économie ; l’airain se casse. L’émancipation des peuples c’est la re-création du citoyen et dans les collectivités renouvelées, il est possible d’y contribuer.

C’est toujours un beau défi pour un parti politique !

 

JPB

 

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