Il s'agit de réflechir à des sujets et des faits d'actualité, liés aux élections de 2007, à partir des concepts de république, de démocratie, de socialisme, de légitimité et de citoyenneté.
Retraites, rémunérations , 12 octobre... et politique de classe...
René Dosière, député apparenté PS de l’Aisne, s’intéresse aux dépenses des institutions de la république, ou plus exactement aux rémunérations d’un certain nombre de membres de l’exécutif; ses découvertes sont assez souvent de nature à indigner les honnêtes gens sans faire nécessairement vaciller les certitudes impavides des élus en charge de deniers publics et de leur utilisation la plus utile à l’intérêt général des citoyens et contribuables.
Le pavé dans la mare lancé récemment par Martin Hirsch sur les conflits d’intérêts entre les activités d’un élu en tant qu’élu et ses activités privées, et le peu de réaction de la gauche parlementaire ou des partis réputés préparer une alternative à la politique de M. Sarkozy et aux dérives bananières et prédatrices qui la caractérisent, a même pu laisser croire que la connivence en ces matières transcendait les oppositions idéologiques, lorsque du moins l’idéologie était convoquée au débat!
Passons sur le fait que ces cumuls d’emplois, sans parler même des cumuls des mandats, rendent quasi injustifiable un régime de retraite extrêmement favorable pour les élus, comme si ces délégations de souveraineté par le peuple fondaient illico une «profession»; injustifiable parce que l’exercice d’un mandat n’est pas une activité professionnelle impliquant la rémunération d’un travail, injustifiable parce que l’indemnité de parlementaire est assez élevée pour permettre l’adhésion à un régime volontaire d’indemnisation; le Parlement s’étant en outre doté d’une continuation de versement d’indemnité en cas d’échec électoral, pour une durée et un montant que les licenciés du public ou du privé connaissent mal et apprécieraient de voir généralisés.
Ceux qui ont suivi, naguère ou jadis, quelques cours d’histoire, se souviennent de la phrase du député Baudin, se faisant tuer sur les barricades du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte» Vous allez voir comment on meurt pour 25 f par jour»; cette indemnité, de 25 f par jour des députés, avait été contestée par les partis révolutionnaires, non sans quelques raisons théoriques fondées.
L’argument principal avait été qu’il fallait donner à tout citoyen la possibilité pratique d’exercer un mandat électif sans être tenu de disposer d’une fortune personnelle, ou étant fonctionnaire, comme sous Louis-Philippe, sans être dans la main du gouvernement, le statut de la Fonction publique n’existant pas encore en ces temps là!
Un autre argument , peu suivi d’effets, était que la fonction législative requérait un engagement à temps plein... Argument toujours valide contre l’actuel cumul des mandats!
Il n’empêche qu’au nom de la dignité de la fonction de législateur, l’indemnité était dix fois la paye d’un ouvrier très qualifié travaillant à Paris.
Nous en sommes toujours à de tels écarts minimaux et c’est à juste titre que le peuple peut s’interroger sur la vision des choses et le sens de l’intérêt général porté par des représentants aussi éloignés de ses propres préoccupations quotidiennes.
Sachant qu’à la même époque les traitements des ministres étaient encore plus éloignés des revenus salariaux moyens, on mesure quels progrès la démocratie représentative avait à faire et a encore à faire, hélas, en 2010.
La dernière enquête du député Dosière a porté en effet sur la rémunération des membres des cabinets ministériels, ceux-là qui, avec les élus de la majorité qui ne s’appliquent pas à eux-mêmes la loi qu’ils votent sur les retraites, expliquent aux salariés de ce pays, par ailleurs citoyens et contribuables, que leur tonte absolu et leur appauvrissement programmé est la seule façon de sauver un système de retraite par répartition que leur projet politique a en réalité pour vocation d’abattre.
Tonte absolue et appauvrissement programmé étant la réalité contenue dans le projet de loi, mais évidemment tout à fait différemment nommée!
Il apparaît donc qu’être membre d’un cabinet ministériel vaut une rémunération qui ne saurait être inférieure à 3000 euros par mois, la moyenne des rémunérations des trois conseillers les plus mal payés dans une ministère, en l’occurrence, le ministère des relations avec le parlement s’élevant à 3153 euros.
Sachant que pour un certain nombre d’emplois de cabinet, le choix n’implique aucune qualification particulière obligatoire, ni contrainte d’âge, il n’est pas inutile de comparer ces données avec l’échelle de rémunération de la fonction publique d’Etat...
Les écarts de rémunération en apparaissent d’autant plus choquants d’un ministère à l’autre et à l’intérieur même de chaque ministère: ainsi la moyenne des trois rémunérations les plus élevées va de 15117 euros au ministère du Budget à 6995 euros pour le secrétariat d’Etat aux Affaires européennes; la moyenne des trois plus basses de 6667 euros chez Woerth (Tiens, tiens...Serrez vous la ceinture, nous pas!) à 3153 chez le marquis de Raincourt!
Comparez ces nombres avec les salaires des universitaires ou des chercheurs et vous comprendrez mieux le classement de Shangaï et affichez cela à côté de la grille de la Fonction publique et vous comprendrez pourquoi ce gouvernement prétend que la rémunération au mérite est une nécessité!
On ne lit pas assez le JDD!
L’argument invoqué par ces prébendiers de l’Etat est évidemment d’une banalité à pleurer : le recrutement des meilleurs qui pourraient aller dans le privé exige de tels efforts, (on dirait du Juppé justifiant le loyer de son appartement du domaine privé de la ville de Paris quand il était premier adjoint de Chirac, oubliant au passage qu’il était aussi conseiller général et député!) et ces messieurs (pas tous cependant) prétendent qu’ils gagneraient deux fois plus en travaillant dans le privé, « en travaillant deux fois moins » ose ajouter l’un d’eux, ce qui en dit long sur la reconnaissance du mérite et sur la qualité des critères de rémunération dans le privé!
La palme du cynisme revient à celui (ancien du cabinet de Francis Mer (1) , précise le JDD), qui affirme préférer qu’un directeur de cabinet du ministre de l’Economie soit « correctement payé , il a moins de chances d’être corrompu » . Cela ouvre des horizons infinis sur la morale de la clique au pouvoir, membres des cabinets compris, et sur l’évolution des moeurs de ce microcosme!
On se fera une idée de ce que signifie « correctement payé » à l’aune de l’estime que ces gens-là se portent à eux-mêmes et on ne peut qu’espérer que les revendications salariales des fonctionnaires seront prises au sérieux par Baroin, Woerth, Chatel et Tron qui octroient de telles libéralités à des proches que les directeurs de leurs administrations centrales remplaceraient aisément en termes de compétence( moyenne des 3 mieux payés à l’Educ :12 707 euros, à la FP : 8395, pour Baroin, voir plus haut et pour Woerth :10321 euros). Il est vrai que la mode est désormais aussi de recruter pour les hauts postes de la Fonction Publique des ex-filtrés du privé, avec le peu de sens du service public et les a priori négatifs dont ils sont habituellement porteurs à son encontre. Mais il paraît qu’on a moralisé le pantouflage, comme le démontre admirablement le cas d’un ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée...
Il semble que dans l’échelle des valeurs les collaborateurs de M. Kouchner soient nettement plus mésestimés que ceux de MM. Hortefeux et Besson mais qu’en revanche la sinécure des Anciens Combattants soit plus favorisée que les Transports, le Commerce extérieur ou la politique de la ville... Même si aucun des heureux élus n’a vraiment de raison de se plaindre et si chacun en tirera les conclusions qu’il voudra.
Reste l’évaluation du mérite de ces privilégiés bien réels dans l’emploi public ; vraisemblablement il nous faudra admettre qu’avoir des idées pour casser les services publics, démolir le droit du travail, éliminer le critère de l’égalité dans le service rendu aux usagers, citoyens et contribuables, chercher des niches fiscales à raboter pourvu qu’elles n’affectent pas les plus riches donateurs de l’UMP, donner ou transmettre des consignes parfaitement illégales, téléphoner à des procureurs, est un critère décisif.
Autrement dit que ces gens sont idéologiquement engagés dans la politique qu’ils contribuent à façonner.
On s’en doutait mais on voit mieux que leur engagement n’est pas gratuit!
Il ne serait pas inutile que les Français sachent tout cela pour les mobilisations à venir dès le 12 octobre et au-delà...
Français encore un effort, vraiment!
(1) : Francis Mer est ce génie politique qui a agi de manière à faire passer l’ensemble de la sidérurgie française sous le contrôle de M.Mittal! Aucune inquiétude pour sa retraite...
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